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Euro 2024 | Avant France - Espagne : Didier Deschamps - Aymeric Laporte, histoire d'une incompréhension
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Publié 08/07/2024 à 15:21 GMT+2
Ce mardi, les Bleus de Didier Deschamps défieront l'Espagne d'Aymeric Laporte en demi-finale de l’Euro (21h). L'ancien de Manchester City a choisi la Roja en 2021 après avoir été appelé à deux reprises par le sélectionneur tricolore, sans jamais jouer. Entre les deux, c'est l'histoire d'une incompréhension suivie d'accusations sans retour possible.
Quelle compo face à l'Espagne ? "Devant, c'est la politique du moins pire"
Video credit: Eurosport
C'est une ascension impeccable, un parcours immaculé vers les sommets. De 2011 à 2016, il gravit les échelons avec une facilité naturelle et un leadership technique évident. Arrivé dès ses 17 ans dans le monde professionnel, Aymeric Laporte grandit à vitesse supersonique, devient un cadre de l'Athletic Bilbao après avoir été lancé par Marcelo Bielsa avant d'être celui de toutes les équipes de France juniors. Chez les -17 ans, les -18, les -19 et les Espoirs, il est parmi les premiers noms cochés.
Il est de toutes les aventures, même les plus ratées, comme ce barrage retour des Espoirs face à la Suède (1-4) de 2014. Dans le groupe des Bleuets ce soir-là, une liste longue comme le bras d'internationaux en devenir : Alphonse Areola, Geoffrey Kondogbia, Layvin Kurzawa, Paul-Georges Ntep, Florian Thauvin, Corentin Tolisso, Samuel Umtiti, Kingsley Coman, Nabil Fekir, Benjamin Mendy, Jordan Veretout ou Anthony Martial. Tous auront, un jour, les honneurs du maillot frappé du coq. Pas Laporte.
Alors que son heure semble venue, alors que ses performances en Espagne l'installent parmi les meilleurs défenseurs de Liga, alors que Pep Guardiola le surveille depuis ses débuts, alors que l'Espagne le drague ardemment, Didier Deschamps reste de marbre. En Bleu, entre 2014 et 2016, ils sont pourtant nombreux à se succéder en charnière. Pour autant, le joueur et son entourage le jurent : ils ne veulent pas céder aux sirènes de la Roja. Mais Laporte finit par se lasser.
Son tweet, si commenté, en novembre 2015 fait parler. Alors que Loïc Perrin lui est préféré pour remplacer Mamadou Sakho - un gaucher comme lui - ce "enfin bref…", plein de déception et de résignation, passe mal. L'histoire ne s'arrête pas là. Quelques semaines auparavant, il avait évoqué son avenir international sur une radio basque : "Si on ne veut pas directement de moi, je devrais examiner d’autres options, dont l’une peut être de jouer avec l’Espagne."
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Aymeric Laporte et Didier Deschamps
Crédit: Quentin Guichard
"Son heure est arrivée" (Deschamps, en 2016)
Marca embraye, forçant le père du joueur à démentir auprès de la Dépêche du Midi. "Rien n'est fait. On attend toujours Monsieur Deschamps, pointe-t-il alors. Les informations publiées depuis ce matin sont totalement fausses. Depuis qu'il a l'âge de 16 ans, il est sélectionné en Equipe de France (dans les équipes jeunes, ndlr), il a toujours été le capitaine. Maintenant on attend de pouvoir franchir la dernière marche !"
L'appel finit par arriver en septembre 2016. Deschamps se rend à l'évidence et convoque Laporte, sans arrières pensées, précise-t-il : "Je ne prends pas Laporte aujourd'hui pour l'empêcher de choisir une autre équipe nationale. Je le prends parce que c'est quelqu'un que l'on a suivi et que l'on suit". "Son heure est arrivée", complète-t-il. L'Euro 2016 s'est fait sans lui, c'est vrai. Samuel Umtiti a pris le pouvoir, c'est vrai. Mais le réservoir en défense centrale n'est pas aussi profond qu'en 2024 et le profil de Laporte semble aller avec le renouvellement nécessaire pour la conquête mondiale de 2018.
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Aymeric Laporte en 2016
Crédit: Getty Images
Laporte n'entre pas face à la Bulgarie et les Pays-Bas. Il n’entre pas non plus face… à l’Espagne en mars 2017. Et ne revient pas avant… août 2019. Des blessures au mauvais moment, l'émergence d'autres profils à son poste (Kimpembe ou Zouma, notamment) : l'heure de Laporte est retardée mais la cocotte bout intérieurement. En 2018, il applaudit la lettre ouverte d'Adrien Rabiot qui explique les raisons de son refus d'être réserviste au Mondial. Mais, en 2019, il met de l'eau dans son vin dans une longue interview à France Football.
Sa longue réponse sur les Bleus dit tout de son état d'esprit. Sur le tweet, il assume tout : "J’avais vingt et un ans, j’ai envoyé un tweet 'Enfin bref…' après la déception de ne pas être appelé, ce n’est pas un crime et ça n’était pas dirigé contre le joueur retenu. Comme si j’avais dit : "Nique la France !" Une déception est devenue un pataquès. Et quatre ans après, ça continue." Sur les Bleus, il dit tout, aussi : "J’ai dit que mon souhait était d’aller en équipe de France. J’ai joué dans toutes les catégories de jeunes U17, U18, U19, Espoirs, j’étais capitaine les trois dernières années, qu’est-ce que je peux faire de plus pour montrer que mon pays, ma sélection, c’est la France ? Le sélectionneur sélectionne ; s’il me prend, tant mieux, sinon tant pis. Mais ça ne sert à rien d’en parler tout le temps car ça finit par me porter préjudice. Cela fait deux ans que je ne parle plus de ce sujet, mais à chaque liste, on parle pour moi. Je ne réclame rien, je ne revendique rien. Laissez-moi tranquille. Et si, un jour, je suis appelé, posez-moi vos questions. Mais en attendant, s’il vous plaît, oubliez-moi."
Difficile de l'oublier pourtant à le voir briller sous les couleurs de Manchester City, réuni avec Guardiola. Réticent à l'idée de lancer des joueurs n'ayant pas connu la C1 (remember Umtiti ?), Deschamps finit par se ranger à la raison. A l'été 2019, il assume mais ne peut s'empêcher de revenir sur les déclarations passées. "Il est là. Il va enfin être heureux, assène-t-il. C'était une question de concurrence, comme chaque fois. Ce n'est pas la même réflexion qu'en juin, on n'est pas dans la même situation sportive. Il joue dans un grand club, il est performant, l'appeler me semblait logique." Une grave blessure empêche Laporte d'honorer sa convocation. Ça sera la dernière.
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"Griezmann est un sentimental, il y a un truc qui s'est cassé"
Video credit: Eurosport
La modernité en défense, pas le premier critère de Deschamps
Malgré la situation de Samuel Umtiti, d'autres gauchers lui passent devant, notamment Clément Lenglet et Presnel Kimpembe. Laporte comprend qu'en Bleu, sous Deschamps, tout sera bouché. Dans le plus grand secret, il renoue les contacts avec l'Espagne et, sur le gong, réussi à s'inviter dans la liste pour l'Euro 2021 de Luis Enrique. Malgré une proximité générationnelle avec certains, il a préféré ne rien dire à personne.
"La plupart d'entre eux connaissaient ma situation, expliquera-t-il à Marca. Pas celle de jouer avec l'Espagne mais plutôt le fait que la France ne comptait pas sur moi, ou alors seulement de manière partielle. J'ai attendu très longtemps, à espérer quelque chose." Notamment un appel de Deschamps. Laporte jure avoir écrit à DD. Ce dernier n'a pas la même version, évoquant même des mots "mensongers". Mais, le sélectionneur l'assure, aucune amertume ni regret le concernant : "Il n’y a pas de gâchis, c’est son choix. Je lui souhaite bonne route. Ça fait partie de sa liberté."
De cette longue incompréhension et de cette rupture, il ne reste finalement plus grand-chose. Parce que les Bleus n'ont jamais eu à regretter Laporte, son port altier, son pied gauche habile et ses relances audacieuses. Varane, Umtiti, Hernandez, Kimpembe, Lenglet, Upamecano, Konaté ou Saliba ont tous pris les habits de titulaires en charnière, avec de grosses réussites et de rares naufrages. Le profil des centraux appelé par Deschamps dessine malgré tout une perception du poste qui n'a jamais varié. La mode des relanceurs sauce Guardiola n'a jamais pris sous DD, très attaché à un certain équilibre au sein de ses charnières. Laporte l'a constaté, de manière un plus prononcée que d'autres.
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Aymeric Laporte
Crédit: Getty Images
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