Face au Brésil, Zinédine Zidane nous a emmenés faire un voyage dans le temps. Un retour en arrière à l'époque de l'Euro 2000, où le maître était au sommet de son art, ou plutôt du Mondial 98. Car huit ans après son doublé historique lors de la finale du 12 juillet 1998, c'est une nouvelle fois face au Brésil qu'il a brillé comme on ne l'avait plus vu faire depuis des lustres. Les Brésiliens n'ont toujours pas compris ce qui leur été arrivé. A 34 ans, Zizou leur a tout fait. En vrai leader, en vrai capitaine, il semblait être partout sur le terrain, aussi bien en attaque qu'en défense, taches dont Raymond Domenech voulait pourtant le dispenser avant le Mondial. De la première à la dernière minute, le chef d'orchestre n'a jamais baissé la cadence. "C'est Zidane... Ça a l'air de vous surprendre, nous non. On sait le plus qu'il apporte", s'étonne-t-il. Mais on ne peut être qu'admiratif devant telle prestation.
Ce match aurait pourtant pu être son dernier, comme le précédent et comme le suivant. Mais Zidane semble désormais vivre parfaitement bien avec cette éventualité. A mille lieux de son visage fermé avant d'affronter l'Espagne, on l'a vu particulièrement détendu avant le coup d'envoi, plaisant durant de longues minutes avec Roberto Carlos et Ronaldo, ses deux coéquipiers du Real Madrid. C'est peut-être là le secret de sa nouvelle jeunesse. "Il sait qu'il va arrêter alors il veut jouer au maximum. Il n'y a plus de calculs. Chaque moment est le dernier, explique Domenech. Mais c'est ce qu'on dit à chaque joueur : imaginez que c'est le dernier match et jouez-le à fond. Lui le fait naturellement maintenant".
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"Heureux qu'il ait changé d'avis"
Mais, une fois le match lancé, il n'y a plus eu de cadeau. Dès la 1ère minute, Zidane a donné le ton en effaçant deux joueurs grâce à une roulette, véritable marque déposée qu'il utilisait avec parcimonie ces derniers temps, avant de réussir un passement de jambes qui laissait Zé Roberto sur place. Le festival pouvait commencer. Ce quart de finale de Coupe du monde prenait presque des allures de jubilé tant l'aisance et la décontraction du meneur des Bleus éclaboussaient le match. Un jongle sur Kaka suivi d'un extérieur du droit pour lancer Abidal (28e), un crochet sur Ronaldino (41e), un lob sur Ronaldo pour trouver Malouda (54e)... Pas de doute, il n'y avait qu'une star sur la pelouse de Francfort. "Zidane a été le magicien du match", a déclaré Pelé lui-même. Robinho et Cicinho, qui se sont jetés sur lui à la pause pour lui demander son maillot, ne s'y sont pas trompés. Car ZZ impose le respect, même à ses adversaires.
"On peut dire que Zizou était Brésilien sur ce match, ose Eric Abidal. Je crois qu'il a fait des gestes techniques qui ont du plaire à pas mal de personnes. C'est extraordinaire. Avant même que je sois professionnel, il me faisait rêver. Aujourd'hui, il me fait toujours rêver". Mickael Landreau va encore plus loin : "C'est vrai que tout le monde attendait Ronaldo, Ronaldinho ou Kaka mais Zidane a tout fait à lui tout seul. Il a été exceptionnel. Le match contre l'Espagne a sans doute été un déclic important". Encore un peu et les Bleus seraient en admiration devant le Madrilène, logiquement élu homme du match. "Je ne vais pas dire qu'on est admiratif mais on est content qu'il soit là. On est vraiment heureux qu'il ait changé d'avis il y a un an", glisse Willy Sagnol.
Sa première passe pour Henry
Mais Zidane n'est pas un show-man. Chaque geste est utile, il ne fait pas le spectacle. A la 44e minute, c'est lui qui lance Vieira avant que ce dernier ne se fasse faucher en pleine course par Juan. C'est lui aussi qui trouve la tête de Henry sur coup-franc (46e). La seconde tentative sera la bonne avec à la clef la première passe décisive entre Zizou et Titi en équipe de France (57e). "Comme ça le dossier sera clos, semble soulagé Henry. Cela dit, j'avais eu des occasions auparavant sur des ballons que m'avait donnés Zizou. C'était le truc qui faisait parler tout le monde. Voilà, c'est fait. C'était le bon match pour le faire" . Ne dit-on pas que la force des grands est de répondre dans les moments importants.
Zidane est de la classe des joueurs qui bonifient leur équipe. "C'est bon pour le groupe d'avoir un joueur de son expérience qui exprime encore toutes ses qualités. Ça nous a été bénéfique. Quand vous avez un Zidane à ce niveau... ", confirme Abidal. A moins que ce ne soit l'inverse. "C'est parce que l'équipe était mieux. On ne peut pas jouer tout seul. Face au Togo, c'était l'équipe. Face à l'Espagne, c'était l'équipe. Face au Brésil, c'est encore l'équipe. Comme on est plus compact et près de lui, on peut le trouver plus facilement", explique pour sa part Henry, qui se fait ainsi l'écho de Makelele : "Ça n'est pas que Zizou, c'est l'équipe. Zizou sort son jeu dans ce schéma tactique là. Il est éblouissant". Mais le privilège revient à Domenech de trancher : "Ce n'est pas Zidane et les autres, c'est Zidane parmi les autres".
"Il faut qu'il signe à Lyon"
Toujours est-il que la montée en puissance de Zidane ne doit rien au hasard. Alors que certains avait déjà annoncé sa fin, le célèbre N°10 s'était préparé à monter en régime dans cette ultime compétition dont il s'était fixé un objectif : aller le plus loin possible. "Par rapport au travail qu'il a effectué à Clairefontaine ou à Tignes, toutes les séances qu'il s'est obligées lui-même à faire, il a fait plus que tous les autres. Aujourd'hui, c'est en train de payer. C'est génial", dévoile Sagnol. Eric Abidal n'est pas non plus étonné de voir Zidane aujourd'hui à 100 %. "Bien sûr qu'il en est capable car il s'est préparé. Son objectif, c'est le 9 juillet. Et tout le monde va au casse-pipe pour lui permettre de finir sur une bonne note. A nous de tout faire pour lui", raconte le Lyonnais.
"Je m'interroge pour savoir pourquoi il veut arrêter alors qu'il est aussi bon qu'il y a quatre ans. S'il joue si bien, il doit continuer", se demande pour sa part un Franz Beckenbauer également sous le charme. Là encore, Abidal, qui ne tarit pas d'éloges sur son idole, a sa petite idée : "Il en a encore sous la semelle mais il a décidé de prendre sa retraite à la fin de la compétition. Moi, je lui prends la tête pour qu'il signe un an à Lyon. Ce serait bien qu'il signe". Mais Zidane n'en démordra pas, il a une seule date en tête : le 9 juillet. "On va essayer d'aller chercher notre place en finale. On n'a pas envie de s'arrêter là, c'est tellement beau qu'on veut continuer", prévient-t-il. Nous non plus, on veut pas que ça s'arrête.
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