Une météo estivale, une victoire facile face à Croix de Savoie (0-3) à Thonon-les-Bains. Ce 6 juillet 2007, pour un premier match amical, les Verts ont fait le boulot. Leur public, nombreux en Savoie, est satisfait. Julien Sablé, emblématique capitaine des Verts, est parti à Lens. Le brassard échoue autour du bras d'un gamin de 21 ans, Loïc Perrin. Et si ses débuts furent pleins de promesses, un certain scepticisme entoure le choix de Laurent Roussey alors que Jérémie Janot ou Vincent Hognon semblent épouser plus naturellement les contours du costume. Première rencontre avec le jeune homme après la rencontre, discours formel, grande maturité. Après tout, pourquoi pas. Le petit Perrin, alors milieu de terrain, semble avoir la tête sur les épaules et quelque chose en plus dans les guiboles. Et puis, c'est un gars du coin. Un symbole. Alors oui, pourquoi pas.

Treize ans plus tard, il retire enfin ce brassard. Oui, Laurent Roussey avait eu du flair. Loïc Perrin fut un grand capitaine, un excellent défenseur. Plus qu'un joueur de devoir. Plus qu'un joueur tout court d'ailleurs. Loïc Perrin, c'est une certaine idée du football. Avec 470 matches sous le maillot des Verts, il pointe au troisième des joueurs les plus capés de la riche histoire des Verts. Devant lui, René Domingo et Robert Herbin, deux icônes d'un autre âge, d'une autre époque. Sa fidélité surannée et anachronique avec son club de toujours le place dans une catégorie qu'ils ne sont plus très nombreux à fréquenter.

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L'homme et l'âme des Verts : Perrin annonce la fin de sa carrière
30/07/2020 À 16:03

Loïc Perrin

Crédit: Getty Images

Ne pas réduire sa carrière à sa loyauté

Mais réduire sa carrière à sa loyauté envers son club de toujours, c'est passer à côté de l'essentiel. Perrin n'en prenait pas ombrage, parce qu'il est un homme bien élevé et qu'il en faut beaucoup pour le faire sortir de ses gonds, mais il n'aime pas être considéré comme un symbole. Question de pudeur. Trop souvent, il fut érigé comme l'emblème du peuple vert mais il incarne aussi, et surtout, la renaissance de l'ASSE et leurs ambitions retrouvées après des années de souffrance à l'ombre de leur encombrante légende.

Loïc Perrin est d'abord et avant tout le meilleur joueur des Verts du XXIe siècle. Loïc Perrin est aussi le défenseur le plus régulier de la Ligue 1 des années 2010 derrière Thiago Silva. Et au sommet de sa carrière entre 2012 et 2017, quand son corps le laissait tranquille et qu'il enfilait les buts comme les perles (30 tout de même), il pouvait regarder dans le blanc des yeux chaque attaquant du championnat. Au terme de la saison 2013/2014, sa meilleure, il fut même le défenseur le plus complet d'Europe, en tête dans quelques catégories statistiques (duels gagnés, dégagement de la tête, but de la tête). Il n'a jamais été le plus grand, le plus costaud, le plus rapide. Mais sans doute le plus malin avec une science du placement et de l'anticipation sans égal.

Loïc Perrin, capitaine de l'ASSE

Crédit: Getty Images

Un talent que l'ASSE n'aurait jamais pu retenir si…

Il s'est contenté du vert mais il aurait pu (dû ?) filer à Arsenal très jeune après avoir séduit Gilles Grimandi, le scout londonien. Son genou l'a lâché deux fois dans une même année (2006), au mauvais moment, et entouré son avenir d'un épais doute. Tant pis pour les Gunners, tant mieux pour l'ASSE qui profitera d'un talent qu'elle n'aurait jamais pu retenir si sa santé n'avait pas flanché, d'abord, et s'il n'était pas profondément attaché à sa ville, ensuite.

Réserviste pour la Coupe du monde 2014, appelé quelques fois à Clairefontaine, il ne connaîtra aucune sélection. Sans doute le regret majeur d'une carrière qui aurait mérité d'être couronnée par une cape en Bleu. Une carrière qui réclamait, aussi, une autre sortie. Ce tacle mal maîtrisé sur Kylian Mbappé en finale de Coupe de France rappelle que la fin fut moins glorieuse. Que ses jambes usées par le temps et les blessures lui ont joué quelques mauvais tours depuis quelques mois déjà.

Le défenseur qui avait toujours un temps d'avance accusait désormais quelques temps de retard. Comme sur Mbappé. Mais le procès en mauvaises intentions qui s'en est suivi est profondément injuste. Deux expulsions en 470 matches, jamais un mot plus haut que l'autre, son intégrité reste difficilement contestable. La fin en queue de poisson ne doit pas faire oublier le reste. Il n'y a pas que les trophées dans une carrière. Celle de Perrin fut atypique. Atypique et remarquable parce qu'unique.

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