Au moment d’entrer dans les années 2010, il semblait impensable d’imaginer un milieu de terrain du standing de Cesc Fàbregas signer un jour dans un club de Ligue 1. Le PSG squattait le ventre mou du championnat de France, l’AS Monaco ne connaissait pas encore son propriétaire russe et Thierry Henry coulait des jours heureux sous la tunique du FC Barcelone. Oui mais voilà : tout a changé en une décennie et grâce à l’influence de Titi dans son club formateur. Depuis 2019, le Rocher accueille ce champion du monde espagnol à la vision du jeu très développée. La dernière preuve en date ? Son penalty déclencheur de la correction infligée au FC Metz en Principauté (4-0). Une validation en trois étapes : un léger temps d’arrêt dans la course d’élan, un regard vers le gardien pour connaître ses intentions de plongeon et un contre-pied parfaitement exécuté à l’encre de Cesc.
Au Barça, tu dois gagner d’une certaine manière
Cette maîtrise dans l’art de réaliser le geste juste, le métronome monégasque l’a apprise dans l’école de football la plus réputée au monde : la Masia. "Je vis de la passe, explique Fàbregas dans un entretien accordé à L'Équipe en janvier dernier. Quand je suis entré à la Masia, on m'a reculé pour me mettre là où je joue maintenant, devant la défense. On faisait énormément d'entraînements avec des répétitions de passes : des exercices de combinaisons, des une-deux, beaucoup de mouvements avec le ballon, pour savoir orienter son corps en fonction d'où il venait. Des petites choses fondamentales. En grandissant, j'ai vu dans le monde professionnel des joueurs de 20-22 ans qui avaient beaucoup de mal à comprendre le jeu de la même manière. Avec ce que j'ai appris à la Masia, c'est comme si j'avais gagné cinq ans par rapport à eux."
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À maintenant 33 ans, Fàbregas garde toujours des liens sentimentaux avec le club barcelonais auquel il doit également une philosophie de jeu. "Là-bas, les entraîneurs sont extrêmement bien formés et te considèrent vraiment comme un petit pro, poursuit le passeur décisif pour Andrés Iniesta en finale du Mondial 2010. À la Masia, vous avez appris un certain football. (…) Avec tout le respect que j'ai pour le Real, être au Barça, ce n'est pas la même chose. Le Real est l'un des meilleurs clubs du monde. Comme le Milan, le Bayern... Mais au Barça, tu dois gagner d'une certaine manière. "À travers cette quête de l’esthétisme alliée à celle du succès, le Barça trouve à la fois son équilibre et sa quintessence. Dès lors, la victoire sur le fond doit s’ajouter à celle sur la forme pour offrir un moment de plénitude à ces socios. Était-ce le cas sous le mandat de José Maria Bartomeu ? Depuis 2016, non. D’où la nécessité actuelle de revisiter le thème du football total à Barcelone.

Joan Laporta

Crédit: Getty Images

Koeman et les fruits de la patience

Au moment de comparer les mois de septembre 1988 et septembre 2020, les visages de Cruyff et Koeman n’ont pas les mêmes traits physiques mais la nationalité du coach du Barça reste la même. Icône devenue intemporelle, Johan Cruyff a laissé une marque de fabrique dans les esprits culés mais aussi quelques belles tirades. Parmi elles, celle sur le rapport au ballon. "Quand vous disputez un match, c'est statistiquement prouvé qu'un joueur a le ballon trois minutes en moyenne. Donc, le plus important c'est ce que vous faites les 87 minutes pendant lesquelles vous n'avez pas le ballon. C'est ce qui détermine si vous êtes un bon joueur ou pas."
Plus les années passent, plus Cruyff construit son équipe et la cimente autour de jeunes cadres comme Pep Guardiola, Albert Ferrer ou… Ronald Koeman, au point de remporter la coupe des clubs champions européens (ancienne version de la C1) en 1992 et faire entrer le Barça dans le cercle fermé des vainqueurs de la coupe aux grandes oreilles. Cette année-là, le Barça a réalisé un doublé C1-championnat avec la meilleure attaque dans chaque compétition (98 buts marqués en 45 matchs, soit 2,17 buts par match en moyenne). De quoi légitimement influencer Koeman. Mais dans les faits, que penser du passage du natif de Zaandam sur le banc blaugrana jusqu’à présent ? Les plus pragmatiques évoquent une élimination aussi prématurée que salée contre le PSG en huitièmes de finale de C1 en mars (1-4, 1-1) ou une défaite au Camp Nou contre le Real Madrid en Liga en octobre (1-3).
Les moins alarmistes vont plutôt se pencher sur la dynamique actuelle en Liga, où le Barça reste invaincu depuis le 5 décembre dernier en Liga et vient d’engranger 42 points sur 48 possibles (13 victoires et 3 nuls) pour talonner l’Atlético de Madrid au classement. Sa dernière victime en date ? La Real Sociedad, récente vainqueur de la coupe d’Espagne 2020, atomisée 6-1 à Saint-Sébastien. Avant d’affronter le Real Valladolid ce lundi, les Barcelonais ont inscrit 85 buts en 36 matchs en ne prenant en compte que la Ligue des champions et la Liga, soit 2,36 buts par match. S’il faut juger le spectacle par le prisme de l’attaque, l’avantage va donc à Koeman.

Eric García

Crédit: Eurosport

La Masia, aimant du Barça

Au niveau tactique, Koeman s’inspire des mémoires laissées par Cruyff. La titularisation de Frenkie De Jong en stoppeur central contre la Real indique que le Batave invite le milieu de terrain de formation à devenir son héritier au poste sur la pelouse afin de calquer un schéma en 3-5-2. Dans le même temps, divers produits de la Masia gravitent autour du pilier central néerlandais qu’ils soient anciens (Jordi Alba, Sergio Busquets, Leo Messi) ou nouveaux (Mingueza, Pedri, Riqui Puig, Ilaix Moriba). En coulisses, cette politique doit également ravir Joan Laporta. Le mois dernier, le nouveau président du Barça a confirmé que Cruyff avait eu un rôle fondamental lors de sa première victoire politique de 2003, n’oubliant pas de le remercier pour lui avoir "montré une philosophie de vie." Si elle peut apparemment s’exporter au-delà du football, la méthode Cruyff reste plus identifiable sur un terrain de football afin de cultiver le bonheur par la pensée collective.
Ce sentiment rend même accro au Barça, puisque d’anciens éléments de la Masia sont prêts à quitter leur club pour rejoindre le cocon familial en cas de rappel de la famille azulgrana. Récemment, le cas d’Eric Garcia, défenseur central de Manchester City formé à Barcelone et désireux de profiter de la fin de son contrat pour renouer avec son club de toujours, fait beaucoup parler dans ce sens-là. À commencer par Guardiola : "Durant la période de reprise post-confinement, il a été l’un de nos meilleurs défenseurs. Je ne l’ai jamais vu faire d’erreur. Il finira la saison avec nous, puis il rejoindra le FC Barcelone. C’est un joueur exceptionnel, qui rejoint un club exceptionnel." Sauf énorme retournement de situation, Garcia va donc suivre les traces de ses illustres aînés Alba, Piqué ou… Fàbregas. Parce qu’à Barcelone plus qu’ailleurs, l’histoire est un éternel recommencement.
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