Commençons par-là : après votre prise de position forte, Didier Deschamps a estimé que vous vouliez faire le buzz autour du cas Benzema. Que voulez-vous lui répondre ?
Michel Moulin : Il me donne beaucoup trop d’importance. Je pense que les gens n’ont pas compris ce que j’ai dit : je n’ai jamais dit qu’il fallait qu’il sélectionne Benzema. Ce que j’ai dit c’est qu’en tant que patron d’une fédération, vous êtes obligé de gérer une situation entre un sélectionneur et un joueur pour savoir s’il n’y a pas des choses à faire. Si le joueur ne peut pas s’excuser, si le sélectionneur peut effacer le "différend" avec ce joueur par exemple. Le principal, c’est l’équipe de France. Monsieur Deschamps est quelqu'un que je respecte beaucoup, qui a beaucoup amené au foot français mais, cela dit, c’est inadmissible qu’un salarié de la fédération s’exprime pour un candidat.
Premier League
Klopp fustige la Super Ligue, Milner aussi : "Je n'aime pas ça et j'espère que ça ne se fera pas"
IL Y A 4 HEURES
Vous estimez que Didier Deschamps parle pour Noël Le Graët ?
M.M : Bien entendu, c’est inadmissible. Il dit que je devrais candidater pour être sélectionneur. Mais est-ce que lui n'est pas directeur de la communication de la FFF ? Ou alors, il veut se présenter, dans quelques temps peut-être, à la présidence de la FFF ? Et là, il le dit. A partir de là, on peut faire un débat sur ce qu’il veut.
On peut aussi estimer qu’il considère votre prise de position comme une ingérence dans le domaine sportif, dont il est responsable…
M.M : Mais attendez, il a peur de moi ? Peut-être a-t-il peur qu’il y ait un vrai patron à la fédération ? Car s’il y a un vrai patron au-dessus de lui, il sera sélectionneur mais pas le patron de toute la fédération comme aujourd'hui. Je vais prendre un exemple concret : à la Coupe du monde 2018, on sélectionne Rami alors qu’il y a Laporte, Lenglet qui sont largement au niveau de Rami. Deschamps nous explique ensuite que c’est parce qu'il amuse la galerie. Bon… Est-ce qu’on sélectionne un joueur parce qu’il amuse la galerie ? Derrière, on s’aperçoit que l’agent et l'avocat de monsieur Deschamps sont aussi l’agent et l’avocat de monsieur Rami. Patron de la fédération, je lui poserai la question.

Adil Rami et Didier Deschamps à l'entraînement des Bleus

Crédit: Getty Images

Vous seriez dans votre rôle de poser ces questions aussi sportives en tant que président de la fédération ?
M.M : Ce ne sont pas sur les choix sportifs. A un moment donné, on a aussi le droit de poser des questions. Aujourd’hui, Monsieur Deschamps fait ce qu’il veut. Puisqu’il a l’air de vouloir se mêler de tout : quand monsieur Le Graët estime qu’il n’y a pas de racisme dans le football, vous l’avez lu comme moi, quand on lit certaines enquêtes sur la pédophilie dans le foot, pourquoi monsieur Deschamps ne prend pas la parole ? Ce sont des sujets plus importants que moi…
Si on suit votre logique, si Deschamps refuse le principe d’une rencontre avec Karim Benzema, quelle est la conclusion ?
M.M : C’est comme si demain votre patron vous pose des questions, vous demande de faire un truc et que vous lui dites 'moi, je veux pas'. Votre patron, il va prendre les décisions qu’il a à prendre. Mais si monsieur Deschamps veut être président de la fédération, qu’il le dise : moi je me retire, il ferait sûrement un meilleur président. Mais il est sélectionneur, ce sont deux choses différentes. Le rôle d’un patron de fédération, c’est d’aller au bout des choses.

Henry, Benzema, Giroud : Votre top 5 des meilleurs attaquants français

Vous avez également parlé du cas Corinne Diacre dans plusieurs interview : vous président de la FFF, vous faites quoi ?
M.M : Mais la même chose qu’avec monsieur Deschamps ! Je convoque Amandine Henry, la capitaine, et madame Diacre et je gère le problème avec elles. Pas dans les journaux, comme à la maternelle. A un moment donné, il faut trancher. Sinon, vous retrouvez une situation similaire à celle de 2010. On savait très bien qu’il y avait des problèmes mais on a laissé faire. Forcément, ça pète. Normalement, un patron, ça anticipe ce genre de problème.
La date pour le dépôt des candidatures est fixée au 11 février 2021 par la FFF. Vous serez bien en mesure d’être candidat ?
M.M : Absolument, vous vous inquiétez pour moi ? (rires). Je ne suis pas seul, je fais partie d’un collectif. Aujourd'hui, je ne suis pas dans un jeu 'j’y vais, j’y vais pas'. Ma volonté, c’est de dire les choses : le foot va très très mal. Donc qu’ils continuent comme ça : on vient d'avoir Mediapro, on va en avoir d’autres des problèmes. Qu’ils continuent comme ça, on verra où ira le foot en France. Là, on sent que c’est la panique.
Vous voulez être le candidat de la "rupture utile" : ça correspond à quoi concrètement ?
M.M : Une rupture, c’est un changement total des choses. Dans la gouvernance, dans les statuts pour les bénévoles, de redonner beaucoup de pouvoir aux ligues. Il faut se rapprocher un maximum des clubs, des ligues, des districts. Il faut arrêter de gérer une fédération avec des salaires inadmissibles où il y 350 personnes. Il faut donner cet argent et ce pouvoir aux territoires. Plus vous êtes proche des gens, plus ça marche. Aujourd'hui, il n’y a pas assez de bienveillance et de reconnaissance. Je fais ça surtout pour alerter les gens : quand je vois des parents qui ne veulent plus mettre leurs enfants au foot, ça m’inquiète. Je veux être l’homme qui aide les gens à redonner ses lettres de noblesse au football.

Michel Moulin, candidat à la présidence de la FFF en janvier 2021

Crédit: Getty Images

Face à vous, vous allez peut-être avoir Noël Le Graët, Luis Fernandez ou Frédéric Thiriez : est-ce que votre profil est un avantage dans votre candidature ?
M.M : Je suis un entrepreneur, je sais gérer les gens depuis toujours. J’ai eu plus de 3000 personnes à m’occuper à Paru Vendu, je sais gérer l’humain et je joue au football depuis l’âge de six ans. Donc ma candidature n’a rien d’opportuniste. C’est uniquement par passion. J’ai été dirigeant de clubs amateurs, de clubs professionnels, j’ai fait un parcours qui me laisse penser que le football que j’ai connu est en train de mourir. Et il n’y en a pas pour longtemps.
Comment vous expliquez ça ?
M.M : Quand Didier Deschamps s’exprime tout seul, prend des décisions tout seul… L’homme et ce qu’il a fait pour le football, c’est fabuleux. Après, il y a un certain cadre qu’on doit gérer. Même au niveau du public, les gens ne comprennent pas pourquoi. Tiens, vous, vous savez pourquoi il ne rappelle pas Benzema ?
Parce que, d’après ses explications, les propos de Karim Benzema dans Marca à l’époque affirmant que Didier Deschamps avait "cédé à une partie raciste de la France" ont entraîné des conséquences sur sa vie personnelle… (il coupe)
M.M : Vous tombez pile poil. Le moment où il dit ça : Karim Benzema est convoqué, on fait une réunion, on fait du management. Karim Benzema avait 25 ans, il y a des gens qui font des erreurs. Est-ce que le journaliste a écrit ce qu’il avait dit ? Est-ce qu’on sait tout ça ? Parce que Benzema a dit un truc dans un journal, on décide de ne plus l’appeler ? A un moment donné, les gens ont le droit à une seconde chance, on peut toujours avoir une discussion. Aujourd’hui, c’est le meilleur avant-centre d’Europe avec Lewandowski. Il y a des choses à faire…

De Ménez à Benzema en passant par Yahiaoui : Génération 1987, que sont-ils devenus ?

Vous ne pensez pas que c’est trop tard ? 2016, c’était il y a cinq ans. Depuis, il s’est passé beaucoup de choses…
M.M : Comme quoi ?
La mise à l’écart des Bleus mal vécue par Benzema mais surtout le fait que les Bleus ont gagné des choses très importantes sans Karim Benzema.
M.M : En 2016, on gagne le championnat d’Europe en France ?
Ils sont allés en finale.
M.M : Est-ce qu’avec Benzema, on l’aurait gagné ? Est-ce que vous le savez ?
Non et personne ne peut savoir d’ailleurs…
M.M : Après, c’est facile. En 2021, on ne sait pas ce qu’il va se passer. C’est un championnat d’Europe. Tout peut se produire. Pour moi, on doit prendre les meilleurs.

Benzema et Deschamps en 2013

Crédit: Getty Images

Vous avez mis en avant des soutiens médiatiques (Douillet, Olmeta, Barthez, Guazzini) : quels rôles joueront-ils ?
M.M : De prendre le meilleur d’entre eux. Max Guazzini, c’est le meilleur en marketing sportif. Donc il va nous donner les meilleurs conseils dans ce domaine. Monsieur Squarcini, c’est le meilleur en sécurité. Après, les footballeurs devront être au centre de tout. Le directeur général doit être un ancien footballeur qui a des compétences. Dans chaque territoire, il y aura un international. Tout ce qui est football, on le donne aux footballeurs. Tout ce qui est périphérique, on le donne aux spécialistes.
Vous avez promis de faire deux mandats maximum, pourquoi ?
M.M : Je me dis qu’au bout de huit ans, si mes idées ont été mises en place, c’est fabuleux. Si ce n’est pas le cas, il faut laisser la place à d’autres personnes qui ont d’autres idées qui font avancer les choses. La fédération n’appartient à personne. C’est un peu ce que je veux dire pour monsieur Deschamps. Avec tout le respect que j’ai pour lui, la fédération ne lui appartient pas. Ou alors, encore une fois, il devient président de la fédération.
A priori, c’est plutôt monsieur Le Graët que vous allez affronter. Quel bilan tirez-vous de ses mandats ?
M.M : Je pense qu’il a fait de bonnes choses. Quand il a repris, il y avait pas mal de problèmes. Mais moi ce que je reproche à monsieur le Graët, ce sont tous les gens qui l'entourent aujourd’hui. C’est inimaginable. Le management, on vous savez le faire ou vous ne savez pas. Je pense simplement qu’il a fait son temps, qu’il a fait de très bonnes choses mais maintenant il faut qu’il sorte par le haut. S’il veut rester, pas de souci. Mais il y a des chiffres, il faut regarder le nombre de licenciés en moins, le nombre de bénévoles en moins, d’arbitres en moins, d’équipes en moins. Et ça, c’était avant le Covid… Moi, je propose à ces gens-là de faire un débat : sur le foot, sur la connaissance du foot, sur la digitalisation des clubs, sur les propositions pour les clubs pros et amateurs. On a des idées. Mais il faut arrêter de nous faire croire que tout va bien.
Vous vous êtes pourvu en cassation dans l’affaire des matches truqués de Nîmes en 2014. Vous êtes serein face à cette première condamnation ?
M.M : Bien entendu. J’ai 60 ans, j’ai un casier judiciaire vierge et aujourd’hui je suis présumé innocent et je suis innocent. Donc il n’y a aucun souci.

Didier Deschamps, Hugo Lloris et Noël Le Graët

Crédit: Getty Images

Football
Les Mystères des douze salopards
IL Y A UNE HEURE
Coupe de France
Pour les supporters de Canet, la frustration de l'épopée en temps de pandémie
IL Y A UNE HEURE