C'est un peu son antienne du moment. Thomas Tuchel le répète à l'envi : le manque de préparation pèse de tout son poids sur le PSG dans cet exercice atypique. Et va se payer cash à ses yeux. "On va tuer les joueurs", s'est encore agacé le technicien allemand la semaine passée. "Il y a une corrélation entre préparation et performance. Les meilleurs joueurs doivent jouer pendant la trêve, ils ont des voyages et pour moi c'est trop. On n'a pas de phase de repos. Sans préparation, tout est fragile". Un constat aussi cinglant qu'inquiétant. Mais est-ce une excuse parmi tant d'autres pour justifier le niveau pas forcément rassurant de son équipe ? Ou est-ce vraiment le cas, pour le PSG mais aussi d'autres équipes ?

Un constat d'abord : la répétition des blessures à Paris depuis quelques semaines (Bernat, Verratti, Icardi, Neymar, Draxler…) laisse penser que ce n'est pas un hasard. Tout comme la sortie de Pep Guardiola, qui a évoqué la semaine passée "47% de blessures musculaires supplémentaires en Premier League par rapport à la même époque l'an passé". Pour Nicolas Dyon - préparateur physique -. cela ne fait d'ailleurs aucun doute : le manque de préparation y est pour beaucoup. "Pour des équipes de ce calibre avec autant d'internationaux, rater, mal planifier ou ne pas travailler qualitativement en préparation, c'est un drame que l'on traîne après", estime celui qui est passé par de nombreux clubs de l'élite comme Saint-Etienne, Nice, Rennes ou les Grasshopers Zurich.

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Le coup de gueule de Tuchel sur le calendrier : "On va tuer les joueurs"

A la sortie du confinement, le PSG n'avait pas la tête à la L1

En clair, cette saison 2020-21, chamboulée par la pandémie liée au Covid-19, risque de laisser des traces. Et peut faire de la casse, notamment à Paris comme le souligne Tuchel. En L1, le PSG fait en effet figure d'exception. Entre le Final 8 en Ligue des champions à Lisbonne au mois d'août puis la reprise du championnat quelques jours après, les champions de France - ou Lyon d'ailleurs - ont été contraints d'enchaîner comme rarement. Et ils n'ont pas pu travailler pour faire du foncier. "La grosse différence entre Paris et des équipes comme Rennes, Marseille ou encore Nice et Lille, c'est que les autres formations européennes de la L1 ont réussi à faire une préparation d'avant-saison à la sortie du confinement contrairement à Paris. Ils ont même fait une grande préparation : certains ont pu travailler pendant presque huit semaines. Ils ont pu poser les bases, les fondations."

Pourtant, Paris a eu un peu de temps à la sortie du premier confinement. Alors que les autres grands championnats ont pu aller au bout avec un rythme souvent harassant, la L1 a en effet été arrêtée avant son terme. Mais ça ne change pas grand-chose. Après avoir été confronté comme toutes les formations à une pause inédite de plusieurs mois avec le premier confinement où il a fallu trouver comment combattre les effets négatifs de cette période d'inactivité, Paris a dû aller à l'essentiel quand ses joueurs ont pu retrouver les terrains. Et si les hommes de Thomas Tuchel ont repris les entraînements collectifs fin juin avec pour horizon les finales de Coupes nationales fin juillet puis la Ligue des champions en août, ils n'ont pas pu prendre le temps nécessaire pour préparer leurs corps aux exigences d'une saison à rallonge.

"A la sortie du confinement, le PSG n'avait pas la tête à la L1, rappelle Nicolas Dyon. Ils se sont préparés pour le Final 8. La thématique de leurs exercices, c'était l'explosivité, la capacité à faire du pressing. En mode compétition. Ils n'ont pas fait un travail d'endurance d'avant saison, de préparation, de base". Et ça n'a donc rien d'anodin. "Avoir un bon volume aérobie même si c'est décrié par certains coachs comme José Mourinho, cela permet de mieux répéter des efforts pendant un match, de mieux récupérer des rencontres quand vous jouez tous les trois jours et d'avoir une meilleure capacité de récupération quand vous vous blessez." Le genre de petits détails qui n'en est pas pour des cylindrées de cette dimension.

Juan Bernat sort sur blessure contre Metz

Crédit: Getty Images

Impossible de faire des exercices de prévention avec un tel calendrier

Ce constat est valable pour nombre d'équipes du Vieux Continent, notamment celles qui ont disputé la C1 en août. Et le pire dans tout cela ? Ces formations sont confrontées à un calendrier inédit avec des matches de Ligue des champions toutes les semaines pendant un mois. Et ça fait toute la différence avec une équipe comme Lyon par exemple, qui a joué à Lisbonne mais n'a plus d'épreuve européenne à son programme. "Tous les staffs techniques français ou même européens imposent une journée ou même plusieurs jours avec des séquences pour des exercices de prévention de blessures : exercice de proprioception ou du travail musculaire excentrique…", nous explique Nicolas Dyon. "Or le travail musculaire excentrique n'est pas possible à faire quand vous jouez tous les trois jours. Car ces exercices laissent des dommages musculaires : des courbatures ou ce qu'on appelle des "stiff" dans le langage international."

Là aussi, ce n'est pas à prendre à la légère. Ces exercices de prévention peuvent même être déterminants dans une saison. "Ils ne sont pas pour moi l'unique argument pour ne pas avoir des blessures mais c'est un des moyens. Et pour moi, il est même capital", estime le préparateur physique. Lancé sur un rythme effréné comme de nombreux cadors, Paris n'a pas le temps pour cela. Ou pour rattraper la préparation manquée. "Quand vous arrêtez de faire ce genre d'exercices, après vous rentrez dans une spirale négative. J'appelle ça la machine à laver. Elle tourne et vous n'arrivez pas à l'arrêter. Vous jouez des matches à haute intensité tous les trois jours, vous récupérez mal et vous ne pouvez plus mettre en place ce genre d'exercice et c'est dur pour les corps."

Pour ne rien arranger, les joueurs du PSG doivent en plus enchaîner avec les rendez-vous avec leur équipe nationale, à l'image de Kylian Mbappé qui a disputé un match avec les Bleus et une rencontre de L1 en 48 heures en octobre. "Quand je travaillais à Nice ou à Rennes avec Frédéric Antonetti, on profitait des 15 jours de trêve internationale pour refaire un mini préparation à base d'endurance, d'exercice de prévention. Mais dans un grand club comme le PSG avec tous les internationaux, ça n'a pas de sens. C'est pour ça que dans ces équipes-là, il ne faut pas rater la préparation", conclut Nicolas Dyon. Et dire qu'il y a un Euro à disputer en fin de saison… De quoi laisser penser que Thomas Tuchel a quelques raisons de se plaindre. Et qu'il y en a de s'inquiéter pour certains joueurs.

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