Pourquoi le stade Azteca de Pelé et Maradona nous manque déjà, avant-même le match d'ouverture de la Coupe du monde 2026
Eurosport sur GoogleLe stade Azteca de Mexico, qui a sacré le Brésil de Pelé pour la troisième fois en 1970, puis l’Argentine de Diego Maradona en 1986, s'apprête à reprendre vie en Coupe du monde, quarante ans plus tard. Mais si un nouveau chapitre de l'histoire mexicaine avec le Mondial va s'écrire, il ne sera qu'éphémère. Puisque 72 des 104 matches du Mondial se joueront aux États-Unis. À regret.
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Paraît qu'il est venu. Un jour de juin 1970. Avec ses copains jaune et vert. Que même à quatre heures de marche du stade Azteca, dans le vieux Tepito, au nord de Mexico, Pelé s'est arrêté. Qu'il a joué au foot avec les gens du coin, sur la terre battue séchée, entre deux poteaux bricolés. Que le lendemain, il est parti. Qu'on ne l'a plus revu qu'à la télé, pour les chanceux, ou au stade Azteca, pour les bénis. Le trophée Jules-Rimet entre les mains, encore, pour la troisième et dernière fois de sa vie.
Treize Coupes du monde plus tard, Pelé n'est plus là. Maradona non plus. Même si l'Argentine cherche encore un coupable à sa mort. Les gens passent. Pas leurs histoires, ni les lieux où on les a écrites. À Tepito, on raconte toujours, sans vraiment pouvoir le prouver, que le Rei est venu. Qu'il a joué ici, sur un terrain que l'on a renommé "Maracana". Au milieu des tôles, qui n'ont pas bougé non plus, celles-là. Ni le grand Azteca, plus haut (2.240 mètres d'altitude), mais pas si loin que ça. Merci, l'América de Mexico, de le prêter, ce mastodonte de 83.000 places – il pouvait accueillir 110.000 spectateurs, à l’origine –, pour un bout d'été. Histoire de bien lancer une troisième Coupe du monde (presque) à la maison, après 1970 et 1986.
Le football de retour chez lui
Pour la troisième fois, les premières passes d'un Mondial jailliront de l'Azteca. Jeudi soir, dans l'Hexagone (21 heures) – à l'heure du déjeuner à Mexico –, une grosse quinzaine de vaillants Sud-Africains tentera de dompter la bronca qui descendra des tribunes vers les joueurs d'El Tri. Le football revient chez lui. À ses amours d'antan, qui se vivent encore aujourd'hui. Qu'il en profite, le football. Chez lui, cet été, il n'y restera pas longtemps.
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Le terrain "Maracana" de Tepito, à Mexico, où il se dit que Pelé aurait joué.
Crédit: Getty Images
Qu'on se le dise, entre nous, le meilleur joueur de la Coupe du monde 2026 ne sera pas mexicain. Parce que le milieu Gilberto Mora (Tijuana) est un peu jeune (17 ans). Que Raul Jimenez, lui, n'est plus tout jeune (35 ans). Qu'il n'a planté "que" dix buts, cette saison, soit 51 de moins que Harry Kane. Et que les frères Dos Santos n'ont même plus le niveau pour figurer dans la liste de Javier Aguirre. À défaut de le gagner, ce Mondial – sans chercher à les enterrer avant même l'ouverture –, les Mexicains le vivront avec une intensité qu'aucune autre sélection ne connaîtra. Pas même les autres pays-hôtes, mieux lotis (c'est peu dire) en nombre de matches à domicile. Mais pas en émotions. Ni en saveur. Parce qu'il y aura l'Azteca. Et Monterrey. Et Guadalajara.
Et qu'à l'Azteca, à Monterrey, et à Guadalajara, on l'a croisé, le football. Plus que nulle part ailleurs, puisqu'aucun autre stade que l'Azteca n'a connu deux finales de Coupe du monde. Et puisqu'il s'y est passé quelques trucs, par-ci, par-là.
Maradona ! Génie ! Génie ! Génie ! Ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta... Gooooool ! Gooooool ! Je vais pleurer ! Bon Dieu, vive le football !
Pêle-mêle. 1970. Le "match du siècle", confrontation italo-germanique où il n'a plu que des buts (4-3, après prolongation). Dont deux du malheureux Gërd Muller, battu ce jour-là, comme le "Kaiser" Franz Beckenbauer et son bras en écharpe. Leurs bourreaux italiens le seront quatre jours plus tard, battus, par le Brésil de Pelé en finale (4-1). Déjà à l'Azteca. Troisième titre du Roi, porté en triomphe par Jairzinho après qu'il ait ouvert le score.
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Pelé marque le premier but du Brésil face à l'Italie, en finale de la Coupe du monde 1970.
Crédit: Getty Images
Seize ans plus tard, une main de Diego Maradona. Une chevauchée fantastique de Diego Maradona. Victor Hugo Morales, à la télévision argentine : "Maradona ! Génie ! Génie ! Génie ! Ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta... Gooooool ! Gooooool ! Je vais pleurer ! Bon Dieu, vive le football ! Golaaazooo ! Diegoooooool ! Maradona ! Maradona, dans une course mémorable, dans la meilleure action de tous les temps... Cerf-volant cosmique ! (...) De quelle planète es-tu venu pour laisser autant d'Anglais derrière toi ? (...) Diegol, Diegol, Diego Armando Maradona ! Dieu merci, pour le football..." Signé D.M. With love.
Seulement treize matches au Mexique
Et puis, nous. En l'an de grâce 56 après Pelé. Nous aussi, on verra l'Azteca. Même si l'on risque peu d'y voir Maradona. Ou même Messi. Non, à la place, on n'y aura que cinq matches, dont trois en poules. Un Colombie-Ouzbékistan, et deux fois le Mexique. Que l'on adore. Mais qui n'est ni le Brésil de 1970, ni l'Argentine de 1986. Et l'on pourrait même revoir ledit Mexique, s'il sort premier de son groupe (le A), en seizièmes de finale, contre un meilleur troisième. La seule chance de voir Messi, ou Mbappé, ou Ronaldo, ou Yamal à l'Azteca viendra en huitièmes. Et il faudrait pour cela que l'une des sélections des précités ait terminé troisième de son groupe. Bref, ça n'arrivera pas.
À la place, nous, on aura l'Amérique d'un autre football, qui se joue avec les mains, et que préfèrent les États-uniens. Seuls 13 des 104 matches du Mondial seront joués au Mexique. Pour 19 au Canada, et 72 aux USA. On le regretterait déjà, l'Azteca. Sans même l'avoir vécu. Parce qu'il sera court, notre amour, même si on l'espère beau. Si Raul Jimenez veut bien nous filer un petit coup de main.
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