Ils ont vécu un après-midi d'exception. S'il était encore tôt samedi soir pour que tous s'en rendent bien compte, les joueurs de l'équipe de France avaient bien conscience d'avoir sorti le grand jeu et de s'être évité de perdre un match qui a longtemps ressemblé à une partie imperdable. Parce que, franchement, durant les quarante premières minutes, l'Argentine était plus proche du crash que du décollage. Et il y a eu ce relâchement du milieu français. Di Maria en a profité. Puis cette frappe de Messi, déviée par Mercado dans le but de Lloris. A la rue, l'Albiceleste a fini par se retrouver sur un boulevard vers les quarts. On jouait alors la 48e minute.

L'histoire aurait pu définitivement s'assombrir et son poids écraser les épaules bleues. Parce qu'au moment où Mercado a mis ses copains sur orbite, la Kazan Arena s'est enflammée. Dans les tribunes, parées de ciel et blanc, on a vu des verres en plastique des supporters et les liquides qui allaient avec prendre la voie des airs, sans que cela n'éteigne le feu naissant. Bien au contraire. Sur le pré, les coups ont continué à pleuvoir sur les Bleus, qui ont encaissé encore et encore les provocations de leurs aînés argentins.

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Onze minutes pour une destruction massive

Et puis, la révolte est venue de Benjamin Pavard. On jouait alors la 57e minute d'un match qui n'en était finalement qu'à ses premiers balbutiements. Onze minutes plus tard, Kylian Mbappé avait achevé son œuvre de destruction massive et les Bleus menaient 4-2. Trois buts en onze minutes, l'équipe de France n'avait jamais réussi un tel tour de force en Coupe du monde. Les seuls France - Paraguay 1958 (7-3) et France - Arabie Saoudite 1998 (4-0), trois buts en dix-sept minutes, s'approchant de ces standards.

On apprend beaucoup d'un groupe quand il est au pied du mur. Si le mur argentin n'a pas été bien dur à escalader, c'est parce que personne n'a pensé qu'il n'y parviendrait pas. Les Bleus ne se sont jamais désunis et, surtout, sont restés dans leur match alors qu'il y avait mille et unes raisons d'en sortir. "On connait le caractère des Argentins mais on est resté tranquilles. On savait qu'ils allaient nous chercher, ils sont comme ça, a confié Lucas Hernandez. Avec Antoine (Griezmann), on les connait bien car on a un coach argentin. On savait qu'ils allaient réagir. On n'a pas dévié de notre chemin. Il ne fallait pas répondre aux provocations."

"Il nous fallait un match comme ça"

Griezmann a confirmé les dires de son coéquipier : "L’égalisation nous a fait énormément de bien et ensuite on a montré du caractère. Il nous fallait un match comme ça. On avait confiance en nous, confiance en notre jeu." Personne n'a perdu les pédales. Et, finalement, c'est ça le plus exceptionnel. Les Français ont fait partir le feu en gardant la tête froide. "Je n’ai pas eu de sentiment de peur ou de crainte", a de son côté confirmé Didier Deschamps. Avant de rappeler, une nouvelle fois : "Notre compteur de sélections est faible, ce qui n'empêche pas la qualité, mais il faut de la patience, même s'il n'y en a pas au haut niveau, tout au plus de l'indulgence. En face, il y avait beaucoup d'expérience, on a été capables de gérer relativement bien les différentes situations, même si on aurait pu éviter de se faire peur à la fin. On a mis de la folie, il y a de ça dans cette équipe, et on a besoin de ça."

Ce match ressemble à un accélérateur de particules pour la jeunesse tricolore. Si elle n’a pas tout bien fait et aurait pu s'éviter des frayeurs superflues, ce scénario l'a grandie d'un coup. Ces quatre-vingt-dix minutes comptent pour bien plus. "C'est là où on s'est révélé, assure Hugo Lloris. On a montré de la personnalité et du caractère. On est passé au mental aujourd'hui." Du talent, du mental et du self control, les Bleus ont mis ce qu’il fallait dans le shaker. Le cocktail est réussi.

De notre envoyé spécial à Kazan, Maxime Dupuis

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