Yvan Neyou avant Leganes-Real Madrid : "Mon avenir ? Je me sens bien en Espagne..."
Par Clément Lemaître
Mis à jour 05/02/2025 à 10:45 GMT+1
Trois ans après son départ de Saint-Etienne, conclu par une descente en L2, Yvan Neyou revit en Liga sous les couleurs de Leganés où il s'est imposé. Son parcours atypique, Ruben Amorim, Claude Puel, l'ASSE, son image en France, son avenir... Le milieu de 28 ans, libre en fin de saison, s'est confié sans langue de bois à Eurosport avant la réception du Real Madrid mercredi en Coupe du Roi.
"Lacazette est le point noir de la saison de l'OL"
Video credit: Eurosport
Yvan Neyou, outre la défaite contre le Rayo Vallecano (0-1) vendredi dernier, Leganés vient de battre le Barça (1-0), l'Atlético de Madrid (1-0) et a obtenu un bon point à Bilbao (0-0). Comment vous sentez-vous au sein de ce collectif ?
Yvan Neyou. : Franchement, ça va. Je suis dans une bonne dynamique sur les plans collectif et personnel. L'objectif final reste le maintien. Si on y arrive, on fera la fête (sourire).
"Je me suis souvent identifié à Andres Iniesta car j'aime la beauté du jeu"
Revenons en arrière. À quel âge avez-vous eu cette envie de devenir joueur de football professionnel ?
Y.N. : Quand je suis arrivé à l'INF Clairefontaine. Après, le virus du football, je l'ai attrapé très tôt. A la base, j'étais assez doué et j'ai baigné dedans avec toute ma famille. Mon père aimait regarder les matches du Cameroun à l'époque. Personnellement, mon premier souvenir de football date de mes années en maternelle. Ensuite, j'ai suivi les matches de plus près et beaucoup de joueurs m'ont fait rêver. Je me suis souvent identifié à Andres Iniesta car j'aime la beauté du jeu. Lui, c'était le football à l'état pur.
Vous êtes né à Douala (Cameroun) en janvier 1997. À quel âge êtes-vous arrivé en France ?
Y.N. : A huit mois. En fait, ma mère vivait déjà en France, à Brunoy (Essonne), avant que je naisse. Avant la naissance, je ne sais pas pourquoi, mais mes parents sont allés au Cameroun. Je suis né prématurément, un mois ou un mois et demi avant le terme.
A quel moment avez-vous intégré l'INF Clairefontaine ?
Y.N. : J'étais en quatrième, je devais avoir douze ans. Avant d'intégrer l'INF Clairefontaine, il y a trois tours départementaux à passer. Moi, à l'époque, j'évoluais au CFFP (Centre formation foot Paris), un club basé à Orly. Ensuite, arrivent deux ou trois tests régionaux puis un stage final avec 40 joueurs. À la fin, il reste 24 éléments. À l'époque, je ne regardais pas vraiment la concurrence. J'étais dans le jeu et le plaisir. J'avais faim de foot. Clairefontaine, j'en garde des souvenirs exceptionnels. Je m'entendais très bien avec mes coéquipiers. Qui était le plus fort à l'époque ? Allan Saint-Maximin. Il était déjà sponsorisé par Adidas et avait signé à Saint-Étienne. Il était trop fort et savait déjà tout faire.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/02/03/image-03d9649f-ad76-425b-844e-70165a01f25d.jpeg)
Yvan Neyou devant Antoine Griezmann lors du match Atlético Madrid-Leganés.
Crédit: Getty Images
Pourquoi avez-vous choisi de rejoindre le centre de formation d'Auxerre après l'INF Clairefontaine ?
Y.N. : En fait, j'ai signé à Auxerre avant d'aller à Clairefontaine. J'ai fait des tests avec l'AJA et ils ont voulu m'engager car ils ont bien aimé ce que je proposais sur le terrain. A l'époque, Auxerre jouait la Ligue des champions. C'était le grand Auxerre. Donc j'ai signé, mais j'ai effectué ma pré-formation à l'INF. Avec l'AJA, je n'ai pas percé parce que je n'avais pas le gabarit apprécié par le club. Malheureusement, ça ne s'est pas bien passé. Un jour, il y a eu une réunion. Personnellement, je savais que mon sort était scellé. Là, un coach me dit : 'Yvan, sur les deux derniers mois, essaie de prouver que tu as envie de rester car je pense que tu as quelque chose'. C'était bien de me dire ça, mais à l'AJA, à part Sébastien Tambouret, on ne m'a jamais mis en valeur. On ne m'a pas aidé.
Finalement, vous rebondissez à Sedan en National...
Y.N. : Après Auxerre, j'arrive à Sedan, mais le club ne veut pas me faire signer de licence. A l'époque, je n'ai pas de salaire, pas de logement. Moi, j'ai juste demandé à jouer avec les 19 ans nationaux. Je n'avais rien à perdre. Le directeur du centre de formation me dit : "Yvan, tu vas t'entraîner avec l'équipe première pour voir si tu as un avenir dans le club". Il pensait que j'avais peur sauf que j'ai effectué un super entraînement. Le lendemain matin, il me rappelle : "Bonjour Yvan, on est en train de préparer ta licence". J'ai intégré les 19 ans nationaux lors de la première partie de la saison puis ensuite j'ai rejoint l'équipe de National. La saison suivante, j'étais un titulaire quasi indiscutable en N1.
Au milieu des années 2010, le PSG s'est intéressé à vous...
Y.N. : Oui, c'est vrai. C'était après cette saison en National. Mais c'était plus pour faire la navette entre les pros et la réserve. J'ai donc décidé de rester à Sedan.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/02/03/4093972-83017088-2560-1440.jpg)
"Les 35 dernières minutes de City sont les plus honteuses que j'ai vues de leur part"
Video credit: Eurosport
"Avec Claude Puel, on s'entendait trop bien"
Après un passage en L2 avec Laval, pourquoi rejoignez-vous Braga (Portugal) en 2018 ?
Y.N. : A cette époque, un nouveau directeur sportif arrive à Laval et je n'étais dans ses plans. Alors, je suis parti. Un jour, mon agent m'a demandé si ça m'intéressait de jouer au Portugal. J'ai dit oui. J'y suis resté deux ans et demi. Franchement, j'ai kiffé à Braga. Pourtant, les débuts ont été compliqués. Je suis arrivé dans un pays que je ne connaissais pas avec une langue que je ne comprenais pas. En plus, au départ, je n'étais pas titulaire, je dormais dans un hôtel pas top. La nourriture n'était pas 'ouf'. Mais je n'ai pas lâché. J'ai toujours été persuadé que j'avais quelque chose. Après six mois, j'ai commencé à enchaîner les matches. Un moment, après une blessure, je suis retourné avec l'équipe B où j'ai croisé la route de Ruben Amorim. C'est un gars super cool, passionné par son travail. Il m'aimait bien. Il me disait que j'étais un crack mais un peu nonchalant. Il venait d'arrêter sa carrière de joueur et ne comprenait pas que certains aient un langage corporel différent. Cela ne voulait pas dire que je n'étais pas à fond. Bien au contraire. Au final, mon aventure à Braga s'est terminée en 2020 avec l'arrivée du Covid.
Comment se sont noués les premiers contacts avec Saint-Étienne ?
Y.N. : Avant la coupure des championnats, mon agent m'appelle pour me dire que Saint-Étienne est intéressé. J'ai dit : "sérieux, l'ASSE ?". Le temps passe et un jour, il me rappelle : "Yvan, l'entraîneur de Saint-Étienne va t'appeler". Quelques minutes après, je reçois un appel : "Bonjour, c'est le coach Claude Puel". Je l'ai tout de suite reconnu avec son accent et sa voix grave. Moi, à ce moment-là, j'étais dans ma cité (ndlr : des Mardelles, dans l'Essonne). Vu que le football s'était arrêté, moi j'étais au quartier. Mes potes étaient à côté de moi, il y avait des bruits de bécane en fond (rires). Au final, le coach me dit qu'il a envie de me faire venir et qu'il va tout faire pour que ça se fasse. Franchement avec lui, j'ai eu une bonne relation. On s'entendait trop bien. Il m'a fait progresser et m'a donné beaucoup de conseils sur mon jeu. Sur des aspects que je ne connaissais pas encore bien. Il était là vraiment pour mon bien.
Quels ont été ses conseils qui vous ont le plus servi ?
Y.N. : Sur mon jeu long. S'il me regarde aujourd'hui, je pense qu'il doit être content car j'ai énormément progressé dans cet aspect du jeu. Durant son passage à Saint-Étienne, il ne m'a jamais remis au carré car je n'ai jamais dérivé. C'est arrivé avec certains jeunes, mais jamais avec moi.
Vous avez joué votre premier match avec Saint-Étienne en juillet 2020 à l'occasion de la finale de la Coupe de France contre le PSG...
Y.N. : C'était beau. Je ne m'attendais pas forcément à rentrer (ndlr : à la 46e). Franchement, je me suis bien senti sur le terrain, sans complexe. Dans ma zone, il y avait Marco Verratti. Il m'avait surpris par sa capacité à toujours avoir une distance de sécurité suffisante pour ne pas se faire attaquer. J'avais l'impression qu'on ne pouvait jamais l'atteindre. C'était super énervant.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/02/03/image-1dfe5212-e7c6-4d46-a8f0-da37d5a69a8f.jpeg)
Yvan Neyou, ici face à Pablo Sarabia, lors de son premier match avec Saint-Etienne contre le PSG.
Crédit: Getty Images
"Bizarrement, ici en Espagne, Yvan Neyou n'est pas celui qui fout la merde dans un vestiaire"
Gardez-vous de bons souvenirs du Stade Geoffroy-Guichard ?
Y.N. : Geoffroy-Guichard, c'est exceptionnel (il insiste et répète plusieurs fois). Mais quel stade ! Quelle ambiance ! C'est le haut du panier. Rien que d'en parler, ça me fait quelque chose et repenser à ce match contre Lyon (3 octobre 2021, 1-1). On égalise à la 90e minute grâce à un penalty de Wahbi Khazri. A ce moment-là, le stade tremblait. C'est comme s'il y avait eu un séisme. C'était incroyable. Pour moi, c'est ça le football.
La passion à Geoffroy-Guichard peut aussi se transformer en haine, à l'image de cet envahissement du terrain en mai 2022 lorsque les Verts ont perdu le barrage face à Auxerre, qui a entraîné la relégation du club...
Y.N. : Moi, à ce moment-là, je n'étais pas sur le terrain avec mes coéquipiers. Pascal Dupraz m'avait écarté lors des derniers matches.
Ensuite, vous avez rebondi à Leganés...
Y.N. : Je voulais vivre autre chose et j'avais surtout envie de quitter la France, où on me donnait la réputation du mec qui fait n'importe quoi, qui fout la merde dans un vestiaire et qui n'a pas un bon comportement. Tout ça, c'est faux. Le problème en France, c'est qu'on colle une étiquette de mauvaise personne quand on veut faire partir quelqu'un.
Sur le plan du jeu, est-ce que vous vous y retrouvez davantage en Liga ?
Y.N. : Oui, c'est ça. Je m'y retrouve à tous les niveaux en fait. Ça me fait du bien parce que c'est un football qui me ressemble. Les gens sont gentils et chaleureux. Bizarrement, ici, Yvan Neyou n'est pas celui qui fout la merde dans un vestiaire. Après, je ne suis pas revanchard, je ne suis pas le genre de personne qui s'arrête à ça. Je continue de vivre ma vie sans me prendre la tête.
"Je me sens bien en Espagne. Je suis ouvert à tout et bien évidemment, je suis ouvert à Leganés"
Dans quels domaines avez-vous progressé avec Leganés ?
Y.N. : J'ai progressé sur ma gestion des émotions. Je les gère mieux qu'avant. Aujourd'hui, je pense être devenu la meilleure version de moi-même. C'est pas mal ce que je fais actuellement.
Vous êtes sous contrat avec Leganés jusqu'en juin 2025. Souhaitez-vous rester en Liga ?
Y.N. : Personnellement, je ne me fixe aucune limite. Je me sens bien en Espagne. Je suis ouvert à tout et bien évidemment, je suis ouvert à Leganés.
"J'aimerais gagner un titre avec mon pays"
Enfin, quels sont vos ambitions avec le Cameroun ?
Y.N. : J'aimerais gagner un titre avec mon pays. Ce serait mon plus grand rêve.
Le Cameroun affrontera la Côte d'Ivoire, le Gabon et le Mozambique en phase de poules de la CAN 2025. Que vous inspire ce tirage ?
Y.N. : Pas grand-chose, j'ai juste envie d'aller gagner la compétition. Je trouve qu'on a une bonne équipe et un bon groupe sur le plan humain. Tout ça peut nous amener à faire de grandes choses, je n'ai aucun doute là-dessus.
Sur le même sujet
Publicité
Publicité