Le goût du frisson, la douceur du souvenir

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COUPE DU MONDE – Les Bleus ont enfin livré le match épique qu'on attendait d'eux dans un Mondial. Voilà douze ans qu'il nous en avait sevrés. France-Argentine a livré la dose d'émotions et de frissons qui manquait aux hommes de Didier Deschamps et fait basculer leur compétition du bon côté. Celui-ci, on s'en souviendra longtemps.

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Crédit: Eurosport

Douze ans, c'est long. Surtout quand il ne se passe pas grand-chose et que le dernier souvenir marquant vous plante un poignard en plein coeur. Ce penalty de Fabio Grosso, cette fichue barre transversale de David Trezeguet et les espoirs d'un deuxième titre mondial enterrés dans la chaude soirée berlinoise. Depuis cette légendaire finale du Mondial 2006, la France se cherchait un souvenir en Coupe du monde.
Ce n'est pas encore France-RFA à Séville (1982) ou France-Brésil de Saint-Denis (1998) ou Stuttgart (2006) mais le France-Argentine de Kazan est entré dans la grande histoire de l'équipe de France sans doute au moment où on s'y attendait le moins après un premier tour plongé dans un bocal de formol. Ce n'était qu'un huitième ? Oui, mais c'était l'Argentine. L'Albiceleste n'est que l'ombre d'elle-même ? Ce n'en était pas moins l'équipe de Messi.

Touche d'irréel

Autant que l'affiche, c'est le scénario qui gravera la rencontre dans nos mémoires. Parce que les Bleus, noyés sous la ferveur de tout un peuple, ont côtoyé le précipice avant les 11 minutes les plus insensées de leur histoire récente. Un torrent d'émotions, de frissons, de hauts et de bas. Et la touche d'irréel qui fige le moment dans la mémoire : cette volée du héros inattendu, Benjamin Pavard, celui qui "vient de nulle part" selon les mots d'Antoine Griezmann et se prend pour un improbable Roberto Carlos.
Et puis, après tout, il ne faut pas faire les difficiles. A des degrés divers, 2010 et 2014 avaient sevré les supporters tricolores d'émotions. 2010 parce que rien ne s'était passé comme prévu. 2014 parce que tout s'était passé comme prévu. Il manquait au France-Suisse (5-2) l'irréversibilité d'un match à élimination directe, il manquait à France-Nigeria les galons d'un adversaire prestigieux, il manquait à France-Allemagne l'illusion d'y croire.

Une troisième référence

France-Argentine a tout réuni dans une ambiance de corrida, ce qui ne gâche rien à l'affaire. Dans cette Kazan Arena hostile, dos au mur, une équipe s'est révélée à elle-même et aux yeux du monde. Elle a grandi d'un seul coup et fait rejaillir des rêves amochés par trois premiers matches inaboutis. Ce France-Argentine a gagné sa place auprès du France-Ukraine de 2013 et du France-Allemagne de 2016. La troisième référence du mandat de Didier Deschamps, la première en Coupe du monde.
L'Ukraine avait soudé un groupe, l'Allemagne avait fait exploser Griezmann, l'Argentine a dévoilé les caractères, une identité et un deuxième leader : Kylian Mbappé. C'est un aboutissement autant, espérons-le, qu'un point de départ. Samedi, c'est la jeunesse qui a montré la voie à suivre. La jeunesse a la folie, la vieillesse a la sagesse. Mais les Bleus ont pourtant grandi dans une soirée pleine de frénésie. Un paradoxe qu'ils devront cultiver. Pour aller plus loin, il faut souvent vibrer.
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