Ligue 1
Ils sont dans l'ombre mais font vivre les clubs : Bessong, l'or vert du Roudourou entre ses mains
10/08/2020 À 20:39

Juché dans les gradins durant un match, aux commandes d'un drone et derrière une caméra durant un entraînement ou devant son écran le reste de la semaine, l'analyste vidéo est rarement dans la lumière. Pourtant, son travail est devenu, au fil des années, de plus en plus important au sein des effectifs professionnels en France. Aujourd'hui, la quasi-totalité des clubs de football possèdent, dans leur staff, au moins un analyste vidéo. Malgré cela, l'image du simple technicien, chargé de faire différents montages vidéos demandés par le staff, lui colle encore trop souvent à la peau.

"C'est vrai qu'en France, aux yeux du grand public on est souvent perçu comme des personnes filmant juste les matches," explique Maxime Flamand, analyste vidéo du Stade Brestois depuis l'été 2019. "Mais on n'est pas seulement là pour ça. On est là pour apporter une expertise. On est un œil supplémentaire au service du staff technique," poursuit celui arrivé à Brest dans les bagages du coach Olivier Dall'Oglio. Le constat est le même pour Robin Freneau, l'un des deux analystes vidéo en poste au FC Nantes. "Plutôt qu'analyste vidéo, on aime s'appeler 'analyste du jeu', explique-t-il. Car on est là vraiment pour analyser le jeu. Avoir les compétences techniques pour le faire c'est mieux. Mais le ressenti, l'œil, c'est encore plus important. C'est même primordial", décrit-il.

Un manque de légitimité ?

"De toute manière, le rôle de l'analyste va dépendre vraiment de l'entraîneur", reprend Maxime Flamand, qui exerce ce métier depuis maintenant 10 ans. "Certains coachs vont se servir de l'analyste comme d'un simple monteur vidéo. D'autres, au contraire, vont s'en servir comme d'un œil supplémentaire pour analyser le jeu de son équipe et de ses adversaires. Mais aujourd'hui, dans un club, l'analyste vidéo est la personne qui regarde le plus de matches. C'est dommage de ne pas se servir de ça et de ne pas l'impliquer dans l'analyse du jeu."

Maxime Flamand (à droite), analyste vidéo du Stade Brestois, aux côtés d'Olivier Dall'Oglio et de ses adjoints

Crédit: DR

D'où vient alors cette réticence, fréquente chez les entraîneurs, de considérer l'analyste vidéo comme un membre à part entière de son staff technique ? Le Brestois de 31 ans a son idée sur la question : "Très souvent, les analystes vidéos n'ont jamais été joueur pro. Par conséquent, les entraîneurs estiment qu'ils ne sont pas légitimes pour donner leur avis sur tel ou tel sujet. C'est vrai que quand on débute, on n'a pas l'œil, on ne comprend pas bien le jeu. Mais je peux vous dire que même sans avoir été professionnel, au bout de deux ou trois ans de métier, quand on a vu plus de 400 matches par saisons, notre œil s'aiguise, " défend-t-il. Un œil qui s'habitue aux questionnements techniques et tactiques et une analyse qui devient, au fil du temps, de plus en plus poussée.

C'est un vrai métier de passion, il ne faut pas compter ses heures

Au quotidien, le travail de l'analyste est multiple. "C'est un vrai métier de passion, il ne faut pas compter ses heures," raconte Aurélien Dubearn, analyste vidéo au TFC depuis 8 ans. "Notre travail peut se résumer en trois phases. La première, c'est la préparation du match à venir et l'analyse de l'adversaire," détaille le Toulousain de 31 ans. "Ce travail là on essaye de le faire avec une semaine d'avance pour que le coach ait un maximum d'éléments pour préparer sa semaine de travail et la rencontre à venir. Ensuite, la deuxième phase de notre travail concerne nos entraînements. On filme certaines de nos séances avec une caméra ou avec un drone. Enfin la dernière partie de notre travail s'effectue après le match, où on va étudier notre équipe. Systématiquement, on traite notre match et on le code en temps réel. Ҫa nous permet très vite de pouvoir donner au coach le match découpé avec toutes les situations, qu'elles soient positives ou négatives."

Un rôle crucial, même durant la rencontre

Pendant un match aussi, l'analyste vidéo est amené à donner certaines informations au staff technique. Des informations qui peuvent jouer un rôle crucial sur le déroulement de la rencontre. "Nous, durant le match, on se positionne en tribune et on reste en lien avec le banc de touche," raconte Kevin David, arrivé en 2016 au FC Nantes. "Pendant la rencontre, le staff peut nous demander différentes choses : revoir ou visualiser des situations, un mauvais placement régulier qui se répète, un marquage oublié sur coup de pied arrêté ou même un fait de jeu sur lequel le staff a des doutes". De quoi aider, en quasi direct, le coach et tout son staff technique. "Aujourd'hui, le rôle d'un analyste vidéo, c'est tout simplement de faciliter la tâche du staff," synthétise Kévin David. Et "de réduire les incertitudes au maximum," complète Aurélien Dubearn, l'analyste toulousain.

L'analyste doit être une éponge

Ce lien avec le staff technique et l'entraîneur est aujourd'hui primordial et conditionne le travail de l'analyste vidéo. "Chaque coach a sa méthodologie de travail," ajoute Aurélien Dubearn, qui a connu pas moins de six coachs différents depuis son arrivée dans la Ville rose. "C'est parfois dur de remettre en question nos habitudes à chaque changement d'entraîneur, c'est vrai que ça peut être perturbant. Mais ça fait partie du métier. On doit sans cesse s'adapter ".

Aurélien Dubearn, analyste vidéo du TFC, sur son lieu de travail

Crédit: DR

"Quand un nouveau coach arrive, l'analyste doit être une éponge. Il doit s'imprégner de ses convictions, de sa vision du foot pour devenir un relais pour lui, pour être ses yeux," estime Kevin David. "Dans un stade, vous avez 35 000 personnes, chacun voit le match différemment. C'est pareil pour les coachs, chacun a sa manière de voir le football. Mais peu importe le staff technique avec lequel tu travailles, l'objectif est toujours le même : c'est de rendre l'équipe la plus performante possible au moment du match. C'est ça qui nous lie, nous, analyste vidéo, avec le coach," conclut l'analyste nantais.

La particularité Pascal Dupraz

Si chaque entraîneur possède sa méthode et ses propres desiderata vis-à-vis de son analyste vidéo, certaines demandes peuvent parfois sortir de l'ordinaire. Aurélien Dubearn en a fait l'expérience lors du passage de Pascal Dupraz sur le banc du TFC entre mars 2016 et janvier 2018. "On faisait beaucoup de montage motivationnel. C'était des petits montages, souvent avec de la musique, pour faire du bien mentalement aux joueurs. Ca permettait au coach de mettre un électrochoc aux joueurs avant une rencontre," se souvient l'analyste toulousain. Immortalisé lors d'un documentaire de Canal + autour du maintien des Violets parmi l'élite à l'issue de la saison 2015-2016, ces montages vidéos sont rentrés dans la légende du coach Dupraz, meneur d'hommes hors pair. "C'était des vidéos que j'aimais beaucoup faire, mais qui n'avaient rien à voir avec l'analyse vidéo à proprement parler."

Un lien analyste-entraîneur très important

Dans ce lien entre l'analyste vidéo et son entraîneur, Maxime Flamand va même plus loin : "Un analyste doit s'adapter à la vision du football de l'entraîneur. Il faut qu'il arrive à comprendre ses besoins, sa vision du jeu, ce qu'il veut mettre en place." Une relation de symbiose entre l'analyste et son entraîneur qu'entretiennent depuis presque 10 ans Maxime Flamand et Olivier Dall'Oglio. Après avoir travaillé avec lui pendant sept ans du côté de Dijon, l'entraîneur de 55 ans a décidé, à l'été 2019, lors de sa signature sur le banc du Stade Brestois, de proposer à son analyste vidéo de le rejoindre. Pour le plus grand bonheur de Maxime Flamand. "J'aime sa façon de voir le foot. Je sais ce qu'il veut, j'ai pas besoin de lui parler des heures pour le comprendre. C'est un coach qui est très ouvert, qui est à l'écoute. Et tout va plus vite quand on connaît bien son entraîneur".

A l'étranger, il est de coutume qu'un coach se déplace, lors de sa signature dans un nouveau club, avec plusieurs membres de son staff technique, analyste vidéo inclus. Ce n'est pas encore le cas en France. Que ce soit Robert Moreno, arrivé sur le banc de l'AS Monaco en décembre 2019, André Villas-Boas à l'OM ou Thomas Tuchel au PSG, tous ces coachs ont ramené, en France, un analyste vidéo dans leurs valises. "En France, il n'y a pas cette culture. Très souvent, l'analyste vidéo fait partie d'un club mais ne bouge pas avec son entraîneur, regrette Maxime Flamand. Moi je l'ai fait avec Olivier, mais c'est très rare".

"La France a entre six et dix ans de retard sur des pays comme l'Angleterre, l'Espagne ou l'Allemagne," s'émeut l'analyste brestois. "Notamment sur la vision des dirigeants du football pour notre métier. Dans beaucoup de clubs, l'analyste vidéo est loin d'être une priorité". "En Angleterre, c'est ancré depuis longtemps dans leur culture. Il y a un vrai cheminement autour de l'analyse vidéo et de la data. Les écuries anglaises ont souvent quatre ou cinq analystes vidéos dans leur staff," appuie Aurélien Dubearn.

Les coachs se servaient des magnétoscopes, c'était les prémices de notre métier

"C'est un autre monde, on ne peut pas comparer notre Ligue 1 avec la Premier League," modère Kevin David. "Il y a la question financière qui rentre en ligne de compte. Ils ont des outils très puissants et très poussés. Et tout ça depuis bien plus longtemps que nous". Son collègue du FC Nantes, Robin Freneau, en a fait l'expérience lors d'un match de préparation disputé par les Canaries à Brighton. "En allant là-bas, on s'est rendu compte à quel point l'analyste vidéo était beaucoup plus en avance. Cela est utilisé dès le centre de formation. Ils sont beaucoup plus nombreux, souvent répartis en pôle. Là-bas, le métier a pris beaucoup plus d'ampleur que chez nous".

Le métier d'analyste vidéo est un métier en constante évolution

Crédit: Getty Images

Mais depuis une dizaine d'année, la France refait petit à petit son retard. Des formations universitaires, à Montpellier et à Rouen, préparent aujourd'hui à ce métier d'analyste vidéo. La Fédération française de football a également mis en place une certification. "Il y a 20 ou 30 ans, les coachs faisaient eux-mêmes de la vidéo avec des magnétoscopes. C'était les prémices," s'amuse Aurélien Dubearn." "Quand j'ai commencé, on était entre cinq et dix à exercer ce métier dans l'Hexagone. Aujourd'hui, on est plus de quarante. Ça évolue très vite. Que ce soit d'un point de vue technologie, data ou logiciels, c'est un métier qui est, de toute manière, en constante évolution," décrypte Maxime Flamand.

Un effet de mode ?

"Sur les trois dernières années, je pense que la France a refait pas mal son retard sur les autres championnats européens, juge pour sa part Robin Freneau. On se développe très rapidement et aujourd'hui c'est monnaie courante, comme chez nous à Nantes, de voir deux analystes dans un club pro." "C'est aussi un effet de mode, admet quant à lui Maxime Flamand. Il y a 10 ans, tout ce qui tournait autour de la préparation physique était en vogue. Aujourd'hui, c'est l'analyse vidéo".

Un intérêt justifié pour cette discipline qui ne cesse d'évoluer ? "Oui, selon moi c'est une discipline qui est devenue indispensable car elle est en lien direct avec la performance. L'analyse vidéo permet clairement de franchir un palier," soutient Aurélien Dubearn. Même son de cloche du côté de Robin Freneau : "Je ne vois pas aujourd'hui, quand on veut performer et être meilleur, comment on peut s'en passer. C'est devenu trop important."

"Et puis, de toute manière, c'est amené encore à prendre de l'importance, poursuit Aurélie Dubearn. C'est aussi une question de génération. Les jeunes joueurs et coachs sont habitués depuis tout petit à travailler avec toutes ces données". Une génération qui devrait, dans les années à venir, justifier encore un peu plus cet intérêt pour une discipline devenue, ces dernières années, un acteur majeur du football français.

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