Gianluigi Donnarumma, dix ans déjà depuis son premier match pro : "Et là, Sinisa me dit qu'il va le faire jouer..."

Eurosport sur Google

Il y a un peu plus de dix ans, Gianluigi Donnarumma, pas encore majeur, disputait son premier match professionnel sous les couleurs de l'AC Milan, lancé à la surprise générale par son entraîneur de l'époque Sinisa Mihajlovic. Retour une décennie plus tard sur ce dimanche où tout a basculé pour celui qui était alors considéré comme un jeune prodige.

Gigio Donnarumma, le 25 octobre 2015, jour de ses grands débuts avec l'AC Milan

Crédit: Getty Images

C'est un dimanche d'octobre comme un autre à Milanello. Les joueurs de l'AC Milan sont en mise au vert, non sans une certaine pression, avant de recevoir Sassuolo l'après-midi même. Il faut dire que le club lombard vient d'enchaîner trois matches sans victoire en championnat, dont une cinglante défaite contre Naples (4-0) qui a poussé Sinisa Mihajlovic sur la sellette. L'ancien défenseur le sait : il va jouer très gros ce dimanche après-midi. Les médias ne donnent d'ailleurs pas cher de sa peau en cas de contre-performance, au point que plusieurs noms circulent déjà pour lui succéder.
Mais pas de quoi faire vaciller celui qui s'est malheureusement éteint depuis des suites d'une leucémie. Droit dans ses bottes, comme toujours, il garde la tête haute et prépare, comme d'habitude, sa compo en compagnie de son staff. Sauf que, cette fois-là, il va prendre tout le monde à contrepied. À l'époque, Diego Lopez, le gardien milanais, traverse une période bien difficile. Pourtant expérimenté, l'ancien Madrilène multiplie les approximations sur le terrain et enchaîne les erreurs, ce qui commence sérieusement à agacer son entraîneur. Une fois, deux fois... L'heure des grandes décisions est venue. Mihajlovic, qui joue sa tête, n'a plus de temps à perdre.
Alors, en ce 25 octobre 2015, il décide de lancer dans le grand bain celui dont le nom fait parler tout le monde au club : Gianluigi Donnarumma. Âgé de seulement 16 ans, 8 mois et 6 jours, le jeune gardien, que l'AC Milan a arraché à l'Inter Milan à ses 14 ans, est considéré par tous comme un prodige. Personne ne doute de son talent, encore moins de son destin. Mais encore faut-il le suivre. L'histoire démarre maintenant, tout de suite. À San Siro, qui plus est, l'un des stades les plus mythiques du monde. Le gamin de Castellamare di Stabia est-il vraiment prêt pour ça ? Après une première convocation chez les "grands" la saison précédente, à 15 ans et 362 jours, ce qui avait nécessité une dérogation en raison de l'âge minimum requis (16 ans), impossible de faire marche arrière.
On fait quoi ?
"Il faisait déjà des doubles entraînements, se souvient Alfredo Magni, le préparateur des gardiens milanais de l'époque. Il devait combler l'écart qu'il y avait entre l'équipe jeune et celle des pros. Gigio venait matin et après-midi. Sinisa était très curieux, il venait l'observer. Il me demandait comment avançait son travail technique, physique... Diego Lopez, qui était titulaire, m'aidait également dans mon travail et dans mes conseils pour accompagner Donnarumma. Cette semaine-là, je me souviens que Sinisa me demandait toujours : "tu en penses quoi ?", "on fait quoi ?". Moi, je lui répondais qu'il était prêt à jouer. Même si jouer dans un grand club comme Milan n'est pas évident sans expérience. Mais à travers le travail, Gigio s'était préparé à ça. Cela faisait deux ans qu'il était en "full immersion". Et ce jour-là, le matin même, Sinisa me dit que Donnarumma va jouer contre Sassuolo."
picture

Gianluigi Donnarumma durant Milan-Sassuolo, saison 2015-2016

Crédit: Getty Images

À Milanello, la rumeur d'une possible titularisation de l'enfant prodige fait réagir et parler dans les couloirs. "Le président Silvio Berlusconi a tout fait pour m'en dissuader. Je lui ai donné deux solutions : soit il me virait pour mettre Diego Lopez sur le terrain, soit il me gardait mais avec Donnarumma sur le terrain. Heureusement, il a opté pour la bonne solution", révèlera un peu plus tard Mihajlovic, alors persuadé de la bonté de son choix.
"C'est un choix de notre entraîneur : Donnarumma fait de très bonnes choses à l'entraînement et quand il joue, c'est donc un choix technique de notre coach et je suis totalement en accord avec lui. Voir dans les cages un gardien qui n'a pas encore 17 ans, c'est extraordinaire. Moi, j'ai déjà vu débuter un certain Gianluigi Buffon... Depuis son arrivée à Milan, on voit qu'il est "programmé" pour faire des grandes choses. Il a toujours joué avec des joueurs de deux ou trois ans plus âgé", réagit Adriano Galliani avant le match. Premier convaincu du talent de Donnarumma, le légendaire administrateur délégué du Milan rassure son acolyte Silvio Berlusconi, les deux formant un tandem gagnant depuis trois bonnes décennies.

Programme sur-mesure

"Ils étaient tout simplement deux visionnaires, pour tout, reconnaît Magni. Ils m'avaient laissé carte blanche pour les entraînements de Donnarumma, dont le talent était évident. Gigio avait déjà joué durant la tournée estivale de 2015, dans des stades comme l'Allianz Arena face au Bayern Munich. Avec Sinisa, on avait dit à Galliani : "Vous avez devant vous un gardien qui va faire l'histoire du foot". Berlusconi et lui ont toujours soutenu et protégé Gigio. Il y avait un grand projet autour de lui : psychologues, enseignants, tuteurs, mais aussi le transport, la sécurité, le logement... Milan a fait beaucoup pour lui et sa formation. Toutes les infrastructures étaient à ma disposition pour le faire travailler et grandir. Lui s'entraînait deux fois par jour, puis il étudiait. Chacune de ses journées avait un programme bien défini, un accompagnement précis. Tout n'est pas né comme ça du jour au lendemain, cela vient d'un long processus." Qui connaît donc une nouvelle étape ce 25 octobre.
Avant la rencontre, Alfredo Magni rassure son poulain d'1m95. Il lui parle, le conseille, le dirige sous le temps brumeux de la capitale lombarde. "Mais j'étais tranquille, Gigio savait que ce jour arriverait. Nous nous étions préparés pour ça", se remémore-t-il. Encouragé par les tifosi, conscients de la pression sur les épaules du gamin, Donnarumma, qui devient le deuxième débutant le plus jeune de l'histoire du club derrière Giuseppe Sacchi, réalise un match solide malgré une erreur d'appréciation sur le coup franc de Domenico Berardi. Mais puisque son équipe a retrouvé la victoire (2-1), tout est pardonné. "J'étais ému et un peu tendu, avouera-t-il après la rencontre à DAZN. C'était un moment particulier, je me souviens que j'avais envie d'appeler toute ma famille quand Sinisa m'a prévenu de ma titularisation. C'est fantastique. Il m'a demandé si j'avais peur de jouer, j'ai répondu que non, que j'étais prêt et que j'étais très motivé."
Je pense que nous avions vu juste, non ?
"La semaine suivante, Mihajlovic voit qu'il est tranquille, serein, et décide de lui donner de la continuité, poursuit Magni. Donnarumma ne sortira plus jamais du onze, c'est le début de son histoire." Au point que même Diego Lopez dépose les armes. "C'est la plus grande force de la nature que j'ai pu voir dans un but, lâchera-t-il au quotidien madrilène AS. C'est un talent incroyable. À 16 ans, il avait déjà un physique impressionnant. Ce n'est pas un hasard s'il a battu tous les records de précocité. Quand Sinisa a décidé de lui donner sa confiance pour tout le reste de la saison, j'ai compris que tout deviendrait difficile pour moi au vu des qualités de Gigio." Il fera ses valises l'été suivant sans aucun regret, persuadé que la cage milanaise ne changera plus de gardien pour les années à venir.
Moins de cinq ans plus tard, Donnarumma devient à 21 ans, 4 mois et 26 jours, le plus jeune joueur de l'histoire de l'AC Milan à atteindre la barre des 200 matches, devançant trois légendes comme Paolo Maldini (22 ans et 3 mois), Gianni Rivera (22 ans et 4 mois) et Franco Baresi (23 ans et 9 mois). Si son départ en fin de contrat, à l'été 2021 et après 233 matches au compteur, a quelque peu terni son histoire milanaise, il demeure très attaché à son ancien club même dix ans plus tard.
"Je serai toujours reconnaissant envers l'AC Milan", assurait-il au moment des retrouvailles sous le maillot du PSG en octobre 2023. Car si tout le monde connaît aujourd'hui son nom, lui n'a jamais oublié que tout a commencé en ce jour d'automne 2015. "Il était promis à une grande carrière, on le savait tous à l'époque. Je pense que nous avions vu juste, non ?", conclut Magni.
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité