Sochaux-Rennes | Oswald Tanchot : "Plessis m'a dit que c'était encore plus beau que la Coupe de France 2007"

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Tout proche du dépôt de bilan et d'une rétrogradation dans les bas-fonds du football amateur l'été dernier, Sochaux, finalement miraculeusement maintenu en National, a vite retrouvé la lumière grâce à son magnifique parcours en Coupe de France. Avant de recevoir Rennes mardi soir en 8es de finale, l'entraîneur Oswald Tanchot est revenu pour Eurosport sur les coulisses de ce sursaut franc-comtois.

Les joueurs du FC Sochaux après leur succès face à Reims en seizièmes de finale de la Coupe de France 2024.

Crédit: Getty Images

Oswald Tanchot, dans quel état d'esprit êtes-vous avant de recevoir Rennes mardi soir en huitièmes de finale de la Coupe de France ?
Oswald Tanchot. : La pression est un peu retombée après le seizième de finale remporté contre Reims (2-2, 5-4 aux t.a.b). On est content d'offrir une troisième équipe de Ligue 1 (Lorient a été éliminé à Bonal en trente-deuxièmes de finale) à notre public. C'est une récompense pour tous les gens de la région qui ont fait des efforts pour sauver le club l'été dernier. Pouvoir recevoir trois équipes de L1 en quasiment un mois, c'est assez incroyable.
Quelles sont vos chances pour cette rencontre ?
O.T. : C'est dur à dire. Il n'y a plus d'effet de surprise et en face, il y aura un adversaire de qualité. Il y aura surtout des conditions de jeu qui sont celles d'une équipe de Ligue 1. Généralement, tu peux niveler la différence entre deux équipes par le contexte du match. Là, à Bonal, c'est une pelouse qui pourrait être dans le Top 5 de la Ligue 1. Sans parler du stade. Dans la logique des choses, il n'y a pas match, mais après ça reste de la Coupe de France, où il peut y avoir des choses inexplicables. Si on perd, c'est normal, si on les accroche c'est très bien et si on les bat, c'est triplement un exploit. Quand Julien Stéphan va présenter Sochaux à ses joueurs, il va rappeler nos deux résultats contre Lorient et Reims. Forcément, ils vont être sur leurs gardes. Après, Rennes, ça reste une équipe incroyablement talentueuse.
Si on vous avait annoncé, lorsque le FC Sochaux était au bord du dépôt de bilan courant juillet, que le club serait 4e de National (à cinq points de la deuxième place) au début du mois de février et qualifié en huitièmes de finale de la Coupe de France, est-ce que vous y auriez cru ?
O.T. : A l'époque, on était vraiment dans l'opération survie. Ce n'était pas dans nos préoccupations à ce moment-là. En juillet, jamais on n'aurait pu penser que Sochaux allait vivre ce genre d'événement.
Comment avez-vous trouvé cette énergie l'été dernier pour rester concentré sur le sportif alors que l'avenir du FC Sochaux à court terme était menacé ?
O.T. : L'accueil reçu ici et l'incroyable soutien quotidien des fans m'ont donné énormément d'énergie. J'avais un devoir de rendre la confiance qu'on m'avait donnée et surtout d'encadrer ces jeunes qui subissaient également la situation. Puis j'ai été tellement en manque de terrain la saison dernière que j'avais une grosse énergie à transmettre. Par rapport au contexte, je me suis mis dans une bulle. Le seul moment où j'étais bien, c'était les deux heures du matin et les deux heures de l'après-midi sur le terrain. J'ai complètement occulté le côté "est-ce qu'on va jouer ou est-ce qu'on ne va pas jouer ?". Sur chaque séance, j'ai suivi mon plan d'entraînement avec mon projet de jeu. En face de moi, j'avais des joueurs très réceptifs et qui prenaient du plaisir. On pouvait avoir l'impression que j'étais dans le déni mais c'est parce que j'étais complètement dans mon truc. Puis quand je sortais du terrain, on me rappelait le contexte. Nous avons vécu des moments très durs l'été dernier mais cela a permis d'avoir un lien très fort. Entre Sochaux et moi, ça va au-delà d'une relation entraîneur-club.
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Oswald Tanchot, l'entraîneur de Sochaux.

Crédit: Getty Images

Est-ce que le fait d'avoir traversé cette période si difficile l'été dernier vous pousse à savourer davantage ce qui vous arrive aujourd'hui ?
O.T. : On a vécu un toboggan émotionnel. On a vraiment été très bas. Mais cinq mois plus tard, on a réussi à refaire parler du FC Sochaux pour ses performances sportives. Après, vivre ça avec ce groupe-là et dans ce club-là, c'est exceptionnel. Pour un club de National, c'est déjà un exploit de battre deux équipes de Ligue 1. Pour nous, avec ce qu'on a vécu, l'exploit est encore plus grand.
Qu'avez-vous ressenti sur votre banc de touche après ces deux exploits face à Lorient et Reims ?
O.T. : Quand on est sur le banc, on ne vit pas les choses de la même façon. On a tellement préparé le match. Pour les seizièmes de finale, on a eu l'impression d'avoir mangé et dormi Reims pendant une semaine. Finalement, quand ça arrive, on est là mais presque à côté de l'événement. On voit que tout le monde est content. C'est plus le lendemain où on se rend compte qu'on a vraiment donné beaucoup de plaisir aux supporters et qu'on range le match parmi les meilleurs souvenirs. Je souhaite à tout entraîneur de vivre cette ambiance. Dans ce stade, il y a une énergie incroyable. C'est grâce aux joueurs qu'on a créé cette énergie-là et cette alchimie avec le public. J'ai encore en mémoire ce bruit, ces couleurs, ces chants. C'était fou.
Quel est l'engouement à Sochaux aujourd'hui par rapport à ce début de saison ?
O.T. : D'après certaines personnes qui travaillent au club depuis 25 ans, même pendant la grande période de Sochaux en Coupe d'Europe (2003-04) la billetterie n'avait pas été prise d'assaut aussi rapidement que pour ce match face à Rennes. Le courant de sympathie pour l'équipe actuelle est très fort. Les supporters se sont attachés à cette équipe qui a été constituée à la dernière minute avec des joueurs qui sont arrivés de partout.
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Les joueurs du FC Sochaux en fusion avec le Stade Bonal.

Crédit: Getty Images

Sur le plan personnel, comment jugez-vous cette saison 2023-2024 ?
O.T. : Je ne suis pas du genre à faire des bilans intermédiaires, mais il faut reconnaître que notre première partie de saison est très bonne. On a démarré avec deux défaites en championnat et avec un groupe sans préparation. On n'a pas démarré sur la même ligne que les autres clubs. Aujourd'hui, le fait de voir Sochaux dans le premier tiers du championnat est une grosse satisfaction. Mais au-delà des résultats, c'est le jeu offensif produit par l'équipe qui me fait plaisir. Cette équipe, qui arrive à se dépasser, a réussi à créer du lien avec son public. Quant à la Coupe de France, c'est encore plus que la cerise sur le gâteau. On reste des compétiteurs, mais notre parcours est déjà réussi.
Vous évoquez le début de championnat qui a été compliqué pour votre équipe en National. Quel élément vous a permis de revenir sur les bons rails ?
O.T. : Quand on a joué notre premier match de championnat au Red Star (2-0, 25 août 2023), le groupe avait une semaine d'entraînement en commun. Quand on a reçu le Goal FC (0-3, 1er septembre), on en avait deux. A ce moment-là, les autres équipes évoluaient déjà ensemble depuis huit semaines. Mais, on ne s'est pas plaint parce qu'on était tellement contents d'être là. On a pris ces premiers résultats avec beaucoup de philosophie et de recul. Il a juste fallu que le temps fasse son œuvre via la répétition des séances d'entraînement et de vidéos. Il a fallu créer des automatismes. Le déclic, c'est juste le temps et le travail. Une fois que la dynamique a été un peu plus positive, on a su surfer dessus. Il faut quand même se rendre compte qu'on n'a fait aucun match de préparation et aucun stage. Les gens oublient que c'est complètement anormal ce qu'on vit et ce qu'on fait. Normalement, on devrait se situer un peu plus bas dans le classement au vu des événements. C'est juste fou. Mais heureusement, les choses se sont bien mises en place.
Est-ce que la remontée en Ligue 2 est un objectif pour cette fin de saison ?
O.T. : Non, moi, je reste sur ce qui a toujours été dit. Evidemment, l'ambition du club reste de retrouver le professionnalisme. Maintenant, il faut d'abord valider le maintien (six clubs descendront en fin de saison). Une fois que ce sera validé, on verra ce qu'il reste à faire. Aujourd'hui, on est beaucoup trop dans l'immédiateté. Les choses doivent se construire avec du temps et du travail.
Avez-vous eu l'impression d'avoir renvoyé l'ascenseur à Jean-Claude Plessis qui s'est énormément démené pour sauver Sochaux l'été dernier ?
O.T. : Sur le terrain (ndlr : contre Reims), spontanément, il m'a dit que c'était encore plus beau que la victoire en Coupe de France en 2007. Il connaît les circonstances et le contexte. On a tous envie de rendre aux gens qui ont sauvé ce club. Entre les supporters, les dirigeants, les actionnaires et le staff, il y a une vraie alchimie. Jean-Claude Plessis est un grand monsieur du football. Il est toujours très positif grâce à son expérience et à ses mots.
Ce parcours en Coupe de France devrait faire du bien aussi sur le plan financier...
O.T. : Personnellement, je ne m'occupe pas vraiment de ça et j'évite de trop entrer dans les considérations financières. Quand je suis arrivé ici, on m'a dit qu'il n'y avait pas de problème puis au final, il y avait un trou de je ne sais combien de millions. En tout cas, je pense que ça ne peut pas faire de mal de remplir le stade et de passer plusieurs tours en Coupe de France. Tout ça, c'est du plus. Ce qui va au-delà de l'argent, c'est que le club refait parler de lui positivement, pour des raisons sportives et qu'il redonne de la fierté aux supporters.
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