Ceux qui vous disent que le Brésil gronde avant cette Coupe du monde ont raison. Ceux qui prétendent que, malgré tout, l'excitation est grande avant le coup d'envoi de ce rendez-vous hors normes n'ont pas vraiment tort. Le Brésil n'est ni enthousiaste ni boudeur. Il est tout cela à la fois. Et parfois, ceux qui hurlent après le gouvernement sont, aussi, les plus impatients de vivre l'évènement. Rien n'est simple. Dans ce pays protéiforme à la situation sociale complexe, la population est en proie à des sentiments contradictoires.
Parfois, l'allégresse et la colère se frôlent. Comme lorsque les joueurs de le Seleçao ont pris leurs quartiers dans leur camp de base, à Teresopolis, lundi dernier. A l'aéroport de Rio, puis devant même leur camp d'entraînement à la Granja Mary, des manifestants attendaient de pied ferme Neymar et les siens au slogan de "il y aura la grève, il n'y aura pas de Mondial".

Le jaune et le vert fleurissent un peu partout

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11/06/2014 À 16:58
Mais d'autres, également sur le chemin du bus de la sélection, avaient effectué des dizaines de kilomètres pour acclamer les joueurs de Luiz Felipe Scolari, guettant un geste ou, de façon plus hypothétique, un autographe. Teresopolis, éclatant symbole de cette ambivalence brésilien. C'est là que la Seleçao a depuis longtemps ses élégants quartiers. Mais c'est aussi là, à 90 kilomètres de Rio, qu'un gigantesque glissement de terrain consécutif à des pluies torrentielles avait provoqué la mort de près de 1000 personnes.

Une boutique de Sao Paulo parée de drapeaux brésiliens

Crédit: Eurosport

A Sao Paulo, où elle va lancer sa campagne jeudi contre la Croatie, on ressent la même ambivalence. Lundi matin, la tension était à son maximum après les échauffourées de la station Ana Rosa. La ville sort tout juste d'une grève de cinq jours qui a semé la pagaille et si le calme est revenu, il n'est peut-être que très provisoire. Sao Paulo, c'est un des bastions de la contestation. Il n'empêche qu'au fil des heures, à mesure que l'évènement approche, le jaune et le vert fleurissent un peu partout. Les drapeaux brésiliens, encore discrets il y a quelques jours, se répandent à vitesse grand V. "Ça a démarré beaucoup plus tard que d'habitude, souligne Ricardo, serveur dans un restaurant du quartier de Tatuape, à l'est du centre-ville. Nous, on a décoré le restaurant au dernier moment, parce que le patron avait peur de se faire caillaisser par les anti-Mondial. D'habitude, il y en a partout au moins un mois avant. Là, ça vient tard, surtout sur les immeubles. Mais ça y est, c'est parti."
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La Seleçao, le meilleur des antidotes ?

Et c'est vrai que la ville est en train de virer au jaune et vert. Des rétroviseurs des voitures aux devantures des magasins, en passant par les fenêtres et les rues. Or, la joie, comme la colère, est contagieuse. Voilà pourquoi Ricardo pense que le mouvement ne s'arrêtera pas. "Il y aura sûrement des contestations mais vous verrez, prédit-il, si tout se passe bien pour la Seleçao, plus elle avancera, plus les gens seront joyeux. De toute façon, on n'a rien contre notre équipe, ni contre la Coupe du monde en elle-même d'ailleurs."

Même les voitures ont pris des couleurs à l'orée de la Coupe du monde

Crédit: Eurosport

Là-dessus, tout le monde s'accorde. C'est le gouvernement, et à un degré moindre la FIFA, que les mécontents ont dans le viseur. Lorsque le Brésil a décroché le Mondial 2014, il y a d'abord eu une vague d'enthousiasme. C'est la mise en œuvre du projet et la manière dont l'argent a été (mal, du point de vue de beaucoup) dépensé qui  a abreuvé la colère. Dans les quatre semaines qui viennent, il y aura sans aucun doute des soubresauts de mécontentement. Des pointes de fièvre. Un embrasement n'est même pas à exclure car certains mouvements, très déterminés, veulent en découdre et mettre au maximum la pression sur Dilma Roussef. Mais la Seleçao sera probablement le meilleur antidote pour la FIFA et le pouvoir brésilien.
"Dilma pourra prendre Neymar comme ministre si la Seleçao gagne la Coupe", s'amuse Ricardo le serveur. A côté de lui, deux jeunes hommes interviennent dans la discussion. "Moi, franchement, je m'en fous que le Brésil soit champion du monde parce que, ça changera quoi après? Dans un mois, le Mondial sera fini et tu crois que le pays ira mieux parce qu'il sera champion du monde?" "Non, répond l'autre, mais si c'est l'Argentine ou l'Uruguay, ça n'ira pas mieux non plus…" Silence dans les rangs. C'est ce qu'on appelle un argument massue.
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