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EIC, "John" et film d'espionnage : les dessous de l'incroyable enquête des Football Leaks

EIC, "John" et film d'espionnage : les dessous de l'incroyable enquête des Football Leaks

Le 03/12/2016 à 01:12Mis à jour Le 03/12/2016 à 10:35

Football Leaks. Ces deux mots associés font trembler le milieu du football depuis maintenant un an. Mais les révélations des médias regroupés au sein de l'EIC vont provoquer dans les trois prochaines semaines un séisme d'une envergure encore inconnue.

12 médias, 70 journalistes, 7 mois d'enquête

A l'origine, c'est Der Spiegel qui a collecté les informations de ce qui allait devenir les Football Leaks. Devant l'énormité du dossier et la somme d'informations à traiter, l'hebdomadaire allemand s'est appuyé sur le réseau EIC (European investigative collaborations) pour effectuer cette gigantesque enquête. 12 médias, papier ou en ligne, ont ainsi collaboré pour décortiquer les informations en possession du Spiegel. Il s'agit, outre de l'hebdo d'actualité allemand, de :

  • Mediapart (France)
  • The Sunday Times (Royaume-Uni)
  • Espresso (Italie)
  • El Mundo (Espagne)
  • Newsweek Serbia (Serbie)
  • NRC Handelsblad (Pays-Bas)
  • Falter (Autriche)
  • Politiken (Danemark)
  • Le Soir (Belgique)
  • Expresso (Portugal)
  • The Black Sea (Roumanie)

EIC, comment ça marche ?

European investigative collaborations est un réseau collaboratif qui a été élaboré il y a environ un an, à l'automne 2015. Il était composé à l'origine de neuf médias, qui figurent tous parmi les douze médias ayant mené l'investigation dans les Football Leaks. L'objectif du réseau est de développer le "journalisme d'investigation transnational".

A travers une charte commune, les rédactions s'échangent en toute transparence leurs informations dans des dossiers généralement beaucoup trop touffus et épineux pour qu'un seul journal puisse s'en emparer et le traiter correctement. Au printemps dernier, le réseau EIC s'était déjà distingué lors d'une enquête consacrée aux filières d'armements utilisées par les terroristes. Cette fois, c'est donc un tout autre sujet, le football et ses dessous financiers, qui est la cible du groupe. Les révélations de vendredi soir ne constituent que le premier acte d'une longue série, les médias ayant promis de feuilletonner leurs révélations sur trois semaines.

18,6 millions de documents confidentiels

La somme des documents recueillis initialement par Der Spiegel est absolument vertigineuse. Mediapart parle ce vendredi soir de "18,6 millions de documents confidentiels : contrats, audits, immatriculations de sociétés, factures, comptes bancaires ou encore emails", ainsi que de "1 900 giga-octets de données informatiques (l’équivalent de 500 000 bibles…)". De son côté, le quotidien belge Le Soir décrit les différents documents comme "des contrats originaux aux clauses secrètes, des e-mails et échanges WhatsApp, des documents Word ou PDF, des tableurs Excel et photos."

La Une du "Spiegel" sur les Football Leaks

"John", la "Gorge profonde" des Football Leaks

Mais d'où viennent ces quelques 18 millions de documents qui ont permis à EIC d'accoucher de cette gigantesque enquête ? D'une source, baptisée "John". C'est en quelque sorte l'équivalent de la "Gorge profonde" des journalistes du Washington Post, Bob Woodward et Carl Bernstein, dans la célèbre affaire du Watergate dans les années 70.

Ce mystérieux "John" est le personnage à la base de tout. "Le 29 septembre 2015, raconte Mediapart, "John" a mis en ligne un site web baptisé Football Leaks. Pendant cinq mois, il a fait trembler une première fois le monde du foot en publiant des dizaines de documents confidentiels. Son premier message annonce la couleur : "Malheureusement, ce sport que nous aimons tant est pourri. Les fonds, les commissions, le racket, tous servent à enrichir certains parasites qui attaquent le football et sucent totalement les clubs et les joueurs."

Après plusieurs révélations au compte-goutte au fil des mois, notamment sur les dessous des transferts de Gareth Bale au Real Madrid ou d'Anthony Martial à Manchester United, "John" a souhaité passer à la vitesse supérieure. "C’est pour cette raison qu’il a, au printemps dernier, fourni huit disques durs contenant l’intégralité du leak au Spiegel, qui l’a transmis au réseau de journalistes d’investigation EIC, poursuit l'article de Mediapart. Pendant sept mois, nous avons enquêté, vérifié, recoupé. Et acquis la conviction que les données étaient parfaitement authentiques."

De "John", Le Soir nous explique qu'il est "né au Portugal" et qu'il est "un jeune homme intelligent, qui parle cinq langues et en étudie deux autres, dont le Russe." Il n'a eu qu'un seul contact, le journaliste du Spiegel Rafael Buschmann. "John", lui, explique que Football Leaks est un travail d'équipe, sous-entendant clairement qu'il n'est pas le seul embarqué dans cette aventure, même s'il est le contact unique du Spiegel. "Il se voit comme un lanceur d’alerte, une sorte de Robin des Bois dont la mission est de venger les supporters en exposant les dérives du sport roi", avance Mediapart.

Hackers, soldats d'élite et détectives privés

Devant l'énormité du dossier, et des menaces que ces révélations font planer sur certains personnages majeurs du football international, des joueurs, des entraineurs, des agents ou des dirigeants, il fallait s'attendre à une riposte puissante. Elle s'est déjà organisée, à grands coups de cabinets d'avocats et de… détectives privés.

"Le fonds d’investissement Doyen Sports, (NDLR : victime présumée d'un piratage de ses données par "John"), a lancé quatre équipes de détectives privés à ses trousses, dont des hackers russes et un ancien soldat d’élite britannique, raconte Mediapart. Début 2016, “John” se cachait quelque part en Europe de l’Est. Il n’y est sans doute plus. Il ne reste jamais très longtemps au même endroit." C'est ce que les medias d'EIC nomment "la face sombre de Football Leaks, digne d'une film d'espionnage." A la fois fascinant et effrayant.

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