• Albrecht Sonntag, membre du conseil scientifique de SPORT & CITOYENNETÉ, professeur à l’ESSCA Ecole de Management.
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A peine le football professionnel a-t-il repris ses activités après l’interruption imposée par la crise sanitaire, qu’il a déjà suscité l’indignation générale face à des propos racistes. Et quand les tribunes sont vides, c’est les joueurs eux-mêmes qui assurent la continuité de ce qui est considéré comme un fléau dont le football n’a pas le monopole, mais qui semble toucher ce sport plus que d’autres. L’affaire Neymar-Alvaro n’est, hélas, pas un cas unique. Au contraire : il y a comme un air de déjà vu : saison après saison, le football produit son lot de scandales et de polémiques déclenchés par des incidents de nature raciste ou discriminatoire.
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Les réactions sont quasiment toujours les mêmes. Indignation sur les réseaux sociaux et à travers les médias traditionnels, condamnation ferme de tels comportements par les autorités sportives et politiques, mais aussi minimisation par certains, débat controversé sur les sanctions appropriées, puis retour au calme jusqu’au prochain incident. Le seul point sur lequel tout le monde semble s’accorder est que le racisme est intolérable, qu’il n’a rien à faire sur un terrain sportif, qu’il faut l’éradiquer.

Neymar et Alvaro Gonzales

Crédit: Getty Images

Une approche trop superficielle pour prendre vraiment la mesure du problème

Au risque de passer pour un défaitiste : on en est encore loin. Le cycle décrit ci-dessus est appelé à se renouveler encore pendant un bon moment. En identifiant les propos racistes, qu’ils viennent des spectateurs ou des acteurs du spectacle, comme un comportement inadmissible de la part de leurs auteurs – ce qu’ils sont, de toute évidence – on ne prend pas suffisamment en compte ni le rôle des mécanismes psychosociaux qui mènent à ces transgressions, ni les raisons profondes qui font que le football semble accumuler ces incidents plus que d’autres sports.
C’est normal. Le discours autour du football est un brouhaha qui se produit toujours dans une précipitation peu propice à la réflexion un peu plus poussée sur les explications des faits. Et les médias souffrent d’un manque d’espace : ce n’est pas dans un bref éditorial qu’on peut aller au-delà de la condamnation et ce n’est pas en 280 signes sur Twitter qu’on va procéder à une analyse différenciée.
Il est d’autant plus appréciable qu’Eurosport ouvre ses colonnes à un partage d’observations qui ont été élaborées au cours d’un projet de recherche international en sciences humaines et sociales financé par la Juventus de Turin en partenariat avec l’UNESCO, l’agence des Nations-Unies qui œuvre, justement, pour une culture de la paix et le dialogue interculturel. Cette recherche m’a permis de coordonner un rapport sur "La lutte contre le racisme et la discrimination dans le football".

Les joueurs du Bayern ont porté un t-shirt contre le racisme avant le match face à Leverkusen

Crédit: Getty Images

Pourquoi le football n'arrive pas à éradiquer ce fléau ?

La question principale que pose ce rapport est celle du "pourquoi". Pourquoi, malgré toute la bonne volonté d’un grand nombre d’acteurs, malgré toutes les actions mises en œuvre pour lutter contre le racisme et autres phénomènes discriminatoires, malgré la diversité culturelle et ethnique, vécue et valorisée, des équipes à tous les niveaux, malgré l’universalité étonnante de ce jeu si singulier, malgré sa capacité à promouvoir l’intégration sociale de tous – pourquoi le football n’arrive-t-il pas à se défaire de ce fardeau qui lui fait honte ?
Inexorablement, cette question va se poser de manière de plus en plus pressante. Depuis l’entrée dans le XXIème siècle, la sensibilisation au racisme, à la discrimination dans toutes ses formes, à l’exclusion des minorités, ainsi que les mesures visant à lutter contre ces fléaux ont gagné du terrain dans l'ensemble de la société. Et le football, culture populaire s’il en est, omniprésent sur les écrans, ne pourra pas botter en touche. Au contraire, il a tout intérêt à suivre l’évolution de la norme socio-culturelle qui fixe ce qui est, au sens même du terme, "admissible" ou, justement, "inadmissible". Le stade n’est plus un endroit à part, où l’on pouvait se permettre des transgressions verbales interdites par ailleurs.

Une évolution bienvenue

La bonne nouvelle est que les choses bougent. Les discours de banalisation – renvoi à l’humour, au second degré – se trouvent désormais décrédibilisés. Le monde du football est en train de s’interroger, non seulement sur le racisme "impulsif" – celui des joueurs qui fait surface dans le feu de l’action – mais aussi sur le racisme "institutionnel" ou "systémique" profondément enraciné dans les structures. Il se rend compte qu’il faut agir de manière plus coordonnée, et simultanément sur le front de la sanction et de la prévention par l’éducation.
Sur la route de l’élimination du racisme et des autres formes de discrimination dans le football se dressent cependant un nombre de barrières et d’obstacles, hérités d’une longue histoire et de traditions ancrées dans les habitudes et les comportements. Il faudra tenir compte de ces mécanismes, essayer de bien comprendre leur fonctionnement avant de formuler des recommandations à l’intention des différents acteurs concernés. La seule indignation ne suffira pas.
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