"Une demande du joueur"

Un préparateur mental, pour quoi faire ? Edith Filaire, responsable du diplôme de préparateur mental à l’université d’Orléans, nous éclaire sur le rôle d'un préparateur mental, coach d’un nouveau type que Laurent Blanc souhaite faire intervenir chez les Bleus.

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EDITH FILAIRE, pour une formation comme l'équipe de France, quel peut être le travail d'un préparateur mental ?
E.F. : Tout dépend des soucis de l'équipe.  On peut travailler sur la cohésion d'équipe,  sur la confiance en soi et d'autres domaines. Il faut toutefois que les athlètes le veuillent et que ce soit une demande du joueur. S'il y a une résistance ou si la demande est effectuée par un tiers, ce sera difficile d'intervenir. Un préparateur mental doit faire acquérir des habilités mentales permettant à l'athlète de se sentir mieux et de gérer son stress. L'individu vit dans un environnement donc il ne dépend pas uniquement de son cerveau, il faut aussi prendre en compte son expérience vécue.
Justement, chez les Bleus,  c'est une demande de Laurent Blanc. Et certains joueurs, notamment les jeunes, sont un peu récalcitrants. Est-ce un handicap ? 
E.F. : Quand, c'est une demande d'un tiers, ça peut être beaucoup plus long. Il faut faire de l'éducation, de la pédagogie et être très présent. Pour les jeunes, c'est parce qu'ils sont très peu formés. La personne qui pratique la préparation mentale est souvent assimilée à un gourou. Son recours est perçu comme une faiblesse psychologique. Avec toutes les émissions sur le coaching à la télé, les gens ne comprennent plus ce que c'est. Les gens se trompent et confondent ça avec la psychothérapie mais cela n'a rien à voir. Comme ils ne connaissent pas, ils résistent. C'est classique. Le préparateur mental doit alors mettre les athlètes en confiance pour intervenir. C'est un travail à long terme. On ne va pas changer du jour au lendemain. Il faut avoir l'adhésion complète des joueurs pour pouvoir travailler.
Quels sont les outils utilisés ?
E.F. : Il y en a beaucoup. Pour la gestion du stress, on va essayer par exemple de comprendre les croyances des individus. On peut aussi utiliser des techniques de sophrologie, de relaxation,  d'imagerie mentale... Tout dépendra des objectifs de Laurent Blanc et de sa commande. Est-ce seulement de la communication avant un rendez-vous ou un travail qui va s'insérer dans la durée ? Si c'est sur le long terme, ça peut vraiment être intéressant.  Faire intervenir des anciens champions comme il l'a fait avec Zinedine Zidane, c'est bien. Mais, c'est comme un sparadrap sur une coupure. Comme pour la préparation physique, il faut que ce travail s'inscrive sur la durée.
Les rassemblements de l'équipe de France sont-ils suffisants pour mettre en pratique ces méthodes ? 
E.F. : Tout dépend de l'intervention de la personne. S'il fait de la préparation mentale d'équipe ou si parallèlement il souhaite voir les sportifs de manière individuelle. Dans ce dernier cas, il peut les voir hors du cadre des rassemblements. On peut envisager qu'il fasse un travail individuel sur du long terme et un travail collectif lors des rassemblements.
N'y a-t-il pas un risque d'empiéter sur le travail de l'entraîneur ?
E.F. : Le meilleur préparateur mental reste l'entraîneur s'il est formé. Souvent, les entraîneurs sont résistants.  Ils voient d'un mauvais oeil la venue d'un préparateur mental. Ils craignent que ce dernier leur pique leur place. Mais ce n'est pas le même travail. Cette intervention doit se faire en collaboration avec l'entraîneur. Mais dans les sports collectifs, les gens sont encore trop méfiants.
Les footballeurs de l'équipe de France ont-ils le profil pour avoir besoin de ce genre d'aide après leurs derniers mois compliqués ?
E.F. : Que l'on soit footballeur, athlète ou gymnaste, on doit gérer à un moment donné une pression énorme. Il est important que l'athlète soit suivi. La démarche de Laurent Blanc est très intéressante.  En handball, ça fait longtemps que des préparateurs mentaux interviennent comme l'a fait Sauveur Lombardo en équipe de France il y a quelques années. En rugby aussi, certains clubs ont fait appel à ces méthodes. Ce sont souvent des entraîneurs formés à cela. Mais ils sont rares.
Comme les préparateurs physiques qui sont devenus très présents, la préparation mentale peut-elle se développer dans les années à venir dans le milieu du football ? 
E.F. : Il serait intéressant que les équipes puissent bénéficier de l'aide d'un préparateur mental si les joueurs en ont besoin.  Cette préparation ne doit pas être vue comme une baguette magique.  Il ne faut pas demander l'aide d'un préparateur mental quand il y a un problème. Nous ne sommes pas des médecins, qui vont donner des médicaments pour faire passer la douleur. C'est un travail à long terme, qui doit débuter dès que l'athlète est dans les structures de haut niveau. Comme les centres de formation.
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