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Bayern-Dortmund : vers une passation de pouvoir ?
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Publié 27/02/2013 à 13:55 GMT+1
Dortmund restera-t-il une bête noire ? Le Bayern, battu en finale en 2012, a l'occasion d'asseoir domination sur le seul club allemand qui lui résiste encore, mercredi soir en quart de finale (20h30).
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Crédit: Eurosport
Dominateur en Bundesliga, le club munichois voit se dresser sur la route de la coupe d’Allemagne son ultime adversaire, le Borussia Dortmund. Le seul Verein, malgré ses 17 points de retard en championnat, à ne pas s’incliner face à l’invincible armada de "Don Jupp", exception faite de la ridicule DFL-Supercup, le trophée des champions local de la mi-août.
Le 30 novembre 2012, le jour de la rencontre entre le "Rekordmeister" munichois et le double tenant du titre en Bundesliga, j’intitulais mon billet "les mouches ont changé d’âne", comme pour marquer la fin d’une époque ou d’une apogée. Celle de la fin de la main mise du club de la Ruhr sur l’Allemagne du ballon rond. Si lors de cette joute, le FC Bayern n’a pu tirer à l’Allianz Arena qu’un match nul (1-1), le Borussia Dortmund, lui, peut remercier son gardien, Weidenfeller, auteur de quelques parades en fin de rencontre. Sauf qu’une constante demeure !
L’ogre munichois, celui qui inflige, maltraite, humilie ses adversaires, les uns après les autres, ne l’emporte pas contre la bande à Klopp. Et, cerise sur le gâteau, le BVB ridiculise l’année dernière, en finale de la précédente DFB-Pokal, un Bayern aux abonnés absents (5-2). Est-ce pour conjurer le mauvais sort qu’avant le duel Jupp Heynckes positive : "Dortmund, notre bête noire ? Ce thème vous pouvez le jeter à la poubelle !" Sans omettre que le coach bavarois n’oublie pas de mentionner "la victoire en Supercup, c’est quand même une compétition officielle". Ou bien qu’un Paul Breitner affirme : "Le Bayern est clairement au dessus".
Coucou c’est nous !
Il aura suffit d’un simple petit "coup de derrière" à l’Emirate Stadium, en Ligue des champions, "à la Schumacher" oserais-je écrire, pour renvoyer à ses chères études un des clubs phare de la Premier League et sa collection de joueurs post-formés. Le Bayern Munich a impressionné en battant le FC Arsenal (1-3). L’Europe du football tout autant que médiatique se réveille ! Oui, le Bayern Munich est le favori de la coupe aux grandes oreilles 2012-2013. Au passage, cela ne signifie nullement qu’il l’a remportera. Le souvenir de la finale "dahoam" (à domicile) contre Chelsea est encore vivace. Outre-Rhin, la presse tempère les ardeurs depuis des mois, mais il est difficile de se cacher aujourd’hui après la défaite du FC Barcelone à Milan. Felix Magath, coach titré en Bavière en 2005 et 2006, est l’un des rares à rompre le silence : "c’est le plus grand effectif de l’histoire du Bayern".
Ce brutal réveil des quotidiens, sorti brusquement de leur quotidien, est une preuve supplémentaire, s’il en est besoin, du déficit d’image de la compétition germanique par rapport à ses homologues continentaux. Le "Kolossal Fussball" a toujours besoin de prouver. Un comble. Les "Schwarz-gelben", monstruosités de beauté et d’efficacité ces deux dernières saisons, au plan national, subissaient les quolibets et les moqueries suite à leurs piètres prestations en Ligue Europa et en Ligue des champions lors des exercices 2010-2011 et 2011-2012. Au moins aurait-on pu prendre le temps d’essayer de comprendre, d’analyser, le pourquoi du comment de cette différence de niveau. Peine perdue.
A longueur de temps, le Brésilien Neymar truste les premières pages des journaux, supposés sportifs, parfois boulevardiers, alors que les spécialistes savent bien que le plus grand espoir mondial du ballon rond évolue au Borussia Dortmund et se nomme Mario Götze. Les adeptes du "novlangue" nous bassinent avec le nouveau Clasico allemand. Si au moins ils prenaient la peine de connaître l’histoire de la Bundesliga et d’utiliser le mot approprié : "Klassiker". C’est si compliqué ?
Ce mercredi soir, onze membres de l’actuel Nationalmannschaft de Jogi Löw, pour ne citer que les autochtones, devraient fouler la pelouse de l’Allianz Arena et commencer la rencontre. Cinq pour les locaux et six pour les visiteurs. Sans oublier un Badstuber blessé ainsi que le duo Gomez et Boateng sur le banc. Ce duel va donc opposer deux des plus belles équipes continentales du moment.
David contre Goliath ? Ridicule !
"Car un village peuplé d’irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur"… Les images d’Epinal ont la tête dure. Les merveilleux Uderzo et Goscinny ont sévi. Les 22 Meisterschale du club munichois aussi ! Mais c’est oublier que le Borussia Dortmund est en train de grandir à vitesse grand V. Le Président-salarié du club, Hans-Joachim Watzke a d’ailleurs présenté les prévisions financières du BVB : "J’ai le secret espoir que, pour la saison en cours, nous réalisions un chiffre d‘affaires de plus de 250 millions d’euros. En Bundesliga, seul le Bayern a accompli cette performance. Lorsque je suis arrivé en 2005, il était seulement de 87 millions d’euros". Autant dire que les sourires étaient de mise lors de la divulgation des indices financiers. N’omettons pas de rappeler que le Borussia Dortmund est un club côté en bourse. D’autant plus que les résultats positifs suivent. Mentionnons, pour donner un ordre de grandeur, que le Milan AC a réalisé cette performance l’exercice passé. Et, selon le cabinet Deloitte, le club lombard occupe la huitième place du classement européen. Cela situe la puissance de ce Verein. Dortmund n’est donc pas un minus, pas une étoile filante. Bien au contraire, il va durer.
Le club de Westphalie est donc en train de s’affirmer sur la scène nationale mais aussi continentale. Au même titre que l’ennemi d’à côté, Schalke 04, mais à la différence près, très importante, que ce dernier est en phase d’assainissement. On espère aussi, à l’avenir, une plus grande stabilité au Hamburger SV, un Verein qui génère plus d’argent que l’OL et l’OM, et sans compétition européenne. Ce duel en coupe d’Allemagne est aussi synonyme du rééquilibrage qui s’opère dans l’Europe du football.
L’avenir de Lewandowski pollue l’atmosphère
"Je joue chez le champion. Qu’est ce que j’irais faire au Bayern ?", affirmait en février dernier Robert Lewandowski. Un an plus tard la situation a quelque peu évolué puisque c’est maintenant officiel : l’attaquant international polonais ne prolongera pas son contrat, expirant en 2014, dans la Ruhr. La seule question qui se pose concerne l’heure de son départ et le choix stratégique à faire par la direction des "Schwarz-gelben". Le vendre à la fin de la saison contre une forte indemnité de transfert ou bien le conserver pour continuer à progresser sur la scène européenne ? Une possibilité que n’a d’ailleurs pas repoussée Hans-Joachim Watzke.
Les rumeurs les plus folles ont couru, notamment que la destination finale sera divulguée lors de la rencontre de ce soir. Ou bien qu’une signature d’un précontrat existe avec le FC Bayern, ce qui repose la question de l’arrivée du buteur. On lit derrière toutes les petites phrases un jeu de dupes et un Bayern Munich avec quelques atouts en main. Reste à savoir quel rôle tient le Borussia Dortmund dans ce micmac ? Mon petit doigt me dit que compte tenu des réserves financières actuelles du BVB ainsi que des appels du pied d’un Bosniaque, du nom de Dzeko, évoluant à Manchester City, qu’une triangulation pourrait avoir lieu avec un certain Mario Gomez.
Si cette hypothèse émane uniquement de mon cerveau cabossé, il semble bien que l’ancien attaquant du VfL Wolfsburg ait rencontré des émissaires du club de Westphalie. Le problème est connu. Dzeko doit faire des efforts financiers pour rejoindre Dortmund dont les stars (Reus, Götze) plafonnent à cinq millions d’euros par an. Enfin, et c’est important, l’achat d’un joueur du calibre du bosniaque serait le signe avant-coureur que le BVB est en train de passer la surmultipliée. On se croirait revenus aux années folles, dépensières du Borussia des Nineties. Le modèle économique, basé sur la formation et l’achat de jeunes à fort potentiel, a-t-il vécu ? Suspense !
La rencontre de mercredi soir est une occasion unique pour le club munichois d’asseoir sa domination sur le seul club allemand qui lui résiste encore. Plus intéressant peut-être, une défaite des Bubis de Klopp pourrait être l’empreinte d’une prochaine mutation d’un club en phase de croissance, où la fameuse taille critique est atteinte. Le "Klassiker" de la DFB-Pokal est-il une passation de pouvoir comme le pense la majorité des suiveurs de la Buli ? Sportivement Peut être. Mais n’est ce pas plus sûrement une passation des pouvoirs ? Le Bayern souhaitant affirmer son emprise européenne et le Borussia devant changer de modèle de développement ?
POLO
Chroniqueur et éditorialiste spécialiste du football allemand sur RMC, Polo a choisi son pseudonyme en hommage au grand défenseur et esprit libre Paul Breitner, buteur lors de deux finales de Coupe du Monde et meilleur joueur étranger dès sa première saison au Real Madrid. Observateur de la saga de la Bundesliga, de ses grandes et de ses petites histoires, Polo a passé une grande partie de son existence outre-Rhin à y écumer les stades.
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