Coupe du monde 2026 - Angleterre - Elliot Anderson, l’homme qui valait 130 millions d’euros
Par Jéremy Docteur
Mis à jour 01/07/2026 à 16:01 GMT+2
Extrêmement apprécié par Thomas Tuchel en sélection, Elliot Anderson a quitté Nottingham Forest pour s’engager avec Manchester City. Les proportions démesurées du transfert du milieu de 23 ans font beaucoup parler. Retour sur son parcours et sur les raisons qui ont poussé les Citizens à casser la banque.
"Une telle grâce, on a rarement vu ça depuis Zidane"
Video credit: Eurosport
"Il n’y avait aucune chance qu’il parte pour moins que Declan Rice", nous soufflait-t-on depuis plusieurs semaines. Dont acte. En 2023, Arsenal posait 105 millions de Livres (120M€) pour s’attacher les services de l’Anglais et d’après la presse britannique, Manchester City aurait déboursé 116M£ (135M€) pour enrôler son binôme en sélection. Une somme faramineuse pour le milieu de 23 ans, devenu indéboulonnable en équipe nationale depuis sa première cape en septembre 2025. "S’il était admis qu’il partirait probablement, Forest n’avait aucune pression financière pour vendre, ils ont négocié en position de force", explique Paul Taylor, journaliste pour The Athletic.
- Dates, heures : le calendrier complet du Mondial
- Le programme TV de la Coupe du monde 2026 avec tous les matches
- Suivez le Tour de France sur Eurosport, via HBO Max !
Un départ forcé de Newcastle
Un transfert à l’opposé de celui qui l’a contraint à quitter Newcastle, son club formateur qu’il a rejoint à 8 ans, en 2024. À l’époque, les Magpies devaient assainir leurs comptes pour respecter les règles du fair-play financier de la Premier League (PSR). Nottingham Forest flairait la bonne affaire. "Dans l’opération, ils ont récupéré 20M£ de Newcastle pour Odi Vlachodimos, un gardien remplaçant, et ils ont pu recruter Anderson pour 35M£. C’était le deal du siècle pour eux, que ce soit financièrement, surtout avec cette plus-value, ou pour sa valeur sportive."
Ce départ est vécu comme un déchirement par Anderson. Le "sacrifice" d’un gars du cru rend la pilule encore plus rude à avaler chez les fans. Ben Dawson, coach à l’Academy et en équipe première de Newcastle pendant plus de dix ans, se souvient : "Tout le monde était déçu, mais lui était dévasté. Je lui ai dit : 'Je sais que tu es dégoûté. Prends-le comme une opportunité. Parfois, la meilleure chose qui puisse arriver, c’est de partir pour se débarrasser de l’étiquette du joueur formé au club.' Il a changé de contexte et je pense qu’il a vraiment prospéré grâce à ça. Il a adoré la pression : 'Je deviens le joueur pour qui ils ont payé X millions, avec des attentes, je dois montrer ce que je vaux.'"
L’entraîneur le connaît depuis les U15 et a travaillé avec lui pour la première fois en U18. "On voyait le potentiel, mais il n’était pas le plus impressionnant à ce moment-là, à cause de son gabarit. Il a toujours été assez petit et frêle, ce qui à cet âge peut être un vrai défi car beaucoup ont déjà mûri physiquement." En revanche, il se distingue par sa qualité technique et sa compréhension tactique. "Aujourd’hui, il est toujours stratégique dans ce qu’il fait. On le voit indiquer aux joueurs où se déplacer, organiser le terrain pour se donner les meilleures chances de récupérer le ballon ou pour servir ses coéquipiers dans les bonnes positions. C’est un attribut qu’il avait déjà en U16."
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/06/25/image-ae745f42-ef33-402f-a987-1b974b5dfdf0.jpeg)
Elliot Anderson #8 of England reacts during the FIFA World Cup 2026 Group L match between England and Ghana at Boston Stadium on June 23, 2026 in Foxborough, Massachusetts.
Crédit: Getty Images
Route barrée par la concurrence au milieu
À 17 ans, Anderson a été promu en U21. Ben Dawson se souvient d’un amical contre York City. "Il avait été très bon et le coach adverse a demandé s’il pouvait le prendre en prêt. Ça a un peu forcé une discussion entre nous sur la prochaine étape : le prêter ou lui donner plus d’exposition en équipe première ? On a décidé de l’intégrer dans le groupe pro, il revenait de temps en U18 ou U21 pour un match."
18 mois plus tard, après quelques apparitions sur le banc en PL et FA Cup, en janvier 2022, direction Bristol Rovers (League Two, D4), dirigé par… Joey Barton, ancien "bad boy" de Newcastle. Il sait l’opportunité des deux mains : 21 matches, 7 buts et 6 passes décisives. Il aurait hérité d’un surnom, "Geordie Maradona". "Le dernier match de la saison contre Scunthorpe, ils devaient mettre un carton pour monter. Et comme par hasard, c’est lui qui marque le but décisif du 7-0 à la 85e. Ça ne s’invente pas."
De retour à Newcastle, la concurrence est solide. Il totalise 22 apparitions mais ne démarre que trois fois. En 2023-24, son temps de jeu progresse un peu (10 fois titulaire) sans pour autant déloger le milieu Bruno Guimarães, Joelinton, Sandro Tonali. Ben Dawson reprend : "Il a probablement été malchanceux. Il avait du mal à trouver sa place dans le onze et y rester. Il y avait des semaines où il n’était pas dans le groupe, il faisait une séance individuelle avec moi le samedi matin, puis il allait au stade pour le match. Tout ça ne le perturbait pas, il n’a jamais changé d’approche, ni d’état d’esprit."
À force de le côtoyer, sa personnalité se dévoile. "Il faut du temps pour qu’il s’ouvre, il doit te faire confiance, sentir que tu souhaites l’aider. On faisait beaucoup d’analyse de son jeu. Il a une vision très claire d’où il veut aller et un plan pour y arriver. C’est un trait commun à tous les grands athlètes : la détermination. Certains peuvent paraître arrogants, pas Elliot. Il reste humble et ça se reflète dans ce que disent de lui ceux qui ont croisé sa route."
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/06/29/image-073dac5f-af05-44e0-9c21-4b7d940229e0.jpeg)
Elliott Anderson au Mondial 2026 avec l'Angleterre
Crédit: Getty Images
Exceptionnel "dans un chaos absolu"
Ben Dawson relate une anecdote de l’époque Covid : "Il avait la chance d’avoir une salle de sport chez lui et ils y allaient tous les jours avec ses deux frères. Quand il est revenu, il avait clairement évolué. Il a su exploiter cette période pour cibler exactement ce qu’il devait travailler. Il est bien plus costaud aujourd’hui." Un coffre qui lui permet de maintenir ce niveau d’énergie énorme dans son activité défensive. Pour Paul Taylor qui couvre Nottingham Forest, "c’est une machine, il demande toujours la même intensité à ses coéquipiers. 'Si moi je fais ça, je veux vous voir faire pareil', et ça a un effet positif autour."
Débarrassé d’une gêne au dos qui l’éloigne plusieurs mois des terrains début 2024, sa fin de saison très solide scelle l’intérêt de Nottingham Forest. Là-bas, il trouve vite sa place dans le système de Nuno Espirito Santo. "Ils imaginaient qu’il jouerait sur le côté gauche, type ailier intérieur. Mais il a eu l’opportunité de jouer dans l’axe et il a littéralement explosé à ce poste. Je ne suis pas sûr que ce soit sa préférence, mais il est excellent dans ce rôle au cœur du jeu, à dicter le tempo. Tu pourrais le mettre arrière droit, il serait brillant." Ben Dawson insiste sur son évolution et cette polyvalence : "Plus jeune, il était davantage utilisé en 10 dans un losange ou sur le côté gauche en rentrant vers l’intérieur. Il était créatif, buteur, capable de recevoir dans les petits espaces."
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/07/01/image-6186b7e0-fd7d-4a20-aa56-f106f010ddec-85-2560-1440.jpeg)
"Il a gagné sa place pour les 8es de finale" : Barcola, l'électron libre des Bleus
Video credit: Eurosport
En épilogue d’un exercice 2024-25 brillant, son club tutoyant longtemps le podium, terminant septième à seulement un point de la Ligue des champions, il remporte l’Euro Espoirs avec l’Angleterre. Le suivant n’a rien à voir, Forest est resté plus proche de la relégation que des places européennes. Nuno est parti en septembre, Ange Postecoglou, Sean Dyche et Vitor Pereira, avec des styles opposés, se sont succédé. "Tous lui ont demandé des choses différentes : plus bas, en sentinelle pour dicter le jeu ; plus direct en variant les passes ; plus haut voire à gauche… Qu’importe, il s’exécute." Ces diverses expositions tactiques peaufinent sa palette, confirme Paul Taylor. En dépit des changements incessants, Anderson a toujours tenu son rang : "Quand ton club souffre, c’est précieux d’avoir un joueur qui reste à ce niveau. Dans ce chaos absolu, il a réussi à sortir du lot en étant constant. Je dirais qu’il a franchi un cap, il s’est transformé."
Au cœur du nouveau projet de City
À son départ de Newcastle, celui qui a joué avec les jeunes de l’Ecosse, et a même été appelé par les A en 2023 avant de choisir définitivement les Three Lions, n’était pas un joueur établi de Premier League. Deux saisons plus tard, il est dépeint comme un des meilleurs milieux du Royaume. "Sa progression a été exceptionnelle. Pour certains, partir de chez soi peut faire basculer une carrière du mauvais côté. Mais son caractère et son abnégation ont fait la différence", juge Ben Dawson.
Il affiche un profil plus complet qu’un simple récupérateur classique, capable de presser, couvrir un maximum d’espace, aller au duel, relancer… "Il a cet instinct pour se placer de manière à constamment gêner l’adversaire. Il montre une vraie ténacité pour récupérer le ballon et remettre son équipe dans le bon sens. C’est d’autant plus fort qu’il a démarré comme joueur plus offensif", estime Paul Taylor.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/07/01/image-f312c032-d86d-424f-8b5e-e09dd0aad50a-85-2560-1440.jpeg)
"Déjà 10 buts en 9 matches à élimination directe, c'est délirant !"
Video credit: Eurosport
Reste tout de même un axe de progression : ses statistiques offensives sont faibles (4 buts, 5 passes décisives). "Sa qualité de frappe n’est pas la meilleure. Je pense qu’il pourrait avoir un peu plus confiance, il se retrouve souvent dans de bonnes positions, mais il hésite. Il décale le ballon ou tente une touche de plus", poursuit le reporter. Cette saison, il s’est mué en taulier : pas du genre à hurler à tout va, mais à montrer l’exemple. "Il a grandi dans cette équipe. Ses coéquipiers disent qu’il est sorti de sa coquille. Malgré tout le battage autour de lui, il reste terre-à-terre. Ce n’est pas quelqu’un qui attire les gros titres, mais c’est le genre de joueurs en qui les entraîneurs ont confiance car les mauvaises performances sont rares. Il te sort toujours un match à 7 ou 8 sur 10 minimum."
Reste qu’à Manchester City, il va devoir passer un nouveau palier avec l’étiquette du joueur britannique le plus cher de l’histoire. Son ancien coach en est persuadé : "Ça ne le perturbera pas. Il veut atteindre le plus haut niveau. Il est très stable émotionnellement, serein, jamais dans l’excès. Il aura un autre maillot, mais le même nom dans le dos, et il fera exactement pareil." Avec le départ de Pep Guardiola, l’arrivée d’Enzo Maresca et le départ de cadres, il y a fort à parier qu’Elliot Anderson ait une place de choix dans la reconstruction de Manchester City.
Sur le même sujet
Plus de détails
Angleterre
/images.sports.gracenote.com/images/lib/basic/geo/country/flag/large/2208.png)
2
1
RD Congo
/images.sports.gracenote.com/images/lib/basic/geo/country/flag/large/4388.png)
Commenté
Publicité
Publicité