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Le combat de Hwang Bo-ram, mère et joueuse de haut niveau

Le combat de Hwang Bo-ram, mère et joueuse de haut niveau
Par AFP

Le 04/06/2019 à 08:03Mis à jour Le 04/06/2019 à 08:31

COUPE DU MONDE 2019 - Hwang Bo-ram va participer à la compétition, en France, entre le 7 juin et le 7 juillet, et ce malgré son statut de mère. Un cas exceptionnel ? Particulièrement dans son pays, la Corée du Sud.

Elle mène une lutte sur plusieurs terrains. La défenseure Hwang Bo-ram est la seule maman de l'équipe de Corée du Sud, adversaire vendredi de la France au Mondial de football féminin, qui se tient du 7 juin au 7juillet dans l'Hexagone. Un statut qui l'oblige à être exemplaire sur le terrain, dans une société patriarcale qui laisse peu d'espace aux mères.

Les disparités salariales entre hommes et femmes sont très importantes en Corée du Sud et une grossesse peut y paralyser complètement une carrière. Donc, quand elle a donné naissance à sa petite fille Bom il y a 14 mois, personne ne s'attendait à ce que Hwang Bo-ram puisse effectuer son retour dans son club de Hwacheon KSPO, et encore moins en équipe nationale.

C'était sans compter la ténacité de la défenseure, qui est en outre la seule joueuse mariée, et à 31 ans la plus âgée de l'effectif sud-coréen. "Reprendre l'entraînement a été très dur" après l'accouchement, explique-t-elle. "Et je dois donner le bon exemple, je ne veux pas entendre les gens dire : 'Elle a eu un bébé', ou alors : 'Elle est trop vieille pour jouer maintenan'."

"Donc je ne me suis cherché aucune excuse, j'ai caché mes émotions et je me suis entraînée encore plus dur", poursuit celle dont la vie privée avait déjà été mise en lumière quand son conjoint l'a demandée en mariage sur la pelouse après le match nul de la Corée du Sud contre le Costa Rica, au Mondial 2015 à Montréal.

Dans la ligue sud-coréenne, où une seule mère de famille avait joué auparavant, Hwang Bo-ram a repris la compétition en décembre, avant de faire son retour en équipe nationale en avril et d'être retenue pour la Coupe du monde début mai.

Reléguées en classe éco

La Corée du Sud est la 4e économie asiatique et un poids lourd du sport dans la région, un des deux seuls pays avec le Japon à avoir accueilli les Jeux olympiques d'été et ceux d'hiver. Mais la société y demeure encore très patriarcale sous beaucoup d'aspects, notamment sur le marché de l'emploi où 82% des hommes mariés travaillent, contre seulement 53% des femmes mariées.

Les épouses et mères de famille doivent en outre souvent faire face à des discriminations de la part d'employeurs réticents à leur offrir des postes, de crainte qu'elles ne puissent pas assurer les longues heures de travail qui sont les standards habituels en Corée du Sud. Les disparités salariales y sont parmi les plus importantes dans les pays développés : en moyenne, les femmes ne gagnent que 63% de ce que touchent les hommes. Et le football ne fait pas exception.

Kim Shin-wook, le joueur le mieux payé de la K-League, le championnat coréen, a touché 1,6 milliard de wons (1,25 million d'euros) la saison passée. Mais le plafond salarial dans la ligue féminine est fixé à 50 millions de wons, soit... 3% du salaire de Kim.

La Fédération coréenne (KFA) a aussi fait face aux critiques en 2015: l'équipe nationale masculine a voyagé en classe affaire quand leurs homologues féminines étaient reléguées en classe éco. "Les hommes rapportent beaucoup plus d'argent à la fédération", s'est défendue la KFA...

Le mari de Hwang Bo-ram en a "pleuré de joie"

Voir Hwang devenir la première mère de famille disputer la Coupe du monde "est une grande réussite pour la société sud-coréenne dans son ensemble, où tant de femmes ont du mal à retrouver un travail après avoir accouché", souligne Choi Dong-ho, directeur du Centre pour la culture sportive, un groupe de recherche.

Hwang a procédé par étapes pour revenir au haut niveau. D'abord, une reprise en douceur du travail physique cinq mois après son accouchement, à base de pilates dans un premier temps. Puis, des entraînements avec une équipe d'un lycée trois mois plus tard.

"Cela a été un long voyage", souligne son mari Lee Du-hee. "En tant que sportif professionnel, interrompre sa carrière durant près de deux ans est un sacré défi, même pour celles qui n'ont pas eu de grossesse et d'accouchement. Elle a fait face à beaucoup de pression parce que votre corps n'est plus le même après une grossesse. Elle n'était pas sûre d'arriver à rejouer comme elle le faisait avant".

Mais le retour de Hwang n'a pas surpris son entraîneur de club, Kang Jae-son, qui vante "sa vitesse, sa force, sa détermination et son expérience". Le mari de Hwang prend soin de leur petite fille quand sa mère joue loin de la maison et officiera encore durant le Mondial. "J'ai pleuré de joie quand j'ai entendu qu'elle était retenue en équipe nationale", sourit-il. "Je sais comme elle a travaillé dur malgré tous les obstacles. Je ne peux pas décrire à quel point j'ai du respect pour ma femme."

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