Investisseurs privés I "Personne n'a le droit de vendre notre sport" : levée de boucliers contre le projet de la FIFA

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La gronde monte, la fronde aussi. Alors que la Fifa a dévoilé mardi un projet de création d'une société qui serait chargée de gérer ses activités commerciales, d'organiser la Coupe du monde et ses autres tournois et d'accroître "le financement alloué au développement du football" grâce à l'arrivée d'investisseurs extérieurs, les voix se lèvent contre ce projet mené par Gianni Infantino.

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C'est le nouveau projet imaginé par Gianni Infantino. Mardi, la FIFA a annoncé, via un communiqué, sa volonté de créer une société pour gérer ses activités commerciales et attirer des investisseurs extérieurs, la "Fifa Forward Enterprise (FFE)". Avec notamment la possibilité de vendre des parts de la Coupe du monde.
"L'administration de la Fifa explore l'idée de réunir tous les droits commerciaux - couvrant la diffusion, le sponsoring, la billetterie et l'octroi de licences - avec la mise en oeuvre opérationnelle de ses tournois à travers la création de la Fifa Forward Enterprise (FFE)", précisait le communiqué de l'instance qui gère le foot mondial.
"La Fifa invitera des tiers à réaliser des investissements minoritaires, et sans contrôle" au sein de cette société, ajoutait-elle. "La Fifa garderait le contrôle exclusif de la FFE à travers une représentation majoritaire au conseil d'administration", précisait le communiqué, ainsi que "l'autorité exclusive" sur la gouvernance du football, les compétitions, le calendrier, les décisions réglementaires. Avec une promesse : une enveloppe supérieure à 10 milliards de dollars sur les quatre prochaines années pour financer le développement du football.

L'UEFA peste, Blatter aussi

"L'âme et la gouvernance du football ne sont pas des capitaux sur lesquels faire de la spéculation, surtout sans aucune transparence sur la destination des bénéfices financiers. Aucun d'entre nous n'est le propriétaire du football. Ce n'est pas à la Fifa de le vendre", avait rapidement réagi l'UEFA dans un communiqué.
"La Concacaf a été mise au courant par les médias, puis par un communiqué de presse. Nous sommes profondément préoccupés par ce procédé", a réagi de son côté la confédération d'Amérique du nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes. La Concacaf partage "la déception de nombreux acteurs de notre région et du monde du football face au fait que ces détails aient été élaborés et rendus publics avant même qu'une discussion n'ait eu lieu avec les instances dirigeantes et les parties prenantes concernées."
Sepp Blatter, le prédécesseur de Gianni Infantino à la Fifa (1998-2015), a écrit dans un message sur X : "La relation étroite entre le président de la Fifa (Gianni Infantino) et le président des États-Unis (Donald Trump) a pris une dimension financière qui porte un grave préjudice au football. Personne n'a le droit de vendre notre sport".

La politique s'en mêle

Andy Burnham, Premier ministre britannique, a rappelé que "le football n'appartient pas aux investisseurs" mais à ceux "qui remplissent les tribunes et qui se tiennent au bord du terrain semaine après semaine, qu'il pleuve ou qu'il fasse beau. La Coupe du monde n'est pas un produit. C'est la plus grande compétition du sport mondial, et elle n'a jamais appartenu à qui que ce soit pour être vendue."
"Nous avons découvert à travers un communiqué de presse un projet très important sur lequel nous n'avons aucun détail. Et qui (...) soulève beaucoup d'interrogations sans que les membres que nous sommes, fédérations, n'aient pu être associés et ne disposent d'aucun élément particulier pour se prononcer sur des sujets qui sont, évidemment, fondamentaux pour l'avenir du football", a regretté Philippe Diallo, président de la Fédération française (FFF), à la radio France Inter ce mercredi.
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Deschamps aurait-il vraiment pu mieux faire ?

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Toujours cinglant, Javier Tebas, président de la Ligue espagnole, a prévenu que "les compétitions et les droits commerciaux de la Fifa ne sont pas le patrimoine personnel d'Infantino". "Celui qui mélange politique, discipline, argent et pouvoir sans transparence ne peut rien diriger. Infantino n'est pas la solution à la gouvernance de la Fifa. C'est le problème", a-t-il ajouté.
Pas touche à notre sport
L'association des supporters de football (FSA) s'est également positionné contre ce projet dans un communiqué : "Beaucoup de supporters sont rentrés de la Coupe du monde en pensant que la Fifa ne pouvait plus faire grand-chose pour abîmer ce qu'ils aiment dans la plus grande compétition de football. Moins de deux semaines après le coup de sifflet final, elle a démontré qu'il était toujours possible de tomber plus bas. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour combattre cette nouvelle décision et toutes celles qui mettent gravement en péril l'avenir du football au profit de gains commerciaux à court terme. Ce projet ne doit pas devenir une nouvelle étape dans la tentative de Gianni Infantino de remodeler le football sans tenir compte des supporters ni de l'intérêt général du jeu."
Enfin, l'Union européenne a également dénoncé mercredi le projet de la Fifa, association à but non lucratif, d'ouvrir la porte aux investisseurs privés, estimant que "la commercialisation effrénée du football" était devenue "nocive". "Ces propositions soulèvent d'importantes questions au regard du droit de la concurrence", a estimé le commissaire européen Glenn Micallef.
"Pas touche à notre sport", a-t-il mis en garde dans une publication sur X. "Dans le cadre des compétences que lui confèrent les traités, la Commission européenne examinera ces propositions avec la plus grande attention", a-t-il averti.
La Fédération anglaise de football (FA) a rejoint mercredi le concert de réactions inquiètes. "Nous n'étions absolument pas au courant de cette proposition et nous ne disposons d'aucun détail substantiel, notamment sur ce qu'elle implique réellement et sur les conditions qui y sont attachées", s'indigne la FA dans un communiqué.
"Au vu des informations limitées dont nous disposons, nous sommes profondément préoccupés par l'absence de processus et de gouvernance qui a conduit à cette situation, ainsi que par la substance et les principes apparents de ce projet", poursuit le texte. L'instance dirigeante du football anglais a fait savoir qu'elle préciserait sa position sur l'initiative de la Fifa lorsque celle-ci serait "communiquée de manière complète et transparente".

Réunion en urgence ce mercredi

"De nombreux acteurs du football européen considèrent les projets de la Fifa comme une attaque absolue contre le football. Je partage cette position. Une limite est franchie ici", a estimé Hans-Joachim Watzke, l'un des vice-présidents de la Fédération allemande de football (DFB). "Il y a un large consensus au sein des fédérations membres (de l'UEFA, ndlr) à ce propos, comme me l'ont montré plusieurs discussions que j'ai eues ces derniers jours avec Aleksander Ceferin (président de l'UEFA) et d'autres collègues", a ajouté Watzke, qui est également l'un des vice-présidents du comité exécutif de l'UEFA.
"Lors de la Coupe du monde, six équipes européennes étaient en quarts de finale et trois en demi-finales. Si le football européen fait bloc contre ces projets, cela aura un poids considérable", a-t-il estimé.
Les instances européennes du football ont donc décidé tenir une réunion d'urgence mercredi, a indiqué la ministre des sports française Marina Ferrari. "Je prends acte de la réunion d'urgence organisée mercredi entre les instances européennes du football. Face à un projet qui pourrait profondément transformer l'équilibre de notre sport, il est indispensable que les acteurs européens parlent d'une seule voix", a-t-elle écrit sur X.
(Avec AFP)
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