L'arrivée de Carlo Ancelotti dans la capitale madrilène avait été de nouveau l'occasion d'un questionnement : le nouveau coach du Real allait-il enfin aligner Cristiano Ronaldo à la pointe de l'attaque merengue ? Higuain vendu, Benzema inconstant, une nouvelle méthode, le moment semblait propice à un changement. Quelques essais ont été faits dans ce sens durant la préparation. Le Ballon d'Or 2013 s'est par exemple retrouvé associé à Benzema face à Chelsea, à l'occasion de la finale de l'International Champions Cup, compétition amicale disputée aux Etats-Unis.
Mais entre l'avant-saison et le vif du sujet, il y a un monde. Et aujourd'hui, l'idée de retrouver CR7 n°9 ne semble plus d'actualité. Au sein d'un Real Madrid qui alterne entre 4-2-3-1 et 4-3-3, le Portugais a retrouvé son aile gauche chérie, avec la réussite qu'on lui connaît (29 buts inscrits, toutes compétitions confondues).

A United, il a d’abord été un "bouffeur de craie"

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Ronaldo n°9, c'est une question qui s'est régulièrement posée dans la carrière du joueur. Pour la comprendre, il faut remonter à ses origines. Car c'est son évolution qui n'a fait qu'accentuer ce questionnement. Lorsqu'il est arrivé à Manchester United, Ronaldo n'était pas le même qu'aujourd'hui. Pas forcément frêle physiquement, mais bien moins armé qu'actuellement sur ce plan. Il faisait d'abord la différence dans les duels grâce à ses dribbles, récupérant au passage une réputation de joueur plus qu'agaçant pour les défenseurs adverses. Dans l'inamovible 4-4-2 de Manchester United, la question ne se posait pas quant à son rôle : celui qui aspirait à devenir CR7 était un ailier, un "bouffeur de craie" tel que les adorait Sir Alex Ferguson. Et pour mettre les buts, van Nistelrooy était encore là.
Petit à petit, Ronaldo a évolué. Physiquement d'abord, il s'est étoffé et a "pris du volume". Autour de lui, c'est aussi l'effectif de Manchester United qui a changé. Rooney est arrivé en 2004, van Nistelrooy est parti en 2006... Et les statistiques de Ronaldo ont naturellement augmenté. Avec un attaquant plus créatif que le Néerlandais, et surtout sans n°9 pour lequel jouer, le Portugais a vu son nombre de buts inscrits croître saison après saison (15 buts en 2005-2006, 28 en 2006-2007, 46 en 2007-2008, année de son premier Ballon d'Or). Manchester United n'a plus de buteur mais s'appuie sur un trio d'attaquants capables de tout faire, marquer et faire marquer : Rooney et Ronaldo évidemment, mais aussi Carlos Tevez. Ronaldo marque aussi les esprits par quelques performances en position d'avant-centre... Il n'y est jamais définitivement installé par Ferguson, mais l'idée fait son chemin.

Cristiano Ronaldo et Sir Alex Ferguson, Manchester United (2008-2009)

Crédit: Reuters

Pas un acharné du pressing

Il faut dire que si l'on s'arrête sur les qualités du Portugais, celui-ci n'a rien à envier à ceux que l'on qualifie de "buteurs" dans le football actuel. Lorsqu'il traîne dans la surface de réparation, Ronaldo est aujourd'hui le danger n°1 pour les adversaires du Real Madrid. Doté d'une détente impressionnante, son jeu de tête est peut-être sans comparaison. Puissant et toujours aussi rapide, il est aussi un véritable poison par ses appels en profondeur et sa capacité à exploiter le moindre espace. Qui plus est, son énorme coffre lui permet de couvrir de grandes distances : même s'il évolue côté gauche, il n'est pas rare de le retrouver à droite pour un appel croisé. Paradoxalement, son évolution physique l'a peut-être rendu plus facile à contrôler, plus prévisible lorsqu'il s'agit de faire la différence dans un petit périmètre. Sur son aile gauche, il fait moins souvent la différence, laissant le soin à Marcelo de réaliser les débordements à sa place. Un argument supplémentaire pour le repositionner dans l'axe ? C'est évidemment plus compliqué que cela.
Prenons l'exemple des saisons de Cristiano Ronaldo sous la direction de José Mourinho. A aucun moment le technicien portugais n'a fait confiance à son compatriote à la pointe de l'attaque du Real. Et pour cause, le "Special One" est un adepte du pressing. Chez lui, dans son 4-2-3-1, cela démarre par l'implication des attaquants, notamment dans l'axe. Du côté de l'Inter Milan, il était allé chercher sa deuxième Ligue des champions avec un 4-2-3-1 porté vers l'avant par l'activité du duo Milito-Sneijder. A Madrid, dans les grands matchs, il a souvent privilégié Higuain à Benzema (et Ronaldo) pour son activité défensive sur le front de l'attaque. A Chelsea aujourd'hui, Eto'o et Torres doivent abattre leur part du travail sans ballon. Aussi endurant et impressionnant soit-il sur le plan athlétique, Ronaldo n'a jamais été de ce bois-là. Loin des Lewandowski et autres Mandzukic, qui ont le sens du pressing et du sacrifice. Le Portugais, lui, pèse très peu sur le jeu lorsque son équipe n'est plus en possession du ballon. Or, dans le football d'aujourd'hui, au plus haut niveau, un 4-2-3-1 n'est pas viable sans une première ligne active défensivement.

La tentation d’Ancelotti ?

Lorsque Carlo Ancelotti a testé le Portugais en pointe, c'est d'ailleurs le problème auquel il s'est heurté : le 4-4-2 du Real Madrid était facile à mettre en difficulté en raison du manque d'implication défensive des deux attaquants (Ronaldo et Benzema). Sur son aile gauche, Ronaldo est moins sollicité défensivement : même s'il lui est demandé de se replier en cas de besoin, l'équipe ne pâtit pas forcément de son absence de travail à la récupération et face à la relance adverse. Petite parenthèse pour parler de son éternel rival, Lionel Messi : c'est certainement pour cette même raison que Gerardo Martino a fait le choix d'aligner exceptionnellement l'Argentin sur le côté droit lors du premier Clasico de la saison, afin de compter sur l'activité sans ballon de Fabregas pour empêcher le Real Madrid de s'installer au milieu de terrain. Si le 4-2-3-1 de Mourinho interdisait le positionnement axial de Ronaldo, Carlo Ancelotti va peut-être avoir l'occasion de tenter le coup grâce à son milieu renforcé d'un joueur supplémentaire. Il faudra toutefois un gros concours de circonstances car le Real a aujourd'hui plus de solutions pour pallier une absence de Benzema (Morata, Jésé...) que pour faire sans Ronaldo à gauche.
Quoiqu'il en soit, les discussions autour du l'hypothétique futur dans l'axe du Ballon d'Or 2013 sont loin d'être terminées. Aujourd'hui au sommet de sa carrière, tant sur le plan physique que statistique, Ronaldo peut avaler les kilomètres et faire un nombre incalculable de courses dans un match. Mais qu'en sera-t-il dans quelques années, quand ses qualités athlétiques commenceront à ressentir le poids des ans et des saisons à 50 matchs ? Ailier au début de sa carrière, homme à tout faire de l'attaque dans ses plus belles années, pourquoi ne pas imaginer le Portugais terminer sa carrière à ce fameux poste d'avant-centre, dans la peau d'un buteur et avec une équipe à son service pour l'alimenter ? Un poste qui lui permettrait de continuer à faire ce qu'il fait de mieux : marquer. Mais avant d'envisager une telle reconversion, il faut d'abord attendre une baisse de rythme sur la durée. Et quelque chose nous dit que ce n'est pas pour tout de suite.
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