C’est un nom qui était tombé dans l’oubli. Ou qui revenait au moment d’évoquer les signatures les plus surprenantes du PSG ère pré-QSI. Et puis, Antoine Griezmann l’a remis au goût du jour. Dans l’amphithéâtre du musée de la Nouvelle Jérusalem d’Istra dimanche, après la victoire face à l’Argentine (4-3), le numéro 7 français a évoqué son prochain adversaire, l’Uruguay.

Un pays avec lequel il entretient des liens forts. Des liens qui ont commencé aux côtés d’un certain Carlos Bueno, connu à la Real Sociedad en 2009. L’ancien attaquant du PSG, 37 ans et aujourd'hui joueur du Cerro Largo Fútbol Club en D2 uruguayenne, s’est confié à Eurosport.fr sur l’amour entre Grizou et son pays. Un amour voué, le temps d’un quart de finale vendredi, à disparaître pendant quatre-dix minutes ou plus.

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Griezmann, l'amour du "chiant"
04/07/2018 À 12:57

En conférence de presse, Antoine Griezmann a affirmé que vous aviez été l’une des raisons de son amour pour l’Uruguay ? Vous confirmez ?

Carlos Bueno : Oui, c’est moi qui ai fait de Griezmann un Uruguayen pur jus. On a partagé une année magnifique à la Real Sociedad (2009/2010, NDLR). C’était ses débuts en professionnel, il était très jeune (18 ans). J’ai eu la chance de participer à son développement en tant que joueur mais surtout en tant qu’être humain.

Pourquoi le style de vie uruguayen a-t-il déteint sur lui ?

C. B : On était tous les jours ensemble, on traînait ensemble, on partageait pleins de trucs. Le fait de m’écouter parler, de vivre au jour le jour, de voir des potes uruguayens, regarder du foot uruguayen… Il était tout le temps avec moi dans ces journées-là. C’était génial. Pendant un an, il a presque vécu avec moi.

Vous l’avez pris sous votre aile ? Que lui avez-vous appris ?

C. B : Il était super jeune, assez seul, alors je me suis accroché à lui et lui à moi. La connexion a été immédiate. La première chose que je lui ai appris, ici, c’est qu’on mange plein d’asado (des barbecues sud-américains à la cuisson longue, NDLR). On est aussi complètement fous de foot, hyper passionnés et c’est là que je lui ai inculqué mon amour de Peñarol qui est une équipe hyper importante ici.

Tout ce que notre pays a à offrir, il l’a essayé. Surtout le dulce de leche (confiture de lait, NDLR) qu’il adore (rires). Après moi, il a aussi eu plein de coéquipiers uruguayens qui ont continué à lui donner goût à notre culture, notre façon de vivre. Il a même été nommé citoyen d’honneur en Uruguay. Il a reçu une plaque du peuple uruguayen alors qu’il n’est jamais venu ici (aucune trace de cette nomination n’a été retrouvé par nos soins, NDLR).

Le jeune Antoine Griezmann au duel avec Cristiano Ronaldo en 2010

Crédit: Getty Images

Qu’est-ce que c’est que ce truc dégueulasse ?

Vous pensez qu’il viendra un jour ?

C. B : Je sais qu’il va venir. Le parrain de sa fille est uruguayen avec Godin. Il est ami avec moi, avec ‘Cebolla’ (Christian Rodriguez, NDLR). Ce serait fou si on était tous ensemble.

Même après autant d’années, vous êtes toujours en contact ?

C. B : Oui, bien sûr, je parle encore avec lui. J’ai la chance d’avoir son numéro donc on échange régulièrement sur WhatsApp.

Vous avez des anecdotes sur sa découverte de la culture uruguayenne ? Notamment le maté ?

C. B : A chaque fois, il me voyait avec mon maté parce que nous, on va partout avec. C’est presque une religion pour nous. A chaque fois, il me demandait de goûter et à chaque fois je refusais en lui disant qu’il allait cracher dans ma voiture et que je serais obligé de lui demander de descendre parce que cela ne se fait pas. Il me disait toujours "J’en veux, j’en veux l’Uruguayen". Il m’appelait comme ça. Un jour, j’ai craqué et je lui ai dit : "Allez, vas-y, goûte". Il a goûté et m’a regardé avec une tête… Son regard voulait dire : "Hijo de …, qu’est-ce que c’est que ce truc ?". Il a réessayé dans la foulée et trouvait vraiment ça horrible. "Qu’est-ce que c’est que ce truc dégueulasse ? C’est hyper amer, fort, chaud". Et moi : "Je t’avais dit que tu n’aimerais pas"…

Mais il resté avec ce goût dans la bouche. Et quelques jours plus tard, il m’en a redemandé. C’était le début de son histoire avec le maté. Petit à petit, il a commencé à en prendre plus et m’a finalement demandé de lui ramener un thermos et de la yerba pour pouvoir s’en faire lui-même.

Il s’est toujours sacrifié pour son équipe

A vous écouter, Griezmann est donc uruguayen désormais ?

C. B : Ne confondons pas les choses. Antoine est français. Il aime son pays. Mais son deuxième pays c’est l’Uruguay pour pleins de raisons : sa manière de jouer, sa manière d’aborder la vie, son humilité, sa façon de travailler, sa façon de vouloir continuer à progresser, ça c’est typiquement uruguayen. Maintenant, il boit du maté, il parle comme nous et ici tout le monde l’adore.

Dans son jeu, vous trouvez qu’il reprend des caractéristiques de joueurs uruguayens ?

C. B : Oui, il est purement uruguayen dans son style de jeu. Il s’est toujours sacrifié pour l’équipe. Même à ses débuts. On jouait ensemble devant et lui se coltinait le travail défensif et remontait la balle. Il n’a jamais cessé d’être comme ça. Après, évidemment, il a développé plein d’autres atouts : physique, puissance, vitesse.

Que pensez-vous de son Mondial jusqu’à présent ? En France, on reste encore sur notre faim…

C. B : Je crois qu’il ne doit rien montrer à personne. Pour moi, il est en train de faire un grand Mondial. En sélection, il y a d’autres joueurs qui doivent monter en puissance. Bien sûr, parce qu’il marque des buts semaines après semaines en Espagne, on attend plus de lui. Mais les autres joueurs aussi doivent se montrer.

Justement, cette équipe de France, vous en pensez quoi ?

C. B : Il y a Mbappé évidemment. Mais moi j’aime surtout Giroud qui est le meilleur coéquipier possible. Antoine n’est pas un avant-centre pur jus. Antoine c’est celui qui met l’équipe dans le bon sens et remonte le ballon. Giroud c’est celui qui reste dans la surface.

Et vendredi, c’est quoi votre pronostic ?

C. B : Sur le papier, la France est une meilleure équipe que l’Uruguay. Mais l’Uruguay… c’est l’Uruguay. A partir du moment où ils commencent à se chauffer, ils se battent sur chaque ballon. Et ça, ça va rendre la vie difficile à la France. Parce que l’Uruguay est une équipe qui ne se rend jamais.

Carlos Bueno en 2008

Crédit: Getty Images

Jusqu’ici, l’Uruguay vous a convaincu ?

C. B : Non. Footballistiquement parlant, non. Mais on sait ce que c’est l’Uruguay. Ca n’a jamais été une équipe qui jouait bien. C’est une équipe qui va courir pendant 90 minutes pour se battre jusqu’au bout. L’équipe qui sortira l’Uruguay va y laisser beaucoup d’énergie.

Votre favori pour le titre, c’est…

C. B : Le football a énormément changé. Les grands noms ne dirigent plus forcément le foot. Messi dehors, CR7 dehors, Espagne dehors. Les noms sont des détails désormais, ce sont les équipes, les groupes qui gagnent. Je crois que l’Uruguay a tout ça. Mais je crois que la France l’a aussi.

Un petit message pour Griezmann avant le match ?

C. B : "El Uruguayo" (le surnom donné par Griezmann a Bueno) l’aime beaucoup, est très fier de lui. Mais vendredi, je vais oublier qu’Antoine est uruguayen. Pendant le match, Antoine sera français. Après, on l’aimera de nouveau (rires). Plus sérieusement, je vais lui écrire d’ici le match. Mais je lui souhaite le meilleur. Toujours.

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