Dispositif exceptionnel pour finale "lamentable". Quelque 4000 policiers et agents privés vont être déployés dimanche pour la finale retour de Copa Libertadores délocalisée à Madrid entre River Plate et Boca Juniors. Les deux clubs mythiques du foot argentin ont dit vendredi avoir "honte" de l'image violente renvoyée par leyur pays.
A deux jours de cette rencontre au stade Santiago Bernabeu (dimanche à 20h30), les conversations ont davantage tourné autour d'éventuels nouveaux heurts que sur l'enjeu sportif du match, cette rivalité centenaire avec pour enjeu le trophée de clubs le plus prestigieux d'Amérique du sud. Plus de 2 000 policiers nationaux vont être mobilisés dimanche, a annoncé vendredi la préfecture, pour ce match qui a été reporté puis déplacé à Madrid après le caillassage de l'autocar de Boca par des supporters de River près du stade Monumental, à Buenos Aires.

La Puerta del Sol pour River, la place Colon pour Boca

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30/11/2018 À 06:53
C'est une mobilisation supérieure à celle de la dernière finale de Ligue des champions dans ce stade en 2010, ou à celle du Clasico Real Madrid - Barcelone cinq jours après les attentats de Paris de 2015. Outre la police nationale, 1 700 agents de sécurité privés seront aussi mobilisés par le Real Madrid, le propriétaire du stade, et 150 policiers municipaux par la mairie. "C'est un dispositif très important car c'est un match à haut risque", mais, "au-delà des particularités, ça n'en reste pas moins un match à haut risque comme un autre", a dit le préfet José Manuel Rodriguez Uribes.
Deux fan-zones vont être établies sur la célèbre avenue de la Castellana, de part et d'autre du stade, et deux places seront réservées pour célébrer le vainqueur : la Puerta del Sol si River est champion et la place Colon si Boca l'emporte. Mais aucun des deux clubs n'a semblé avoir la tête aux réjouissances vendredi, deux semaines après le report de cette finale retour initialement prévue au Monumental.
Cette rencontre restera dans l'histoire comme la première disputée en Europe, loin des racines sud-américaines de l'épreuve, malgré l'opposition farouche des deux clubs. River a réclamé de pouvoir jouer à domicile et Boca a exigé une victoire sur tapis vert. En vain.

"Une honte immense pour le foot argentin"

On se souviendra de cette finale "comme d'une honte, une honte immense pour le football argentin", a lancé le président de River Rodolfo D'Onofrio dans une interview au quotidien espagnol El Pais publiée vendredi. Les deux camps, dos à dos au match aller sur le terrain de Boca (2-2), restent "honteux" et amers de devoir jouer dimanche en Espagne, l'ex-pays colonisateur, à l'image de l'entraîneur de Boca, Guillermo Barros Schelotto. "C'est lamentable", a asséné le technicien. "La victime, c'est l'image du football argentin et de l'Amérique du sud. Aujourd'hui, nous devrions être en train de parler de la manière dont River et Boca ont ramené le football argentin au sommet (...) et nous parlons de la violence. Malheureusement, nous avons encore perdu."
Si jouer en Espagne, où vit une nombreuse communauté argentine, semble un moindre mal pour les deux équipes, cette solution d'urgence ne règle pas le problème de fond : en finir avec le phénomène des barras bravas, ces groupes d'ultras redoutés par les clubs eux-mêmes. Entre 200 et 300 supporters "particulièrement violents" de chaque équipe ont été identifiés, a déclaré le préfet, assurant que certains pourraient être renvoyés en Argentine dès leur arrivée s'ils avaient des "délits graves" inscrits à leur casier judiciaire. Un leader des supporters radicaux de Boca a ainsi été refoulé jeudi à l'aéroport de Madrid.

Menaces de mort

"C'est le moment de prendre des mesures", a plaidé Guillermo Barros Schelotto, à l'unisson de Rodolfo D'Onofrio, qui a exhorté les autorités argentines à réagir avec fermeté et à exclure les ultras des stades. "Mais pour cela, il faut avoir la sécurité nécessaire. Si je déclare publiquement que je ne veux plus qu'ils entrent dans le stade, ils menaceront de mort ma fille, ma femme et toute ma famille", a dit le dirigeant, assurant être lui-même menacé de mort par "200 à 250 supporters de Boca".
En attendant, le stade Santiago-Bernabéu (81 000 places) pourrait ne pas faire le plein dimanche. Sur les 10 000 billets mis à la vente en Argentine, seuls 5 500 à 6 000 ont été écoulés, sans doute à cause du coût très élevé d'un tel voyage. "Vivons la fête en paix", a exhorté en Une samedi le quotidien sportif Marca, le plus lu d'Espagne. Dans ce contexte de haute sécurité, la ferveur argentine saura-t-elle s'exprimer ?
Un cadeau des dieux
Certains sont ravis de cette chance unique d'assister à cette finale, épisode majeur de la rivalité centenaire Boca-River. "En Espagne, on voit ce match comme un cadeau des dieux", a déclaréAlfredo Relaño, directeur du quotidien sportif madrilène As. Mais les joueurs, honteux pour l'image de l'Argentine, ont déploré que la rencontre se joue dans une ambiance si "bizarre" et si loin de Buenos Aires.
"Ce match a perdu de son aura dans mon coeur", a déclaré l'Argentin Santiago Solari, entraîneur du Real Madrid, dont l'équipe devrait croiser le vainqueur de dimanche lors du Mondial des clubs (12-22 décembre). En s'imposant, Boca rêve d'égaler le club argentin d'Independiente au panthéon de la Libertadores avec sept trophées. En gagnant une quatrième couronne, River espère réduire l'écart avec son voisin et s'offrir un fait de gloire mémorable. Et comme les buts à l'extérieur ne comptent pas, River Plate et Boca Juniors pourraient s'employer jusqu'au bout de la nuit madrilène... en espérant ne pas être rattrapés par leur face la plus sombre.
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