6 janvier 2017. Avranches, alors en difficulté en National, élimine Laval (Ligue 2) en Coupe de France et se qualifie pour les 16es de finale avant de filer jusqu'en quart. Dans les vestiaires, Damien Ott tient une promesse : il se rase les cheveux devant les caméras. Un jeune homme de 24 ans, alors inconnu, tient la tondeuse, hilare. Jonathan Clauss, l'ambianceur du groupe, goûte à son premier moment de gloire. Les cheveux de Damien Ott ont eu le temps de repousser et la carrière de Clauss de s'envoler. Cinq ans plus tard, il est en équipe de France et son ancien entraîneur n'en revient pas : "C'est impossible, irréel, totalement improbable. Seul un gros menteur ou un escroc aurait pu imaginer ça à l'époque d'Avranches", rembobine Ott.
"Je n'aurais pas mis un billet dessus, lui répond Gilbert Guérin, président du club normand. Il avait des qualités physiques supérieures à la moyenne. Mais en 32 ans de présidence, je ne peux même pas dire que ce soit le joueur qui m'ait le plus impressionné. Il avait un petit côté touriste. Il n'avait pas l'hygiène de vie nécessaire pour aller très haut, il vivait l'instant présent." Clauss, c'est donc l'histoire d'une promotion express et inattendue d'un jeune homme, viré du centre de formation de Strasbourg, qui enchaînait les boulots alimentaires à La Poste et n'envisageait pas d'avenir professionnel.
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La fusée Clauss avait décollé en Coupe de France : son but exceptionnel avec Avranches en 2017

Pas besoin de s'appeler Guardiola ou Klopp pour déceler le potentiel de fou
Son arrivée à Avranches en 2016, après une expérience en… CFA 2, est un tournant dans sa carrière mais, elle aussi, tient du miracle. Le joueur est conseillé à Damien Ott par un ami. Et le coach d'Avranches, devenu depuis adjoint de Laurent Batlles à Troyes, choisit de le mettre à l'essai parce que Clauss est, comme lui, un Alsacien. "S'il ne l'avait pas été, je ne l'aurais jamais observé, confirme Ott. Donc Jonathan traverse la France, débarque un lundi matin. Il m'a fallu deux minutes. Pas besoin de s'appeler Guardiola ou Klopp pour déceler le potentiel de fou." Mais puisque Clauss n'envisage alors pas le football comme un potentiel débouché professionnel, il ne met pas tous les ingrédients pour réussir. Aux entraînements, aux matches, il performe. Mais oublie l'entraînement invisible.
"Il a fallu donner des codes, des normes, des valeurs qu'il n'avait pas, se souvient son entraîneur de l'époque. Sa spontanéité, son enthousiasme, c'était sa force mais il fallait la replacer dans un enjeu collectif." Pour le second match de la saison, il arrive en retard à l'entraînement du matin et débutera la rencontre sur le banc. Ce sera la seule et unique fois de la saison. A Avranches, Clauss apprend la rigueur. "Chez nous, il a pris le bon couloir", résume le président Guerin. L'année suivante, il signe à Quevilly-Rouen et devient professionnel à l'été 2017. Sa carrière va décoller peu à peu à l'Arminia Bielefeld puis à Lens dès 2020.
Si un jour je viens à Clairefontaine, je veux au moins le survêtement
"Sa force aujourd'hui, c'est sa mentalité et sa force de caractère, nous éclaire Sylvestre Guyonnet, milieu défensif lors de l'épopée d'Avranches. Il a connu les petits boulots, le niveau amateur, qu'est-ce qu'il a à perdre aujourd'hui ? C'est plus facile pour lui que pour d'autres parce qu'il ne se pose pas de question. Depuis Avranches, il joue libéré, tout est du bonus." Que reste-t-il du fantasque piston droit d'Avranches en équipe de France cinq ans plus tard ? "C'est le même, tranche Ott. C'est une jolie histoire qui prouve qu'être décalé, parfois, ça peut avoir du bon. Il n'est pas formaté, il a peut-être mis plus de temps à apprendre. Mais la générosité qu'il a en jouant aujourd'hui est la même qu'il avait à Avranches."
Il n'a en tout cas rien perdu de sa fraîcheur. Même à 29 ans après quelques années de professionnalisme, sa réaction à sa sélection et ses premiers pas à Clairefontaine, notamment au moment de découvrir les équipements des Bleus ( "Je m'étais dit : 'Si un jour je viens à Clairefontaine, je veux au moins le survêtement'", a-t-il lâché devant les caméras de la FFF), rappellent que Clauss n'est pas fait du même bois que tous ses nouveaux coéquipiers. Son parcours tortueux le classe dans une catégorie unique. De la Coupe de France en 2017 à la Coupe du monde en 2022, l'histoire semblait impossible. Son exploit est de l'avoir rendue désormais crédible.
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