Séville 82. Un nom maudit qui suffit à réveiller un souvenir incrusté dans la mémoire collective du football français. Car, quoiqu’en disent les joueurs de l’équipe de France ou Didier Deschamps, ce France-RFA reste une rencontre indélébile, l’une des plus grandes dates de l’histoire des Bleus. Grâce à son enjeu (une demi-finale de Coupe du monde), son scénario, sa dramaturgie et le sentiment d’injustice que la rencontre a fait naître. Non Mamadou Sakho ou Blaise Matuidi, il n’est pas nécessaire, en France, d’avoir plus de 32 ans pour connaître la légende de ce match hors du temps. Il suffit, en revanche, de traverser le Rhin, pour mesurer à quel point le souvenir est moins vivace chez nos voisins, ennemis le temps d’un 8 juillet 1982.
"En Allemagne, si on parle de la Coupe du monde 1982, on pense surtout à la finale perdue contre l’Italie", précise d’entrée Andreas Schulz, journaliste à Eurosport.de. La conclusion est la même pour Horst Hrubesch qui a achevé sa carrière d’avant-centre de la Mannschaft lors de ce Mondial 82. Lorsqu’en 2000, l’Equipe Magazine avait choisi de le rencontrer pour un dossier sur les 20 ans du match de Séville, il s’était étonné de voir débarquer dans sa ferme des journalistes intéressés par le sujet : "Franchement, moi, ce que je retiens de 1982, c'est qu'on a perdu en finale". 
"C’est une période où une demi-finale face à la France n’avait pas une grande importance"
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La demi-finale face à la France est même très loin dans la hiérarchie du souvenir de ce Mondial pour les Allemands : "La défaite humiliante subie face à l’Algérie au premier tour (2-1) ou le match de la honte à Gijon, cette rencontre arrangée entre les Allemands et les Autrichiens (1-0), sont beaucoup plus vivaces dans les esprits allemands que la victoire en demi-finale face à la France", témoigne Claudio Catuogno, journaliste spécialiste de la Mannschaft pour le Süddeutsche Zeitung.

France Allemagne 1982 Ulrich Stielike Horst Hrubesch

Crédit: AFP

Il reste malgré tout une image de cette nuit andalouse à nos voisins : "Le match est connu pour l’action de Schumacher qui met K.O. Battiston. C’est l’image qui reste dans nos têtes. Pour le reste…", continue Joscha Weber, journaliste pour le Deutsche Welle. La différence de perception s’explique avant tout par le fossé qui séparait alors le football allemand du football français. Les Bleus atteignaient seulement en Espagne la deuxième demi-finale de leur histoire. L’Allemagne en avait déjà six au compteur pour deux victoires.
"En Allemagne, on ne se souvient pas de ce genre de match", continue Claudio Catuogno. "On se souvient des matches que l’on perd. Pour ce qui est des victoires, il n’y a que les finales qui sont historiques. C’est une période où une demi-finale face à la France n’avait pas une grande importance. Peu importe le scénario du match. Si on doit se souvenir d’un 8 juillet, c’est plus la finale remportée en 1990." Joscha Weber de renchérir : "Très honnêtement, si vous vous promenez dans la rue en Allemagne et demandez aux gens ce qu’évoque Séville 82 pour eux, ils ne sauront pas quoi vous répondre."
Si Giresse, Battiston ou Bossis s’affichent dans tous les médias français depuis mardi, les journaux allemands sont beaucoup discrets sur le sujet. "Nous n’allons pas trop l’évoquer", nous renseigne Claudio Catuogno. "Parce que ça ne parle pas aux Allemands mais aussi parce qu’on a déjà beaucoup parlé de 1982 avec les retrouvailles face à l’Algérie. On a déjà eu notre dose." Ce jeudi, à la veille des retrouvailles entre les deux voisins, Joachim Low n’a pas eu à évoquer ce lointain souvenir contrairement à Didier Deschamps, Mamadou Sakho ou Blaise Matuidi tout au long de la semaine à Ribeirao Preto. Seul Toni Kroos a dû répondre à une question sur Séville 82. Une question posée… par un journaliste français bien sûr.
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