Economie - "Il ne faut pas que le fonds de sécurité imaginé par Lopez constitue une fuite en avant"

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LIGUE 1 – Dans les colonnes de L’Equipe mardi, Gérard Lopez a expliqué essayer de chercher un prêt de 300 à 500 millions d’euros afin de créer un "trésor de guerre", à savoir un fonds de sécurité pour les clubs de Ligue 1 pour survivre à des crises d’ampleur similaire à celle causée par le Covid-19. Deux économistes du sport, Christophe Lepetit et Luc Arrondel, se penchent sur la solution.

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Aux grands maux, les grands remèdes. La crise actuelle traversée par le football français ne peut être considérée comme une simple secousse. Elle risque bien de traumatiser durablement certains clubs, dont les trésoreries semblent d’ailleurs déjà se tarir. Alors, pour éviter la banqueroute, certains clubs s’activent en coulisses. Mardi, dans L’Equipe, Gérard Lopez a avoué être à la recherche d’un prêt de 300 à 500 millions d’euros pour créer un fonds de sécurité, et ainsi aider les clubs à se renflouer face à de telles crises.
Une solution qui pourrait permettre à certains de limiter la casse même si l’initiative n’a pas encore été validée par la Ligue et reste purement théorique. Alors, que penser de cette solution ? Christophe Lepetit, responsable des études économiques du CDES de Limoges, et Luc Arrondel, directeur de recherche au CNRS, répondent.
A première vue, que penser de la solution prônée par le président Lopez ?
Christophe Lepetit : Dans l’absolu, réfléchir à un système qui permet au football français dans son ensemble d’absorber une crise majeure telle que celle que l’on traverse, est plutôt louable. Il y a un enjeu majeur aujourd’hui pour les clubs : la gestion de trésorerie. Lopez nomme ça un "trésor de guerre" mais appelons ça plutôt un fond ou une ligne de crédit ouverte pour anticiper d’autres crises, c’est une bonne chose.
Luc Arrondel : Oui, c’est une bonne initiative car il faut vraiment faire quelque chose. Il faut insister sur ça : les clubs vont avoir un gros problème de trésorerie. Donc il va falloir relancer la machine et aider les clubs. Donc, ce qui est sûr, c’est qu’il faut aider les clubs de surmonter cette crise.
Et dans le détail ?
L.A : On se projette beaucoup mais le problème, c’est de savoir comment les choses vont évoluer aussi. Tous les secteurs de l’économie, des sponsors aux droits TV, vont souffrir. Donc on est encore suspendus à ça.
C.L : Moi, ce qui me surprend, c’est que cette initiative soit pilotée de manière indépendante des instances et de la LFP. Ça me paraitrait plus logique que ce groupe de travail émane de la LFP et puisse justement travailler au nom du football français dans son ensemble. Pour moi, cela ouvre la porte à toutes les suppositions et ainsi mettre en cause l’objectif poursuivi qui est louable au départ.
Ce n’est pas paradoxal de s’endenter encore plus ? Une fuite en avant ?
C.L : Il ne faut pas qu’une telle ligne de crédit constitue une fuite en avant, c’est-à-dire qu’après la crise, ça se traduise pas un endettement généralisé. Ce que je comprends, c’est que ce fonds serait souscrit par la Ligue. Dans l’absolu, tant que le fonds n’est pas utilisé, c’est plutôt la Ligue qui supporte les frais. Par contre, effectivement, si les clubs peuvent piocher dans ce fond-là, il y a un risque de surendettement.
L.A : Si c’est temporaire, il n’y a pas de problème pour moi. C’est une façon de lisser les recettes dans le temps, donc ce n’est pas une mauvaise idée. La question, c’est aussi de savoir pourquoi la Ligue n’y a pas pensé avant. Ce sont des idées qui circulent depuis longtemps. Sur les dix dernières années, en moyenne, le budget global de la L1 était de 1,5 milliard d’euros par an, un peu plus ces dernières années. Prendre 1% de cette somme tous les ans sur dix ans, ça permet déjà d’avoir un joli matelas.
Il peut aussi y avoir des dérives, non ?
C.L : Oui, ça c’est clair : il ne faut pas que ça serve à autre chose que passer une crise très exceptionnelle. C’est pour ça que c’est à la Ligue qui doit mener cette réflexion. Il faut fixer des garde-fous très précis sur l’utilisation de cette ligne de crédit. Elle ne doit pas servir à financer une activité de transfert ou autres envies diverses et variées. Malheureusement, ça peut être une envie de certains clubs, dont celui de Monsieur Lopez qui mène ce projet.
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