Pression hors-norme et peur de l'échec : Des minots de l'OM racontent la difficulté de s'imposer

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LIGUE 1 - Être minot, c’est encore autre chose que d’être professionnel. C’est en tout cas ce que nous ont expliqué Baptiste Aloé, Pape M’Bow et Julien Fabri, tous formés à l’OM et rattrapés à un moment donné par cette folie marseillaise. Parfois, c’est pour les bonnes raisons. Mais pas toujours…

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Le cliché est tenace. Mais, comme tout poncif, il possède un caractère véridique. A Marseille, rien n’est normal. Demandez aux Bleus s’ils n’ont pas gardé en mémoire le vacarme magnifique de la demi-finale de l’Euro 2016. Dans un Vélodrome en fusion, les Tricolores avaient su dompter la pression pour se qualifier en finale. Mais c’était Griezmann et consorts. Ils en avaient vu d’autres.
Imaginez un peu que la liesse se transforme en sifflets. Et que ces derniers soient adressés à un gamin qui débute dans la vie professionnelle. Vous saisirez alors le défi qui se présente aux minots Marseillais. Parce qu’ils charrient avec eux des espoirs souvent démesurés, ces derniers sont exposés à une pression hors-norme. Voici trois histoires de minots qui ont dû s’accommoder de cet environnement décidément bien bruyant.

Baptiste Aloé, de 2003 à 2015 au club – 15 matches avec les pros

Il y a un contexte autour de Marseille qui est très particulier. Je me souviens d’un entraînement à guichets fermés… Cette ferveur, on ne la retrouve nulle part ailleurs, je pense. Donc il faut être prêt rapidement. Or quand on est jeune, on fait forcément des erreurs… Quand on vient de la région, c’est forcément différent. Il y a presque un cursus. On va d’abord au stade avec ses parents. Ensuite, on peut être ramasseur de balle où on est derrière les joueurs et on découvre vraiment l’ambiance du Vélodrome. Et là, on se dit qu’on a envie de vivre ça en tant qu’acteur.
J’ai deux souvenirs. Le premier c’est OM-PSG en 2014-2015 où Gignac met un doublé pour permettre de faire 2-2 et le stade était impressionnant ce jour-là. Mais vraiment impressionnant. Ils avaient fait le tifo sur tout le stade. J’étais remplaçant et je me souviens m’être dit : ‘c’est fou ce qu’il se passe aujourd’hui’.
Le deuxième, c’est mon erreur contre Reims. Je rentre à la 80e minute, je fais une erreur et on fait 2-2. Je me souviens que le lendemain, j’avais pas envie de sortir de chez moi, je ne voulais rien faire. Je savais que c’était ma faute et à Marseille, on est dur avec ça…

Pape Daouda M'Bow, de 2006 à 2009 au club - 12 matches avec les pros

Pour moi, c’est déjà plus dur de signer pro à Marseille qu’ailleurs. Mais c’est même plus difficile de jouer à Marseille qu’à Paris. Il y a tellement plus de pression, beaucoup moins de patience. Moi j’ai eu de la chance mais dites-vous qu’on est arrivé à 17 Sénégalais. Je suis le seul à être sorti.
Même sur les catégories inférieures, rien n’est normal. Arrivé chez les pros, c’est encore accentué. Je me souviens de mon premier match de D1. C’était à Rennes, on avait pris un carton rouge donc Eric Gerets m’avait fait entrer. On a perdu. Après, en allant vers le bus, je me suis fait insulter comme pas possible. Je n’avais rien fait pourtant. Mais en m’asseyant dans le bus, je me suis vraiment demandé : ‘est-ce que je vais vraiment réussir à faire une carrière ? Si c’est ça le football, ça va être trop dur‘.

Julien Fabri – de 2005 à 2015 au club

C’est sûr qu’on voit rapidement qu’il y a énormément d’attente. En sortant du centre du formation, si on est amené à jouer avec l’équipe première, on sent que l’on n’a pas trop trop le droit à l’erreur. Il faut être bon, tout simplement. C’est pareil partout mais c’est un peu plus vrai à l’OM. Je suis Marseillais, je suis comme ça aussi… Les gens se mettent en sang pour l’OM, pour certains ça fait partie de leur vie. On sent qu’ils sont contents de voir un jeune du centre mais, quand même, il faut qu’il fasse l’affaire. Il y a cette pression incroyable qu’il n‘y a pas ailleurs.
Quand on est avec le groupe professionnel, on sent que les joueurs pro sont mis sous pression des résultats. Moi, je me souviens d’un match en particulier. Je devais avoir une vingtaine d’années, sûrement moins même, je suis sur le banc contre Lille. C’est Steve Mandanda qui joue mais il est sous infiltrations. Sur le premier ballon aérien, il attrape le ballon, il tombe et demande le changement. J’ai 18 ans et on me dit ‘va t’échauffer’. Je me lève du banc, je vois le Vélodrome… Je sens la pression qui monte, surtout ici. Quand je vois Mandanda qui se relève, je me rassois sur le banc mais j’avais eu un petit coup de chaud (rires).
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