Il paraît que l'amour dure trois ans. A l'aube de la saison 2017/2018, Lyon couve trois talents offensifs, trois individualités pleines de promesses, trois références dans leur catégorie d'âge, trois jeunes de 16, 17 et 18 ans qui incarnent, pense-t-on alors, l'avenir de l'OL : Willem Geubbels, Amine Gouiri et Myziane Maolida. Trois ans plus tard, il n'en reste plus un seul. La lune de miel a viré au fiasco. Aucun d'entre eux n'a réussi à s'inviter durablement dans la rotation des septuples champions de France qui a fini par s'en séparer par choix ou contraint et forcé. Chaque départ a soulevé interrogations et regrets chez les habitués du Groupama Stadium.

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Mais Lyon a rempli ses caisses : 37 millions d'euros pour un trio qui n'a pour le moment rien prouver au plus haut niveau. Est-ce que Lyon a fait une affaire ? Est-ce que l'OL a complètement perdu la tête en manquant de patience ? Et ces trois transferts signifient-ils qu'il n'y a plus de place pour la formation lyonnaise chez les pros de l'OL ? L'OL et ses attaquants, c'est d'abord un héritage, un savoir-faire : Bernard Lacombe, Ludovic Giuly, Hatem Ben Arfa, Alassane Pléa, Fleury Di Nallo, Anthony Martial, Nabil Fekir, Alexandre Lacazette et bien sûr, Karim Benzema.

Lacazette et Fekir (OL)

Crédit: AFP

Lyon sort des attaquants internationaux à la pelle. Une tradition qui nourrit les espoirs autour de ceux qui fréquentent le centre de formation. Geubbels, Maolida et Gouiri ont incarné, malgré eux, cette filiation parce qu'aujourd'hui, tout va plus vite. Leur réputation flatteuse précédait leur début chez les professionnels. Et, au fond, peu importe qu'ils n'aient jamais percé à l'OL, les promesses semées chez les jeunes à Lyon et en sélection couplées au savoir-faire lyonnais les ont très vite, sans doute trop, érigés comme les successeurs de cette glorieuse lignée.

Trauma Martial et fantasme du nouveau Benzema

Voilà pourquoi chacun de leur départ a été vécu comme un douloureux épisode par les supporters de l'OL biberonnés aux exploits d'attaquants made in OL. Le traumatisme de 2013 n'a rien arrangé. Cet été-là pour sauver ses comptes, Lyon vend Anthony Martial pour cinq petits millions d'euros à Monaco. Il sera revendu pour dix fois plus cher (plus 30 millions de bonus) deux ans plus tard, deviendra international et incontournable en Premier League. Voilà ce qu'ont ravivé les ventes de Geubbels et Maolida en 2018, et celle de Gouiri aujourd'hui. Entre le trauma Martial et le fantasme du nouveau Benzema, chacune des ventes fut un crève-cœur. Parce qu'à Lyon, plus qu'ailleurs, le public a besoin de s'identifier à son équipe, de se retrouver dans ses jeunes Gones.

Alors l'OL a-t-il perdu la tête ? "L'OL n'est pas forcément en cause, nous confie Frédéric Guerra, agent historique de nombreux Lyonnais du cru (Grenier, Balmont, Gonalons entre autres). On observe désormais de plus en plus d'impatience chez ses jeunes et leur entourage. Ils veulent une place dans le onze de plus en plus tôt et Lyon ne peut pas toujours leur offrir." Dès ses 16 ans, Geubbels a voulu quitter Lyon et lui a préféré le projet monégasque. L'OL s'est aussi heurté à un phénomène nouveau : un marché des très jeunes agressifs. Monaco a acheté une promesse avec l'espoir d'en tirer une énorme plus-value. Refaire une culbute façon Martial en quelque sorte.

Willem Geubbels avec Monaco, 2018

Crédit: Getty Images

L'exception Aouar

Philippe Lamboley, agent de Martial et… Maolida, a une lecture bien différente. Pour lui, Lyon a sa part de responsabilité dans le départ de ses meilleurs éléments : "Lyon a recruté Terrier et même Cornet plutôt que de développer Maolida, analyse-t-il. Le joueur a besoin d'un projet pour avancer, se sentir bien." Ce qui est certain, c'est que l'espace s'est réduit pour les jeunes à Lyon. "L'OL a sorti une grande génération avec Umtiti, Lacazette, Fekir, Tolisso parce qu'il n'avait pas le choix : il fallait financer le stade, nous indique un fin connaisseur du microcosme lyonnais. Aujourd'hui, Lyon a rempli les caisses et les mêmes n'auraient pas percé dans l'effectif professionnel."

Gouiri, Caqueret et Cherki sur le banc de touche de l'OL

Crédit: Getty Images

Houssem Aouar, Rayan Cherki et Maxence Caqueret sont aujourd'hui les seuls représentants de l'excellence de la formation lyonnaise dans le groupe professionnel. Si Aouar est absolument indiscutable, Cherki, malgré des prestations souvent séduisantes, n'a joué que 6 matches de L1 et 15 minutes en C1 et Caqueret, entré dans le groupe pro à l'été 2018, n'a joué que 9 matches cette saison et a vu la concurrence s'affermir avec l'arrivée de Bruno Guimaraes. Un seul titulaire, en plus d'Anthony Lopes au club depuis bien plus longtemps : c'est peu pour le meilleur centre de formation de France. "Bien sûr que les rapports ont changé entre le groupe professionnel et les jeunes, note Gérard Bonneau, ancien patron du recrutement des jeunes Lyonnais. Avant les entraîneurs connaissaient les jeunes de 16, 17 ans. Aujourd'hui, Rudi Garcia ne va pas les voir s'entrainer. Le centre de formation est très éloigné géographiquement du lieu d'entrainement des pros."

Du fantasme… à la réalité

Lyon s'est aussi lancé dans le business lucratif de la post-formation qui a permis de signer des affaires en or avec comme meilleurs exemples les reventes de Tanguy Ndombele et Ferland Mendy l'an passé. Les arrivées de Maxwell Cornet (Metz), Martin Terrier (Lille), Jean-Philippe Mateta (Châteauroux) ou, plus récemment, de Tino Kadewere (Le Havre), ont ainsi pu boucher l'avenir des trois hommes qui nous intéressent. A un autre poste, celui de défenseur, Pierre Kalulu, grand espoir du centre, a fini par aller voir ailleurs lui aussi faute de temps de jeu et face à la concurrence au poste d'arrière droit (Dubois, Tete, Rafael).

Mais l'antériorité dont nous disposons sur les opérations Maolida et Geubbels tend à prouver que l'OL ne s'est pour le moment pas trompé. Les deux hommes ont été vendus pour 30 millions d'euros en 2018. En deux ans, le premier a joué 28 matches pour deux buts avec Nice, le second s'est contenté de 8 minutes en Ligue 1. S'ils n'ont pas été épargnés par les blessures, si leur jeune âge ne les condamne à rien, la mise en route est poussive et c'est pour le moment Lyon qui touche le jackpot. Une situation qui rappelle qu'il ne suffit pas d'être attaquant formé à l'OL pour réussir. Les carrières de Yanis Taffer et Farès Bahlouli, qui ont eux-aussi soulevé de grands espoirs, sont de vrais contre-exemples. Du fantasme à la réalité, l'écart est parfois immense.

Myziane Maolida, entouré de Jean-Pierre Rivère et Patrick Vieira - OGC Nice

Crédit: Other Agency

Gouiri, un "crack" comme Pléa

La question du niveau réel du trio doit être posée : Geubbels, Maolida et Gouiri n'ont-ils pas été survendus ? "A mon avis, on n'entendra pas parler de Geubbels au très haut niveau", tranche Guerra. "S'il y a un crack, c'est Gouiri, continue Bonneau. C'est lui qui empile les buts, c'est lui qui a le profil le plus précieux. C'est le seul qui a des références au moment de son départ. Mais à mon avis, il s'est blessé au plus mauvais moment." A l'été 2018, une rupture des ligaments croisés du genou gauche le stoppe dans sa progression. Depuis, Lyon a misé sur Toko-Ekambi, entre autres.

"Le cas de Gouiri, le plus talentueux des trois, me rappelle celui de Pléa dont je gérais les intérêts à l'époque, continue Guerra. Il n'avait plus l'espace pour progresser à l'OL. Et, comme Gouiri, il allait s'ennuyer en réserve et il fallait s'inscrire dans un projet nouveau. L'OL n'a pas de regret à avoir parce que s'il ne part pas, Plea ne devient jamais international. C'est pareil pour Gouiri. Et puis, Lyon garde un gros pourcentage à la revente comme dans le dossier Martial qui lui a permis de retomber un peu sur ses pattes. Croyez-moi, l'OL se trompe rarement. Ses dirigeants ont le nez creux. Quand ils ont un crack monumental, comme Karim Benzema, ils savent le conserver et lui faire de la place…"

FOOTBALL 2013 Lyon - Pléa

Crédit: Panoramic

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