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Valence - Real, chronique d'une rivalité méconnue

Valence - Real, chronique d'une rivalité méconnue

Le 14/12/2019 à 22:57Mis à jour Le 15/12/2019 à 17:48

LIGA - Ce dimanche, le FC Valence accueille le Real Madrid pour un choc entre deux habitués des premières places. Si la relation entre les deux clubs espagnols était plutôt saine à l'origine, elle s’est progressivement détériorée pour une histoire de mensonge et trahison. Décryptage d’un conflit où la rancœur possède une place de choix.

S’il fallait remonter le temps cinquante années en arrière pour expliquer à un fanatique de football espagnol que le FC Valence et le Real Madrid ne peuvent aujourd’hui plus se voir en peinture, il serait sans doute bien difficile de lui faire avaler cette histoire. Pourquoi ? Parce qu’au début des années 70, les deux clubs entretiennent une rivalité sportive saine où Valence garde un statut d’outsider sympathique face à un Real Madrid déjà bien habitué aux belles soirées européennes.

Les deux coups de pouce de Valence à Madrid

La preuve : en clôture de la demi-finale aller de la coupe d’Europe des clubs champions entre le Real Madrid et le Bayern Munich au Santiago-Bernabéu le 31 mars 1976, un supporter madrilène vient agresser physiquement l’arbitre autrichien Erich Linemayer après le coup de sifflet final (1-1). Suspendu de représentation européenne dans son propre écrin pendant deux matchs, le Real Madrid parvient à trouver un accord avec le FC Valence pour s’approprier le stade Luis Casanova contre les Polonais de Stal Mielec en seizièmes de finale de la C1 la saison suivante.

Le 22 avril 1987, on prend les mêmes et on recommence. À nouveau sanctionné pour un jet de projectile à destination du gardien bavarois Jean-Marie Pfaff lors d’une demi-finale retour soldée par une autre élimination, le Real Madrid toque encore à la porte du FC Valence pour trouver refuge afin de s’exhiber sur la scène continentale au prochain exercice. Bon esprit, les Chés acceptent la requête. Après un premier tour joué à huis clos contre Naples à Madrid, le Real réutilise le stade Luis Casanova pour accueillir le FC Porto en huitièmes de finale aller de la compétition, bouclant la partie sur une victoire (2-1).

"Il existe un nouveau Judas dans l’histoire : Judas Mijatovíc !"

À l’époque, les bars de Valence fleurissent et une communauté de supporters de la Maison Blanche prend même ses quartiers sur les bords de La Turia. Mais alors, comment de telles relations pacifiques ont-elles pu dégénérer à ce point ? La réponse se trouve au milieu des années 90 lorsque les socios de Valence tombent amoureux de leur attaquant vedette Predrag Mijatovíc. Auteur de 65 buts en 112 matchs, le Yougoslave permet à son équipe de terminer la Liga 1995-1996 vice-championne derrière l’Atlético de Madrid. Annoncé sur le départ par la presse locale qui explique que le Real Madrid aurait payé sa clause libératoire de 1 250 millions de pesetas (environ 7,5 millions d’euros), l’avant-centre nie les affirmations et assure en conférence de presse qu’il ne partira pas. Vraiment ?

Tapis dans l’ombre, Lorenzo Sanz fait pourtant un carton dans sa politique de recrutement. "Nous sommes arrivés à un accord avec Mijatovíc en décembre 1995 mais j’étais à Tenerife à ce moment, confiait le président du Real Madrid de l’époque au programme Ídolos en février dernier. La personne en charge de lui faire signer le contrat le laisse tomber dans une cafétaria et quelqu’un est tombé dessus. Le journaliste José María García s’est procuré le document et depuis ce moment-là, les supporters de Valence haïssent Mijatovíc". Bien avant l’épisode de Luis Figo entre le Barça et le Real, le FC Valence avait donc connu la tristesse de voir son idole lui mentir pour mieux briser le cœur. Évidemment, le premier retour de Mijatovíc à Mestalla le 21 avril 1997 se passe sous la bronca générale avec le déploiement d’une banderole significative en tribunes : "Il existe un nouveau Judas dans l’histoire : Judas Mijatovíc !"

Predrag Mijatovic (Real Madrid) en Liga 1997/98

Les années 2000, paroxysme de la rivalité

Durant trois saisons, le FC Valence œuvre pour son retour en grâce : les deux joueurs issus du Real Madrid, Luis Milla (1997) et Santiago Cañizares (1998), intègrent l’effectif blanquinegro. Pendant ce temps-là, Predrag Mijatovíc se retrouve sur le toit de l’Europe avec le Real Madrid grâce à son but en finale de C1 contre la Juventus de Turin à Amsterdam, le 20 mai 1998 (1-0). Si Mijatovíc fait désormais partie des légendes merengue, Valence est encore bien loin d’oublier ce terrible affront. En 1999, le sacre du FC Valence en coupe du Roi après dix-neuf années sans titre majeur permet aux Murciélagos de renforcer un lien devenu indéfectible entre les joueurs et leur public.

Appâté, le Real lorgne Roberto Ayala ou Gaizka Mendieta mais les présidents du FC Valence s’arrangent tour à tour avec leurs fans pour empêcher le transfert d’un joueur fondamental vers l’ennemi madrilène. Grâce à cette nouvelle stratégie de développement, Valence remporte deux Liga, en 2002 et 2004, mais va échouer par deux fois à remporter la prestigieuse C1, vaincue en 2000 par… le Real Madrid (3-0). Parmi les mythiques affrontements de ces deux équipes au sommet, la victoire 2-0 de Valence contre les Galactiques de Carlos Queiroz le 27 septembre 2003 reste dans les mémoires pour une raison extra-sportive. À quatre jours de la bouillante affiche, des individus sont parvenus à pénétrer sur la pelouse de Mestalla pour uniquement y faire brûler le banc des remplaçants de l’équipe visiteuse…

Ruben Baraja et Zinedine Zidanelors de FC Valence - Real Madrid le 27 septembre 2003

Le Barça, bénéficiaire du conflit

Cette rancœur du FC Valence envers les Blancos va même plus loin : transféré à la Lazio en 2001 contre 48 millions d’euros, Mendieta voit son contrat contenir une clause anti-madrilène pour l’empêcher de signer au Real Madrid au moment où le Basque décide de quitter le club romain. Dans de telles circonstances, un seul club espagnol devient capable de faire franchir un pallier supplémentaire aux joueurs issus du FC Valence : le Barça.

Ce lien de filiation est d’autant plus évident au regard des dernières transactions réalisées entre les deux clubs : Mendieta (revenu en Espagne un an après son transfert en Italie), Gerard López, David Villa, Jordi Alba, Jérémy Mathieu, Paco Alcácer… Aujourd’hui, leurs relations sont toujours au beau fixe comme en témoigne le récent échange de gardiens de but effectué entre Jasper Cillessen et Neto. Porté par le désir de voir ce Real Madrid co-leader du championnat chuter à Mestalla, le Barça va observer cet affrontement avec partialité. Après tout, les ennemis de ses ennemis sont ses amis.

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