Deux buts encaissés depuis novembre en championnat, treize en tout : sur le papier, le tableau est idyllique. Meilleure défense des cinq grands championnats, le Real Madrid avait pourtant très mal commencé la saison. La défaite 3-0 face au PSG, qui ponctuait une série de cinq matches sans garder la cage inviolée (3-1, 1-1, 2-2 et 3-2, respectivement contre le Celta, Valladolid, Villarreal et Levante), posait des questions sur la construction de l’équipe. Et sur la part de responsabilité de son entraîneur, rapidement menacé. Quatre mois plus tard, la plupart des problèmes ont disparu. Si Zinédine Zidane a fait évoluer son approche tactique, les corps vont mieux et les têtes suivent.

Une possession plus prudente

Adepte d’un déséquilibre contrôlé, où la domination de ses joueurs dans les deux surfaces est bien plus importante que la maîtrise du ballon et du tempo, le coach madrilène a dû calmer son envie d’aller de l’avant. Menacés en transition à chaque perte de balle, ses joueurs ont progressivement arrêté de s’exposer. Dans les faits, cela se traduit par deux points clés : les choix de passes et le positionnement.
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Celui de Casemiro est essentiel. Le milieu brésilien, qui est à ce groupe ce que Claude Makelele était aux Galactiques, a repris une habitude progressivement abandonnée depuis plus d’un an : monter d’un cran à la relance. Habituelle pointe basse, et donc première solution de passe pour les défenseurs centraux, il passe en zone offensive et permute avec les deux relayeurs sur la phase de construction. Fragile sous la pression à cause d’une technique limitée mais très à l’aise pour se projeter, il ne peut donc plus être ciblé par l’adversaire au pressing. Avec Toni Kroos et Luka Modric, qui n’ont pas oublié leur formation de numéro 10, le Real stabilise son jeu, à défaut d’avoir beaucoup de joueurs prêts à attaquer.

Casemiro

Crédit: Getty Images

Car si cette organisation n’empêche pas Casemiro de revenir devant sa défense une fois le ballon amené dans le camp adverse, là où Blaise Matuidi et Ngolo Kanté sont des relayeurs qui laissent toujours Miralem Pjanic et Jorginho dans leur dos, elle place des éléments créatifs loin du but adverse. Plus longue, la phase préparatoire est également plus rigide. Aux dépassements de fonction, qui impliquent qu’on retrouve parfois cinq ou six joueurs devant le ballon, le Real préfère un sous-nombre offensif qui l’exposera beaucoup moins si l’attaque avorte.
Cette philosophie, souvent associée à des “petits” qui ne veulent pas prendre de risques, est aussi très efficace quand on possède un attaquant capable de garder le ballon et des ailiers doués en un-contre-un et/ou des latéraux très offensifs et bons centreurs. L’exemple de l’Atlético cette saison prouve que la prudence ne paye pas sans grand numéro 9. Mais le voisin peut compter sur Karim Benzema, des ailiers qui provoquent, beaucoup de joueurs doués dans le domaine aérien et des milieux qui peuvent envoyer des sacoches de 30 mètres. Cela n’en fait pas l’égal du Chelsea d’Antonio Conte, champion en 2017 avec Eden Hazard et Diego Costa capables de casser une défense regroupée pendant que leurs coéquipiers restent en place. Mais garder des sécurités est le meilleur moyen de rassurer une défense.

Un bloc moins passif

Si Casemiro peut changer sa position au sein du triangle, c’est aussi, tout simplement, parce qu’il a deux milieux à ses côtés. Si le 4-3-3 est redevenu le dispositif de base, le 4-4-2 a été utilisé en début de saison, sans réussite. Aligné en pointe contre Villarreal (2-2) et Majorque (0-1), le duo Benzema-Jovic n’était certes pas totalement complémentaire avec le ballon, mais le problème principal arrivait quand celui-ci était perdu. Passifs et en retard, les Madrilènes n’arrivaient alors pas à rester compacts, les sorties à contretemps des ailiers ouvrant des espaces difficiles à combler.

Luka Jovic of Real Madrid

Crédit: Getty Images

Contre le sous-marin jaune, la même phase a été plusieurs fois répétée : les deux attaquants marquent les deux centraux adverses mais personne ne monte sur le latéral, l’ailier va le presser en retard et ouvre l’espace dans son dos. Des situations qui révèlent le manque de pratique du système et accéléraient la dislocation du bloc-équipe, tout le monde ayant tendance à abandonner sa position pour rattraper le décalage initial. Le choix naturel, renforcer l’axe, ouvrait l’espace à l’opposée, un risque moindre mais sanctionné contre des adversaires capables de faire des transversales millimétrées.
Jouer à trois milieux axiaux n’offre pourtant pas toutes les garanties, et c’est dans cette configuration qu’est survenue la lourde défaite à Paris. Trop économes de leurs courses, les ailiers Eden Hazard et Gareth Bale avaient rendu la première ligne inefficace, exposant beaucoup trop la seconde. Toni Kroos en difficulté pour multiplier les efforts et James Rodriguez pas habitué à combler les trous, le milieu parisien s’était régalé. Obligé de reculer, le Real passait trop rapidement de bloc médian à bloc bas, une position difficile à quitter quand l’adversaire presse bien à la perte de balle.

Toni Kroos (Real Madrid)

Crédit: Getty Images

La correction a donc été toute simple : demander plus d’efforts aux attaquants et rapprocher le milieu de terrain pour former un vrai bloc. Une tâche plus facile sans Bale et Hazard, au volume de jeu intermittent, qui fait défendre tout le monde en avançant. Plutôt que des dégagements dans leur surface, Sergio Ramos et Raphaël Varane multiplient ainsi les interceptions dans le camp adverse, la vitesse du second permettant de couvrir efficacement l’espace laissé dans son dos. Le risque est alors plus psychologique (accepter d’avoir des centraux à la médiane) que réel. Contre Valladolid dimanche (1-0), c’est en reculant après l’ouverture du score que la Maison Blanche a subi ses premières occasions, dont un but refusé qui aurait sanctionné l’abandon de son plan de jeu initial.

Des individualités retrouvées

Si le Real est la troisième équipe qui subit le moins de tirs dans les cinq grands championnats derrière Getafe et Manchester City, il faut tout de même quelqu’un pour arrêter ceux qui vont dans le cadre. La montée en puissance de Thibaut Courtois, désormais capable de garder sa concentration pour assurer les quelques interventions nécessaires après un début de carrière où il était très souvent sollicité, se retrouve d’ailleurs dans les chiffres. Ses 77% d’arrêts en championnat le placent devant Jan Oblak (75%), Marc-André Ter Stegen (61%) et son numéro deux Alphonse Areola (40%). S’il garde ce rythme, il battrait sa meilleure performance en carrière, lui qui avait réalisé la pire la saison dernière (64%).

Thibaut Courtois (Real Madrid)

Crédit: Getty Images

Devant lui, Sergio Ramos, toujours moyen à l’automne et excellent au printemps, a réduit son nombre d’erreurs. Certes coupable sur trois buts (dribble raté dans son camp à Villarreal, passe en retrait mal dosée contre la Real Sociedad et coup de coude dans la surface à Alavès), il se déconnecte moins des actions et tue des contre-attaques dans l’œuf grâce à son sens de l’anticipation. Avec des partenaires au diapason derrière, le Real montre ainsi une bien meilleure capacité à défendre les grands espaces que Barcelone, en grand danger à chaque perte de balle depuis l’arrivée de Quique Setien, décidé à ce que son équipe joue très haut sur le terrain.
Au-delà de la concentration des joueurs, dont l’amélioration se voit surtout en comparant les matches de janvier à ceux de septembre, la principale progression se situe sur l’aspect physique. Est-ce l’effet de la méthode Grégory Dupont, préparateur venus des Bleus à l’intersaison ? Toujours est-il que la capacité à répéter les sprints a nettement augmenté, là où la révélation Federico Valverde était l’un des seuls à être au niveau dans l’intensité il y a quelques mois. Même Kroos, qui depuis dix-huit mois donnait l’impression de traîner une caravane avec tous ses titres, et Isco, grand intermittent du spectacle, participent avec entrain aux efforts de l’ombre. Cela ne suffit pas toujours, mais c’est le signe que quelque chose a changé.
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