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Le Mondial vu d'Italie - Presse, télés, radios : Comment les médias se sont préparés face au vide
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Publié 20/11/2022 à 00:39 GMT+1
COUPE DU MONDE 2022 - Quatre ans après avoir manqué le Mondial en Russie, l'Italie se prépare à en rater un deuxième d'affilée, cette fois au Qatar. Du jamais-vu dans toute l'histoire de la Nazionale. Pour les médias nationaux, de la presse aux radios, ce nouveau revers a chamboulé tous les plans. Premier épisode de votre nouveau rendez-vous "le Mondial vu d'Italie".
Le Mondial vu d'Italie
Crédit: Eurosport
C'était le 24 juin 2014. Et l'intéressé qui vous écrit ces quelques lignes n'avait alors "que" 23 ans. Au moment où l'arbitre siffle la fin de ce triste Italie-Uruguay (0-1) synonyme d'élimination de la Coupe du monde au Brésil, il ne se doute pas vraiment qu'il vient d'assister au dernier match de la Nazionale à un Mondial avant un bon bout de temps. 2018 ? Pas pour nous, trop froid en Russie. 2022 ? Toujours pas, trop chaud au Qatar. La Suède et la Macédoine du Nord sont gentiment passées par là pour nous faire rester à la maison. Ainsi, il faudra attendre au minimum 2026. Et l'intéressé aura alors... 35 ans. Aïe. Coup dur et coup de vieux.
Alors, histoire de passer le temps pendant ces quatre semaines de compétition, il a décidé de vous faire vivre la Coupe du monde vue d'Italie. Comme un passant hagard qui passerait devant la fête du village tout en se rendant compte qu'il n'y a pas été convié. Pour la deuxième fois de suite, en plus. Voilà un peu le sentiment qui règne ici, dans la Botte, à l'heure où la 22ᵉ édition de la Coupe du monde de football s'apprête à démarrer sans son champion d'Europe.
Pour ce premier épisode, vous allez pouvoir entrer dans les coulisses de plusieurs médias transalpins, certains journalistes ayant accepté de nous raconter leurs plans personnels et professionnels, avec des rédactions contraintes à contrecarrer la ligne éditoriale initialement prévue pour couvrir la compétition. "Je ne vous serais pas d'une grande utilité, j'aurais dû partir au Qatar pour suivre la Nazionale. Au vu des évènements, j'ai décidé de poser mes vacances depuis l'élimination", plaisante d'emblée l'un de nos confrères. Mais ce ne sera pas le cas pour tout le monde.
Du côté de La Gazzetta dello Sport, quotidien sportif le plus connu et vendu en Italie, il a été décidé d'envoyer pas moins de onze journalistes sur place. "Moi, j'ai préparé un long format de dix histoires du Mondial avec un collègue, nous témoigne Francesco Pietrella, journaliste du quotidien rose. Il y aura une couverture quotidienne assez consistante. Puis il y a aussi la Serie B qui ne s'arrête pas, heureusement... Enfin, côté Serie A, tout dépendra du mercato, des joueurs présents au Qatar. Il y aura des choses à dire et à raconter. La Gazzetta va suivre de près l'événement, sur le site et dans le journal. On parlera quand même de la Coupe du monde, qui plus est insolite en hiver. Tu ne peux pas passer à côté, même sans notre sélection."
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La presse italienne doit s'adapter avec ce nouveau raté au Mondial
Crédit: Getty Images
Au moment où la presse italienne est en souffrance, avec des ventes en chute libre, l'absence de la Nazionale est un "énorme coup dur" selon l'un des rédacteurs en chef du quotidien. Sans parler du manque à gagner dans tous les autres secteurs, de la restauration au merchandising. Pour donner un ordre d'idée du manque à gagner, le site "Calcio e Finanza" rappelait en juillet dernier que le football professionnel italien a un "impact indirect sur le PIB (Produit International Brut) à hauteur de 10,2 milliards d'euros" et compte plus de "112 000 travailleurs actifs". En 2021, 55% de la population âgée de plus de 18 ans se disait être "intéressée" par le football, contre 48% de moyenne en Europe, pour un total de 27,4 millions de personnes. L'Italie reste bel et bien le pays du Calcio. Alors, forcément, rater deux Coupes du monde de suite, ça fait tâche.
"Bien évidemment que les médias vont suivre ce qu'il se passe au Qatar, témoigne le journaliste Matteo Moretto, passé récemment de Sky Italia au média espagnol Relevo, mais toujours basé à Milan. Ils vont surtout être focus sur les joueurs qui jouent en Serie A. Et cela va également beaucoup parler de mercato ces prochaines semaines." Il faut dire que le "Calciomercato" demeure un sport national en Italie. Généralement, il se pratique l'été et sous "l'ombrellone" (le parasol) à la lecture des journaux. Cette fois, ce sera au coin du feu ou sous un plaid. Si l'on reprend le fil de cette semaine pré-Mondial, il a d'ailleurs fallu attendre ce dimanche pour voir La Gazzetta dello Sport dédier sa Une à l'événement. Ah, le déni...
"Sans l'Italie, dédier une émission au Mondial n'aurait aucun sens"
Au pays quatre fois champion du monde, on aurait aimé que la saison se poursuive normalement, sans interruption due au Mondial. "Il faut savoir que la sélection ne fera jamais parler autant que les clubs, Juve, Milan, Inter, Roma, Lazio, Napoli etc. Encore plus maintenant que la saison est entrée dans le vif, regrette Augusto Ciardi, journaliste sur la radio romaine Teleradiostereo depuis une vingtaine d'années. Une émission entièrement dédiée à la Nazionale pendant un Mondial n'aurait déjà pas beaucoup de sens, alors sans, elle n'en aurait tout simplement aucun. Il y aurait une chute totale des audiences, et cela vaut aussi pour les quotidiens. Ils parleront du Mondial, oui, mais marginalement."
Alors, comment s'organiser ? "On va essayer d'élargir nos horizons, créer de nouvelles rubriques et parler du football mais de manière moins clivante, car ici, nous parlons beaucoup et essentiellement de la Roma ou la Lazio avec nos confrères, répond Augusto Ciardi. On va essayer de faire des choses différentes. Parler tous les jours pendant deux mois uniquement de Lazio et Roma, cela comporterait des répétitions et des arguments plus ou moins similaires. L'été, il y a le mercato. Mais là, nous sommes encore en novembre et donc loin du mercato hivernal. On s'apprête à affronter un mois et demi de battement. Aborder des questions extra-sportives n'est pas exclu, il va falloir faire preuve de créativité pour meubler tout en suivant ce qu'il se passe au Qatar. Nos thèmes principaux restent le football et la Roma. Mais on va devoir l'enrichir avec de nouveaux plats. Par exemple, pourquoi ne pas faire deux heures sur le cinéma lié au sport et au football. Mais on ne passera pas notre temps à commenter des matches où l'Italie ne sera même pas."
Du côté des télés, les 64 matches du Mondial seront diffusés en clair et en exclusivité par la Rai, qui comptait sur la présence de la sélection de Roberto Mancini pour booster ses audiences. Raté. "Elles seront forcément moins bonnes, déplore un journaliste de la rédaction. Il suffit d'imaginer que le match face à la Macédoine du Nord a fait des pics à dix millions de personnes... Là, on en sera loin, surtout pour les matches de poules. Mais nous garderons plus ou moins le même modèle, avec un plateau de consultants et journalistes pour analyser les matches que nous considérons les plus importants, et ce jusqu'à la finale."
Très écoutée en Italie, avec plus d'un million d'auditeurs par jour, la radio "Radio Sportiva", qui ne parle que de sport du matin 7h au soir 20-21h, voire minuit les soirs de championnat ou Ligue des champions, s'est elle aussi adaptée à l'absence de la Nazionale. "Nos programmes resteront plus ou moins les mêmes qu'en pleine saison, explique la rédaction. Il y aura seulement le direct des matches les plus importants du Mondial. Côté horaires, on arrêtera à 23h les soirs où il y aura des matches à 20h. Avec l'Italie, il y aurait eu des émissions spéciales, mais on en fera quand même pour les matches importants. Lors des émissions dédiées aux analyses plus profondes, nous devrons trouver des invités capables de parler d'autres sujets. Évidemment, si la Nazionale avait été là, nous n'aurions parlé que de ça. Mais si l'on évoque purement et simplement la grille de programmes, son absence ne change presque rien." Au final, on commencerait presque à s'y habituer...
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