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Il est devenu une machine à gagner mais Unai Emery reste (injustement) méconnu en Europe

Il est devenu une machine à gagner mais Unai Emery reste (injustement) méconnu en Europe

Le 21/05/2016 à 17:24Mis à jour Le 03/06/2016 à 11:50

Avec Valencia, il a gagné 3 fois "le reste de la Liga". Avec Séville, il a remporté 3 Ligue Europa consécutives. Pourtant, Unai Emery est un entraîneur largement méconnu hors des frontières de la Liga. Un coach qui serait en contact avec le PSG, selon les informations d'ITélé.

Unai Emery Etxegoien Alza Virto Arocena Aizpitarte Expósito Etxeberria (oui, tout ça !) n'a pu ajouter un nouveau trophée à son palmarès en finale de la Coupe d'Espagne. Ce soir-là, celui qui semble être courtisé par le PSG a forcément eu une pensée pour son grand-père, deux fois vainqueur de la Copa del Rey avec la Real Union Irun en tant que gardien. Petit-fils, fils et neveu de footballeurs, le gaucher aurait pu accéder à une meilleure carrière de joueur sans une blessure au genou subie à la cantera de la Real Sociedad. A la place, il est devenu l'un des meilleurs entraîneurs espagnols du moment.

Emery et Klopp

Emery et KloppAFP

Sa courbe de progression est aussi régulière que fulgurante, initiée en 2004 : une montée de D3 en D2 en tant qu'entraîneur-joueur avec Lorca, une accession en Liga avec Almeria et une 8e place la saison suivante, un cycle de 4 ans à Valence sans trophée mais avec trois 3e place d'affilée, trois Ligue Europa avec Séville. Seule ombre au tableau, un échec au Spartak Moscou en 2012. L'IFFHS l'a même placé 4e meilleur technicien du monde pour l'année 2015, derrière Luis Enrique, Pep Guardiola et Max Allegri.

Pas mal pour quelqu'un qui se qualifie lui-même de "cagón" (un trouillard, dans un langage peu châtié) à l'époque où il était joueur. "Sur le terrain, il préférait faire une passe plus que de tirer, même si l'occasion était claire", rapporte Juan Carlos Cubeiro, spécialiste en leadership avec qui il a co-écrit "Mentalida ganadora. El método Emery" en 2012. Dans La Expansion, le technicien reconnaît : "Sans chercher de coupable, il me manquait des qualités que personne n'a su me donner ou que je n'ai su trouver : les connaissances, l'apprentissage, l'expérience. Comme entraîneur, je les ai toutes reconnues : le mental, la compétitivité, créer de la confiance et de l'optimisme par mon discours".

Du Benitez en lui

"D'un point de vue tactique, ce qui définit le mieux Emery, c'est l'adaptabilité, explique Miguel Canales dans un dossier de vingt pages consacré au Basque pour Extra Semanal. Par adaptabilité, j'entends sa capacité à créer des équipes qui maximisent le potentiel de ses joueurs". Unai Emery ne révolutionne pas le jeu mais parvient toujours à tirer le meilleur de son effectif : "C'est son obsession. De plus, il est l'un des entraîneurs qui répartit le plus le temps de jeu entre ses joueurs tout au long de la saison".

Comme pour un Rafael Benitez, la rotation est un facteur important de sa gestion. Par exemple, à Valence en quatre saisons, Emery n'a jamais aligné le même onze deux fois de suite. La ressemblance avec l'actuel coach de Newcastle ne s'arrête pas là. A la veille de la finale de Ligue Europa contre Liverpool, le natif d'Hondarribia a livré quelques clefs de son système dans les colonnes d'El Mundo : 4-2-3-1, gros pressing, doble pivote solide (duo de récupérateurs, ndlr) et beaucoup d'équilibre.

Surtout, il consacre sa vie entière au football : "J'ai toujours vécu au jour le jour, avec des objectifs agressifs, toujours à la limite. C'est la seule façon de survivre dans ce métier". Et cela peut même virer à l'extrême dans la préparation des matches, notamment en matière de vidéo : "J'ai démarré avec un lecteur DVD et deux télécommandes. Aujourd'hui, tout a changé. Tout, sauf mon implication. Beaucoup peuvent mieux voir le foot que moi, mais aucun ne peut travailler plus que moi". Avec ses adjoints, il est capable de voir entre 12 et 16 fois le même match pour ne rien laisser au hasard.

Unai Emery (FC Séville) était tout près de réussir son coup face au FC Barcelone de Luis Enrique

Unai Emery (FC Séville) était tout près de réussir son coup face au FC Barcelone de Luis EnriquePanoramic

Alors, un Benitez bis ? Vu son hyper activité sur le bord du terrain et sa manière d'extérioriser ses émotions, certainement pas. Un tempérament bouillant qui lui vaut la détestation de Mestalla depuis la qualification pour la finale de Ligue Europa à la toute dernière seconde, en 2014. Ce soir-là, il a dû battre le record du monde du 50 mètres en costume Hugo Boss et chaussures sur mesure... Une attitude d'autant plus mal perçue qu'Emery a encore des intérêts financiers à Valence et que son fils Lander (13 ans) joue gardien de but en Infantil B au VCF. Il est désormais accueilli sur les bords du Turia par diverses insultes et allusions à son arrestation en état d'ébriété quelques semaines après ce match et à son goût pour la gent féminine (il a été victime des tabloïds moscovites).

Monchi + Emery : succès garanti

Après avoir passé quatre ans dans un club aussi désorganisé que le Valence CF, travailler à Séville est un lit de roses. Avec Monchi en directeur sportif, c'est tout de suite plus facile : "Séville est capable de générer des effectifs et de les renouveler année après année tout en vendant cher beaucoup de joueurs, décrit Miguel Canales. Avec Emery, le club a trouvé un entraîneur qui lui va comme un gant et réciproquement. L'alliance de tout cela offre un écosystème qui favorise le développement footballistique des joueurs".

Bénéficier de l'appui de toute la direction a permis au Basque de renforcer son autorité, de travailler dans la sérénité, de remporter des trophées et de battre le record de points obtenus en Liga (76 en 2014/2015). De quoi repousser sans frémir des offres mirobolantes du Milan et de Naples l'an dernier. Une confiance totale qui a été d'un grand réconfort quand le club accumulait plus d'une dizaine de blessés en début de saison : "Le succès, c'est la finalité, expliquait-il en 2015 dans Fuera de Serie. En soi, c'est infime. Ce qui m'intéresse, c'est le chemin, les petites joies, les petites déceptions que l'on rencontre. Les objectifs peuvent être remplis ou non mais vivre ce processus, c'est ce qui enrichit et fait grandir".

En l'espace de trois saisons chez les Palanganas, Unai Emery a confirmé son potentiel, un Mister capable de bien faire jouer son équipe avec intelligence et caractère et surtout de se fournir un palmarès éloquent, ce qui lui faisait encore défaut pour entrer dans une nouvelle catégorie : "A Valence, il m'a manqué ce que j'ai réussi à obtenir à Séville : des titres. Les supporters ne vivent pas pour des qualifications en Ligue des Champions. Aujourd'hui, j'en veux plus".

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