Il y a de quoi froncer les sourcils. Depuis trois jours, la presse européenne semble unanime sur un départ de Ferran Torres, l'attaquant espagnol de Manchester City, vers le FC Barcelone. Les presses catalane et anglaise se rejoignent, le spécialiste mercato Fabrizio Romano l'a confirmé dans un de ses tweets quotidiens, et Pep Guardiola l'a même avoué en conférence de presse : le club blaugrana touche au but dans la finalisation de ce transfert. Le jeune attaquant de 21 ans devrait retourner dans son pays natal contre un montant de 55 millions d'euros + 10 de bonus, et Xavi aurait donc là sa première recrue de taille comme coach de Barcelone.
Une question vient naturellement en lumière de ces informations : comment un club comme le Barça, endetté à plus d'un milliard d'euros, peut-il se permettre le luxe de s'acheter un attaquant du prix de Ferran Torres ? Pour un club dont la dette est si bien documentée, et qui ne pouvait pas se permettre de prolonger Lionel Messi il y a six mois sans enfreindre les règles du fair-play financier de la Liga, il y a de quoi réellement se poser des questions.
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Un nouvel emprunt mais surtout un trompe l'oeil

En tentant d'y répondre, les premiers médias catalans ont d'abord souligné le nouvel emprunt réalisé en août dernier par le club catalan auprès de Goldman Sachs. Un emprunt de 595 millions d'euros, qui comme le relaie Ouest-France, visait surtout à réduire l'énorme déficit du club, tout en permettant d'émettre 70 millions d'euros de nouvelle dette.
Mais ça ne peut pas être tout. Même si la question du pourquoi du comment est complexe, la réponse est claire. En l'état actuel des choses, le FC Barcelone ne peut pas réaliser cette transaction et inscrire Ferran Torres sur la liste de joueurs de son effectif professionnel. La Liga espagnole, instance stricte sur le fair-play financier, ne le laisserait pas faire. Santi Gimenez, journaliste pour As et suiveur du Barça, est d'ailleurs particulièrement sceptique à ce sujet : "Je vais demander au CEO de Barcelone de me montrer les maths et m'expliquer comment il compte signer Ferran. Je conçois que le prêt puisse jouer, mais ce serait un ridicule grotesque que de signer Ferran Torres sans pouvoir l'inscrire sur les listes de joueurs".

Ferran Torres (Manchester City) sera-t-il réellement un joueur du FC Barcelone ?

Crédit: Getty Images

Car c'est bien ce qui guette le FC Barcelone. Ce qui fait office de trompe-l'œil pour l'instant ne peut pas durer, et jouer sur une temporisation avant d'inscrire Ferran ne tiendra qu'un temps. Si le nouveau président Joan Laporta tient tant à se démarquer de son prédécesseur Josep Maria Bartomeu en tenant des comptes plus stricts, il doit le faire au plus vite. Et des éléments peuvent l'y aider.

Un salaire "progressif" et un besoin de dégraisser

Tout d'abord, avec le départ de Messi à l'été et la retraite imprévue de Sergio Agüero suite à un problème cardiaque il y a quelques semaines, la masse salariale s'est allégée. Le "Kun" coûtait 5 millions d'euros par an au club blaugrana, et c'est une première économie pour le Barça, loin d'être suffisante. Il est également question au FC Barcelone d'envisager un transfert réglé en plusieurs tranches. Avec un contrat étalé sur cinq ans, le club catalan pourrait se donner un peu d'air en ne réglant qu'une partie réduite dans un premier temps. Le salaire touché par Ferran Torres est aussi annoncé comme "progressif" par plusieurs sources espagnoles, à la manière de ce que touchait Antoine Griezmann chez les catalans. Les six premiers mois de salaire de l'international espagnol pourraient donc être bien en-deçà de ses émoluments de Manchester City, en attendant une meilleure rémunération après la fin de la saison en cours.
Mais enfin et surtout, il faut pour Laporta et son administration réussir à dégraisser l'effectif actuel pour libérer de la place. En étant limité par la Ligue à dépenser au maximum 25% des économies réalisées, le Barça n'a pas d'autre choix que de réussir à vendre. Les gros salaires de son effectif comme Philippe Coutinho, Samuel Umtiti et Neto sont espérés sur le départ dès cet hiver, mais cela fait déjà plusieurs fenêtres de mercato que le club catalan n'a pas trouvé preneur. Mis à part les intouchables Gavi, Pedri et Ansu Fati, tous les autres joueurs sont donc susceptibles de partir dès cet hiver en cas d'offre satisfaisante, à commencer par Luuk et Frenkie de Jong, et surtout le Français Clément Lenglet.

"Pour Newcastle, on sera plus sur un mercato Coutinho - Lingard que Salah ou De Bruyne"

Dembélé et Dani Alves, deux problèmes, deux solutions

Le cas Ousmane Dembélé pose aussi question en interne. Le Français, acheté plus de 130 millions d'euros au Borussia Dortmund en 2017, arrive à terme de son contrat en juin prochain. S'il venait à partir, le club catalan serait dans l'obligation de verser les derniers paiements du transfert au club allemand, ce qui n'est toujours pas le cas actuellement. Les Blaugrana espèrent donc une prolongation du Français, à la baisse, pour gagner du temps supplémentaire, et de l'argent. Selon les dernières rumeurs catalanes, cette prolongation serait en bonne voie.

La prolongation d'Ousmane Dembélé pourrait rendre un service au FC Barcelone sur le plan financier

Crédit: Getty Images

A nouveau coach, nouveau départ ? La phrase semble presque trop belle pour le Barça, qui n'aura pas le droit à la moindre erreur s'il veut pouvoir réaliser l'arrivée de Torres. Si ce dernier venait à signer sans pouvoir être inscrit, le club se tournerait un peu plus en ridicule. Le journal As assure que Javier Tebas, le président de la Ligue espagnole, ne fera aucun cadeau aux Blaugrana, qui doivent se séparer d'encore beaucoup de masse salariale pendant la période des transferts. Car il est important de mentionner qu'il leur faut dégraisser aussi pour faire rentrer Dani Alves dans les clous. Le Brésilien, arrivé de Sao Paulo il y a quelques semaines, n'a toujours pas joué de match officiel avec le FC Barcelone, et n'est pas encore inscrit pour la seconde partie de la saison. Le Barça joue donc avec le feu sur cette opération Ferran Torres. La clé sera le fair-play financier, qui pourrait tout faire basculer. D'un côté ou de l'autre.

Dani Alves attend toujours de jouer son premier match officiel avec le Barça

Crédit: Twitter

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