Entre la Fifa, et l'UEFA, la guerre est déclarée autour du sort de Gianni Infantino

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Dans un communiqué publié ce lundi matin, AFC, Concacaf et UEFA ont souhaité s'adresser à la famille du football. Derrière la lettre, l'objectif est désormais pour cette alliance de pousser le président de la Fifa à ne pas se présenter à sa propre succession, selon des informations communiquées à Eurosport. Seule la CAF, pas totalement unifiée à ce sujet, semble désormais soutenir le Suisse.

Pourquoi Infantino a reculé sur son projet controversé

Video credit: Eurosport

À première lecture, le ton de la lettre ouverte adressée à la "famille du football" par l'UEFA, la Concacaf et l'AFC ce lundi matin pourrait paraître plus mesuré que certains des communiqués que ces trois confédérations, l'UEFA en particulier, ont publié depuis que Gianni Infantino ouvrit la boîte de Pandore d'une vente partielle de la Coupe du Monde à des investisseurs privés (*).
Le nom de Gianni Infantino n'y est même pas mentionné, pas plus que sa fonction, encore qu'aucune place ne soit laissée au doute quant à l'identité de "l'individu" qui a commis "une profonde erreur de jugement" et qui "[s'est placé] au-dessus du collectif qui lui a confié l'autorité".
Pour le reste, rien qui n'ait déjà été dit. Cette lettre ouverte ne va-t-elle pas jusqu'à saluer la "réelle croissance du football" depuis dix ans, depuis qu'Infantino fut élu en 2016, donc ? Même la chute de ce communiqué commun semblerait presque conciliante – presque – si on la prenait au pied de la lettre. "La force du football a toujours été son unité. Nous appelons aujourd'hui au respect de cette unité et à une gouvernance qui soit au service du football, plutôt que de chercher à le diriger".
Cette interprétation serait malvenue. Oui, cette lettre laisse une porte ouverte à Gianni Infantino ; mais une porte par laquelle on lui fait comprendre qu'il devrait sortir.

Objectif : démission

Pour l'instant, seule Lise Klaveness, la présidente de la fédération norvégienne, a appelé publiquement à la démission de Gianni Infantino. Mais des informations supplémentaires des plus crédibles, communiquées à Eurosport, confirment que provoquer cette démission est bien l'objectif du bloc UEFA-AFC-Concacaf aujourd'hui ; ou à tout le moins un engagement à ne pas se représenter à l'élection présidentielle de la Fifa qui se tiendra le 18 mars 2027 à Rabat, à condition que cet engagement soit pris dans les délais les plus brefs.
S'il ne le faisait pas, les trois confédérations auraient recours à l'option nucléaire : elles se retireraient des compétitions de la Fifa, pour organiser les leurs. Des discussions informelles sur les modalités de tournois "alternatifs" sont à l'étude (*). Ce serait un arrêt de mort pour l'instance de Zurich, dont l'UEFA demeure le poumon financier. Pas d'UEFA, pas de Coupe du monde.
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Pourquoi Infantino a reculé sur son projet controversé

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Or la prochaine de ces compétitions de la Fifa, la Coupe du Monde U20 féminine, est censée se tenir à partir du 5 septembre sur le sol européen, en Pologne. On imagine que les nuits de ses organisateurs ne doivent pas être des plus sereines en ce moment. Alors, coup de bluff ? Non, à moins que le joueur qui a la meilleure donne puisse bluffer. Le "bloc" anti-Infantino dispose d'une majorité absolue au sein du Congrès de la Fifa, avec un maximum de 136 voix sur 211, largement de quoi forcer la convocation d'un Congrès extraordinaire (*), puis d'y faire adopter une motion de censure et de faire ainsi "sauter" Infantino s'il refusait de s'en aller de son propre chef.
Certes, certaines fédérations asiatiques de ce "bloc" ont renâclé dans un premier temps, et ont récemment exprimé leur soutien au maître de Zurich : le Qatar, le Koweït, le Sri Lanka, le Liban (*) et les Philippines. Mais c'était avant la publication de la lettre ouverte que le président et le secrétaire-général ont paraphée.

Un mince espoir pour Infantino

De plus, cinq fédérations ne pèsent pas lourd dans le rapport de force actuel, qui pourrait devenir encore plus préoccupant pour Infantino si les onze membres de la Confédération océanienne (OFC), silencieux jusqu'à présent, rejoignaient le camp des rebelles. Or le Comité Exécutif de l'OFC, qui semble pencher en faveur de l'opposition anti-infantinienne, se réunit ce mercredi.
Enfin, si certaines fédérations asiatiques, antillaises ou d'Amérique Centrale ne sont pas forcément convaincues par la position officielle de leurs confédérations, il ne faut pas s'imaginer que l'Afrique soit aussi unanime dans son soutien à Infantino que les communiqués le fassent croire. Au moins une dizaine des cinquante-quatre associations-membres de la CAF serait disposée à désavouer l'actuel président de la Fifa.
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"Cette relation entre Infantino et Trump est sans précédent"

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On objectera que rien dans le comportement passé de Gianni Infantino ne laisse supposer qu'il se pliera sans combattre à l'ultimatum à peine voilé de ses opposants. Chaque fois qu'il aurait pu se montrer plus conciliant ou faire preuve d'humilité et admettre une part de responsabilité dans le chaos actuel, il s'est replié sur ses propres positions, accusant les médias de comploter contre lui, et mettant en avant des "problèmes de communication" pour expliquer comment la "famille du football" avait pu se retourner contre lui.
Mettre cette attitude sur le seul compte de la paranoïa qui parait hanter le président de la Fifa serait sous-estimer ses qualités manœuvrières et les appuis qu'il est parvenu à conserver, même si ni les unes ni les autres ne paraissent en mesure d'entraver sa chute. Son seul espoir est que l'unité dont se targuent ses ennemis ne soit que de façade, ce en quoi il n'a pas forcément tort : leur alliance est d'abord tactique. Le problème pour Infantino est qu'elle n'en est pas moins forte pour cela.
(*) Sans oublier que cette option a déjà été étudiée dans le passé, en 2021, lorsque l'UEFA envisagea d'inviter les 10 pays membres de la CONMEBOL à participer à une version élargie de la Nations League.
(*) Les statuts de la Fifa prévoient la tenue d'un Congrès extraordinaire s'il est proposé par au moins cinquième de ses membres, soit 43 fédérations. L'UEFA en compte 55 à elle seule.
(*) Gianni Infantino, dont l'épouse Lina al-Ashkar est libanaise, a reçu la citoyenneté libanaise en novembre 2025, suite à un décret du président Joseph Aoun.
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