Il reste 1 minute 50 de jeu dans le troisième quart-temps du match entre le St. Louis Ambush (Missouri) et les Tacoma Stars (Washington). L’attaquant des Tacoma décoche une lourde frappe que le gardien de St. Louis détourne sur sa barre. Son défenseur vient à la rescousse et dégage de toutes ses forces le ballon en le faisant rebondir contre un plexiglas de 2,5m de hauteur. L’équipe du Missouri s’imposera finalement 5-3 en cette après-midi du 24 janvier, comptant pour la cinquième journée du championnat de Major Arena Soccer League (MASL). "C’est un tout autre sport que le football tel que nous le connaissons en Europe", explique Simon Sebbah. Le Français jouait l’année dernière pour l’équipe des Dallas Sidekicks, avant que la pandémie et l’arrêt provisoire des compétitions le poussent à rentrer à Paris.

Un terrain divisé en trois zones

"C’est un mélange de foot indoor et de hockey. Deux équipes de six joueurs s’affrontent sur un terrain rectangulaire aux bords arrondis qui est entouré de balustrades et de vitres de protection, avec un match qui se déroule en quatre quart-temps de 15 minutes", détaille le joueur de 28 ans. Comme au hockey sur glace, le terrain est divisé en trois zones (offensive, neutre et défensive) avec obligation pour l’équipe qui attaque de franchir le milieu de terrain avant de passer la balle ou de tirer au but. "Il y a également le même système de pénalités qu’au hockey. Le carton bleu (qui remplace le vert) vous expulse pour deux minutes contre cinq minutes pour un carton jaune", ajoute Simon Sebbah.
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Le Francilien a débarqué en Californie en 2014, initialement pour apprendre l’anglais, avant d’être recruté quelques mois plus tard pour jouer au football à onze dans une université de l’ouest du Texas. En 2018, un ami lui parle de la MASL et le convainc de faire un essai au club de Dallas. "Au début, j’étais tellement désorienté par toutes ces nouvelles règles, se souvient-il. Mais ça m’a très vite plu car c’est un sport extrêmement technique et tactique, avec l’idée de faire circuler le ballon le plus longtemps possible jusqu’à trouver un décalage pour marquer".
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À l’image du foot à 5 en France où le ballon ne sort quasiment jamais du rectangle vert, la MASL demande beaucoup d’efforts physiques. "Pour six joueurs sur le terrain, nous sommes une quinzaine à nous remplacer toutes les minutes trente pendant le match. Ce n’est que du fractionné". Les contacts sont eux aussi beaucoup plus fréquents qu’au football à onze, un autre point commun avec le hockey. "On peut se servir des mains pour défendre. Il m’est souvent arrivé de finir avec une bosse sur la tête", s’amuse Simon Sebbah. "On a également le droit de tacler, ce que j’adore en tant que défenseur". Une pratique dangereuse puisque les joueurs de MASL évoluent sur de la glace recouverte seulement par de fines planches en bois et un tapis d’herbe synthétique.

Plus populaire que le foot à 11 dans les années 1980

L’histoire du football aux US est riche et passionnante, pour peu qu’on s’y intéresse. Le New York Cosmos et ses célébrités comme Pelé et Beckenbauer sont les premiers à démocratiser le football aux États-Unis, au début des années 70. Mais le championnat local, la NASL, peine à attirer les foules sur la durée. Un avocat et magnat du sport, Earl Norman, a alors l’idée de créer une ligue de football qui se jouerait en intérieur sur le modèle des autres sports américains comme le hockey ou le basket.
"Les Américains aiment les sports avec beaucoup d’actions, de rythme, et d’arrêts de jeu", explique Joshua Schaub, l’actuel président de la MASL. "Norman a créé le produit parfait : un football qui intéresse à la fois le public et les annonceurs américains".
Fondé en 1978, la Major Indoor Soccer League (MISL) va vite connaître le succès. Elle passe de six équipes à son lancement, à 10 puis 15 jusqu’à 24 en 1992. Le public aussi est au rendez-vous, avec une moyenne de 10 000 spectateurs par match, au point que la MISL dépasse la popularité de la NBA dans certaines villes américaines. "En 1984, l’année du recrutement de Michael Jordan, les Bulls ont moins de succès au Chicago Stadium que l’équipe de foot indoor locale, le Chicago Sting", lâche Jerry Reinsdorf, propriétaire des Bulls depuis 1985, dans le documentaire The Last Dance sur Netflix.
"La MISL a tellement grossi que la ligue a eu du mal à suivre avec l’augmentation faramineuse des dépenses. Le point de bascule a été l’échec des négociations avec la chaîne ESPN pour diffuser les matches", raconte Joshua Schaub. La MISL, qui doit également affronter la concurrence de nouvelles ligues émergentes en indoor et en foot à 11, finit par s’effondrer en 1992.
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Un championnat passé de 17 à 7 équipes depuis la Covid

Dix-neuf ans plus tard, le football à onze a distancé de très loin le foot indoor aux États-Unis, sous l’impulsion de la Major League Soccer (MLS). Mais la MASL, qui a repris le flambeau de la MISL et changé de nom en 2014, garde aujourd’hui encore son petit public. "Nous avions 17 équipes engagées la saison passée, dont 15 aux États-Unis et deux au Mexique. Cette année est particulière avec la Covid-19, nous sommes passés provisoirement à sept", indique Joshua Schaub. "Le public de Dallas n’est pas le plus fervent, mais il arrivait qu’on joue devant 2000 personnes la saison dernière", ajoute Simon Sebbah.
Très dépendante des recettes de billetterie, la MASL souffre depuis un an en essayant de se réinventer pour survivre. "Nous avons réussi à rouvrir plusieurs de nos stades ces dernières semaines pour accueillir au moins une partie des fans. Pour les autres, les matches sont tous visibles sur notre chaîne Facebook avec le principe du pay-per-view", explique Joshua Schaub, avant d’ajouter : "Nous restons une ligue très stable financièrement, et espérons pouvoir reprendre un championnat normal à 16 ou 17 équipes la saison prochaine".
En septembre 2019, Simon Sebbah avait signé un contrat de trois ans avec les Dallas Sidekicks. "Le salaire n’était pas mirobolant mais il permettait de payer les factures. Il était également prévu que je sois augmenté chaque année". Mais après un bon début de saison en novembre 2019, le championnat s’est arrêté en mars 2020 et Simon Sebbah est rentré à Paris. "J’ai attendu en espérant pouvoir repartir mais je devais refaire mon visa. Et les procédures restent très longues avec l’ambassade en ce moment".
En attendant, le défenseur s’entraîne à Paris pour garder la forme, sans faire une croix sur les États-Unis. "J’aime ce pays et ce championnat qui est d’un très bon niveau". La MASL est composée de joueurs issus d’université, comme Simon Sebbah, mais aussi d’anciens professionnels passés par la MLS et la USL (2e division américaine). "C’est un sport fait d’intelligence et de science du placement", estime Simon Sebbah. "Il faut se méfier du trentenaire qui a un petit bide, car le mec peut t’humilier à tout moment (rires)".
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