Comment qualifieriez-vous la situation économique actuelle du FC Barcelone ?

Marc Ciria : C'est une situation économique grave. Les obligations à court terme, au moins de juin, s'élèvent à plus de 500 millions d'euros et le Barça n'a pas la capacité de générer d'ici là des revenus suffisants pour affronter ces obligations. Si on parlait d'une société normale, on serait au-devant d'une possible faillite. Mais vu qu’on parle du Barça - étant donné la valeur de marque qui est la sienne et sa capacité à négocier pour restructurer sa dette - je ne pense pas que ça se terminera de la sorte.

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1,173 milliard d'euros de dette : Comment le Barça a-t-il pu en arriver là ?
27/01/2021 À 23:04

Comment en sommes-nous arrivé là ?

M.C : Je pense que ça vient du départ de Neymar. En 2017, le Barça n'avait déjà plus de modèle sportif, de stratégie. Alors, à cause de la précipitation et dans le but d'occulter ce départ, se sont produit des transferts bien supérieurs à ce qu'ils valaient sur le marché. Et en plus, des prolongations et des accords salariaux bien supérieurs à ce que le club pouvait se permettre ont été signés. Des salaires 30% plus élevés par rapport aux équipes européennes de premier rang.

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Quel a été le rôle de la pandémie dans cette crise ?

M.C : La pandémie a été un accélérateur. Les dépenses étaient déjà au même niveau que les revenus. On peut le voir dans l'exercice comptable précédent avec l'échange entre Arthur et Pjanic. On voyait que si cet échange, qui est un maquillage comptable, ne se produisait pas, le Barça était en situation de perte. Le Covid a une responsabilité dans la perte de revenus mais pas dans le modèle de gestion économique du conseil d'administration de Bartomeu, qui à aucun moment n'était préparé à couvrir une quelconque éventualité. C'est comme n'importe quelle famille ou entreprise qui vit au jour le jour : dès qu'il faut aller chez le dentiste ou remplacer une machine, on ne peut pas le faire. Les dépenses du jour le jour étaient insoutenables.

Comment faut-il analyser la dette du Barça ? On entend parler de dette brute, nette, de dette à court terme…

M.C : Selon moi, il y a trois éléments importants. Quand on parle de 1200 millions de dette, il faut enlever la dette typique d'une institution. Ça, c'est une dette normale et gérable. Le problème du Barça, ce sont ces obligations qu'il a à moins d'un an et qu'il n'est pas capable d'affronter, faute de générer du cashflow. Là, il y a 600 millions qui arrivent à échéance en juin.

Ensuite, il y a la question des salaires. Le Barça a conclu un accord pour différer le paiement de 150 millions de salaires aux joueurs de l'équipe première sur les prochaines années, mais ce ne sera pas suffisant. Il va y avoir un problème d'amortissement qui sur les prochaines années sera de 500 millions, en plus de ces salaires qui ont été différés et non diminués. Pour que soit suffisant, le Barça devrait réduire en moyenne de 40% les salaires de l'équipe première. Il y a aussi les salaires des hauts fonctionnaires du club qui se sont envolés ces dernières années et qu'il va falloir réduire.

La dette nette est un piège comptable. Je prends toujours le même exemple. Si je vous dois 100 euros, mais qu'on m'en doit 20 et que je dis qu'en réalité je ne vous dois plus que 80 euros étant donné que je soustrais ces 20 euros à ce que je vous dois, ce n'est pas vrai. Ce que je vous dois, c'est 100 euros. La dette brute est la dette réelle du club.

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Lorsque le nouveau président arrivera à son bureau le 8 mars, quelle mesure économique devra-t-il prendre en premier ?

M.C : Pour moi, il y en a trois. La première, restructurer la dette à court terme et la reporter à long terme. Ces 600 millions, pour qu'ils soient gérables, il faut minimum les transformer en 60 millions annuels. Comment le ferais-je ? Le Barça a la chance d'avoir une valeur de marque que Forbes estime à quatre milliards de dollars. Et ensuite, le club a un patrimoine qui ne se situe pas en-dessous des deux milliards d'euros. Je parlerais avec les créanciers et avec ce patrimoine comme garantie, je passerais cet échéance de juin à une échéance à dans dix ou douze ans.

La deuxième chose, revoir les salaires des joueurs de l'équipe première et ceux des hauts fonctionnaires du club. Troisième, que la commission stratégique et économique du club contrôle les mesures économiques. Cette commission était composée de personnes de confiance du conseil d'administration précédent et cette fonction de contrôle et d'émissions de rapport, fussent-ils critiques, n'a pas été remplie.

Vous avez parlé d'une coupe de 40% dans les salaires des joueurs, mais est-ce réaliste ? Les joueurs ont des contrats en vigueur et ils ne voudront pas gagner moins…

M.C : C'est clair. C'est comme si je vous dis "aujourd'hui vous gagnez 100 mais demain vous gagnerez 60". Mais ce que je vous dis aussi c'est qu'il y a une législation couverte par le Covid. Le Barça est passé d'encaisser 1000 millions à en encaisser 600. Cela a un impact direct sur la capacité de paiement. Selon plusieurs juristes, il existe la possibilité d'appliquer une réduction unilatérale aux joueurs pour des causes objectives, fruit de la diminution des revenus, dû au Covid. Il y a une couverture légale pour cela.

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Une autre option, c'est de vendre des joueurs. Au vu de la situation économique des clubs européens, existe-t-il un marché pour de telles ventes ?

M.C : L'autre drame du Barça est que si vous regardez présentement comment sont valorisés les actifs dans le bilan et que vous le comparez avec ce que le marché vous donnerait réellement, vous avez un problème très important d'inadéquation, car vous avez surévalué vos actifs. Ce n'est pas seulement qu'il n'y a pas de marché pour ces joueurs, c'est que même si vous offrez certains joueurs, il y aura des clubs qui ne voudront pas payer les salaires que paie le Barça. Il va falloir essayer que ces joueurs acceptent de toucher moins d'argent qu'au Barça.

Enfin, une question dont on a beaucoup parlé à cause de la filtration de son contrat, c'est Messi. Messi est-il rentable pour le Barça ?

M.C : Messi rapporte plus qu'il ne coûte. Pour le Barça, Messi est un investissement. Pas un coût.

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Comment mesure-t-on cela ?

M.C : Nous avons fait plusieurs exercices. En stratégie et communication, l'une des parties qui est le plus affectée en temps de crise est le sponsoring. Les entreprises réduisent énormément le sponsoring pour les équipes professionnelles. Nous avons parlé à plusieurs compagnies de premier plan qui étudient la question et qui comprenaient parfaitement que si Rakuten et Beko n'avaient prolongé leur contrat avec le Barça que pour un an, c'était pour deux raisons : la pandémie et la possibilité que Messi s'en aille au 30 juin. On parle ici de 50% de la valeur du sponsoring. 50% de cette valeur dépend de la continuité de Messi.

Une autre chose, ce sont les ventes de maillots, qui représentent 6 à 7% des revenus du club. Huit maillots vendus sur dix portent le nom de Messi. Ensuite, l'hospitality, ces carrés VIP qui rapportent beaucoup d'argent au club [ndlr. en 2019, cela supposait un tiers des revenus liés à la billetterie]. C'est prouvé qu'entre 60 et 70% des gens qui viennent à Barcelone et utilisent l'hospitality viennent voir le Barça de Messi.

Enfin, le Barça le Barça a dans ses rangs le sportif avec le plus haut taux de réussite du monde : 0,8 but par match. 30% des buts du Barça sur les trois dernières années. Le fait que Messi joue en Liga fait qu'il y ait plus de revenus liés aux droits TV que s'il n'y jouait pas. Le Barça bénéficie de cet argent. Même chose pour les récompenses liées aux compétitions. Ce n'est pas seulement que Messi n'est pas cher pour le Barça, c'est qu'il est l'homme le plus important pour sortir de la crise économique actuelle. C'est le franchise player. Quand tu as un franchise player et que tu es capable d'unir les deux marques (la marque Barça et la marque Messi), ces deux marques gagnent en valeur.

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