Atlético-Rayo, l’amitié populaire de Madrid

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LIGA - Ce week-end, la Liga offre une opposition entre deux équipes voisines de quelques hectomètres : l’Atlético de Madrid reçoit le Rayo Vallecano au Wanda Metropolitano. L’occasion de comprendre qu’un derby n’est pas de facto construit autour de la haine et la défiance, puisque ces deux clubs entretiennent des relations pacifiques voire amicales.

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Crédit: Eurosport

Le 23 juillet dernier, le compte Twitter du Rayo Vallecano annonçait une nouvelle à ses followers : la cession définitive du défenseur central uruguayen Emiliano Velázquez, membre influent du retour des Rayistas au plus haut niveau national. Un joueur à l’énergie positive fidèle aux Vallecanos, mais dont la propriété était celle de l’Atlético de Madrid, pensionnaire cinq étoiles de la Liga. Problème majeur ? Bien au contraire, puisque les deux clubs autorisent Velázquez à se rapprocher de Marbella, lieu choisi pour la préparation physique du Rayo, avant même qu’un accord soit trouvé. Preuve qu’entre les deux entités, la relation est très saine.

Identités communautaires

En vérité, les points communs entre l’Atlético et le Rayo ne datent pas d’hier. Pour la trouver, il faut aller puiser dans les codes génétiques de ces deux clubs issus du sud de la capitale espagnole. Connu comme le loup blanc depuis ses récents succès européens avec trois doublés C3-Supercoupe (2010, 2012, 2018) et deux finales de C1 perdues (2014, 2016), l’Atlético de Madrid est à l’origine le club du peuple, l’institution où les notions d’humilité, de sacrifice et de combat forment depuis la source un ADN propre, remis au goût du jour par Diego Simeone depuis son arrivée chez les Matelassiers en 2011.
Le Rayo Vallecano représente quant à lui le club de Vallecas, quartier populaire situé au sud-est de la Plaza de España, le cœur géographique de Madrid. Construit sur des traditions ouvrières, des mouvements d’inspiration progressiste et une forte idéologie de contre-culture, Vallecas s’inspire de fondements anarchistes et altermondialistes pour exister au sein de sa propre bulle économique. Comment ? À l’aide d’une réelle force identitaire locale, basée sur l’entraide et la solidarité entre ses habitants. Dès lors, le Rayo Vallecano doit être en adéquation avec la politique de son quartier, et les profils de joueur recrutés doivent coller aux aspirations de Vallecas : l’humilité, la solidarité, le combat. Tiens, comme chez les Rojiblancos…

Haine partagée autour du Real Madrid

Si les deux clubs de la classe ouvrière madrilène s’entendent bien, c’est aussi parce que l’expression "les ennemis de mes ennemis sont mes amis" prend tout son sens. Ainsi, l’Atlético et le Rayo profitent de chaque rassemblement commun pour témoigner leur profond dégoût envers le voisin du Real Madrid via des chants en tribune. Contestataire d’une société capitaliste et mondialisée à laquelle il ne souhaite pas prendre part, le Rayo trouve dans le Real son exact contraire : un président comme qui gère son club à la manière d’une multinationale (Florentino Perez est en parallèle le PDG d’ACS, la première entreprise de construction immobilière du pays), des contrats de sponsoring à gogo, une hiérarchie préétablie et une forme de mainmise nationale qui dérange.
Si l’Atlético est sans doute moins féroce pour critiquer le Real sur sa gestion économique, il reste son ennemi le plus coriace lors des derbys madrilènes, où deux classes sociales s’opposent : la vision bourgeoise contre celle du prolétariat. Des finales de coupe du Roi, des finales de Ligue des champions, des duels acharnés en Liga… Et bien entendu, l’interdiction de passer d’un camp à l’autre, sous peine de devenir l’ennemi public numéro un. Un temps courtisé par le Real, l’idole portugaise des années 80 Paulo Futre expliquait être "le seul joueur de l’histoire à avoir dit non au Real alors que le contrat était posé sur la table." Thibaut Courtois peut donc s’attendre à recevoir un accueil des plus chauds…

Koke, le lien sentimental contemporain

Aujourd’hui, cinq kilomètres séparent le Wanda Metropolitano du stade de Vallecas. De fait, le voyage ne sera pas bien long pour les habitants de cet atypique quartier madrilène. D’ailleurs, certains d’entre eux effectueront ce déplacement depuis la peña atlética appelée La Flor de Entrevías. Pourquoi un tel soutien ? La raison est simple : Koke, milieu de terrain formé à l’Atlético de Madrid, est à l’origine un gamin du cru. Et depuis que le garçon s’est mué en un joueur confirmé de l’Atlético, ce groupe de supporters manifeste sa fierté d’avoir enfanté l’international espagnol à présent considéré comme une référence à son poste.
Jamais intégré au sein de catégories de jeunes du Rayo, Koke s’est fait transmettre la passion colchonera par son père durant sa jeunesse. Sans quitter son quartier d’origine, Koke terminait ses cours d’école, filait à l’entraînement grâce à sa mère et rentrait épuisé en fin de soirée, les devoirs encore à faire. À force d’abnégation, sa carrière est aujourd’hui le symbole de valeurs fondamentales : le travail, l’humilité, mais aussi la conscience d’être une personne privilégiée. "Je vois la vie de mes amis, les heures qu’il passent à bosser pour payer leurs maisons, boucler leur fin de mois ou faire leurs courses hebdomadaires, décrivait Koke à ABC en mars dernier. Je sais combien tout cela peut coûter, ça te garde les pieds sur terre." Une pensée sociale, encore et toujours.
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