Comment expliquez-vous la vague de défiance de supporters contre leur direction qui déferle sur la Ligue 1 depuis plusieurs mois désormais ?
N.H. : Il y a deux mouvements qui se combinent et qui s'alimentent. D'un côté, on a la transformation économique du football depuis les années 90 avec l'arrêt Bosman, la Ligue des Champions et les télévisions payantes. Ces bouleversements ont des conséquences dans la direction des clubs. Des actionnaires qui ne sont pas du cru arrivent à la tête des clubs et on observe un important turnover parmi les dirigeants. Une distance s'installe entre dirigeants et supporters. Dans un mouvement de balancier, les supporters s'organisent de plus en plus pour se faire entendre. Ils cherchent à se réapproprier le club à travers deux créneaux : ils se positionnent comme l'âme du club en revendiquant leur ancrage local, et ils essaient de faire preuve d’une vigilance populaire sur le fonctionnement du club pour éviter qu'il soit mis à mal par des dirigeants de passage.

Des supporters nantais lors d'une manifestation contre Waldemar Kita, en décembre

Crédit: Getty Images

Ligue 1
"Kita Circus", "Eyraud démission" : Supporters et dirigeants, le grand divorce du foot français
21/01/2021 À 23:31
Pourquoi tout explose ces derniers mois ?
N.H. : On est sur une période où le foot se remet en cause. La crise sanitaire met en relief l'importance du public et oblige à une réflexion tant sur l'économie du foot que sur le rôle des supporters. La grande question c'est : à qui appartient le foot ? Aux dirigeants qui mettent l'argent ou aux amateurs, les supporters ?
Est-ce inéluctable ? Ces deux mouvements peuvent-ils cohabiter ensemble ?
N.H : Le PSG est un cas intéressant. Quand Paris a choisi de faire revenir les ultras en tribunes, le club s'est efforcé de réfléchir à leur rôle et de le contractualiser. A Lyon aussi, il y a des discussions régulières. Jean-Michel Aulas a théorisé dès les années 2000 le rôle des ultras en les érigeant comme une sorte de syndicat qui donne le pouls des tribunes. Partout, la question de la place et du rôle des supporters se pose. Parfois, ça fonctionne bien. A Strasbourg, la reconstruction s'est faite main dans la main entre les supporters et les dirigeants. A Lens, les relations sont aujourd’hui constructives. Etc.

Logo du Racing Club de Strasbourg.

Crédit: Getty Images

Les résultats semblent être une variable du mécontentement tout de même. Plus ça va mal, plus on entend les supporters. Et quand tout va bien…
N.H : Je dirais plutôt que les mauvais résultats donnent une caisse de résonance aux actions des supporters. Ils élargissent les rangs des mécontents. On le voit à Marseille en ce moment.
Le mouvement ultra ne représente qu'une partie des supporters d'un club. Ont-ils la légitimité suffisante pour influer sur ses décisions ?
N.H. : Chacun reproche à l'autre de ne pas être légitime : les dirigeants affirment que les ultras ne représentent pas tous les supporters, alors que les supporters reprochent aux dirigeants de ne pas avoir un ancrage local et un attachement au club suffisants. Dans certains cas, les ultras sont une frange en marge du public. Dans d’autres, ils sont largement soutenus par les supporters, dont ils constituent l’avant-garde. A Nantes, la critique de Kita dépasse la Brigade Loire.
La situation actuelle peut-elle permettre de redéfinir le rôle du supporter pour apaiser les tensions ?
N.H. : La crise sanitaire devrait obliger à repenser le foot et le fonctionnement des clubs. A Bordeaux, personne ne connait les responsables du fonds d'investissement qui détient le club. Même le futur maire s’est opposé au président des Girondins. On peut espérer qu'il y ait une remise à plat du fonctionnement économique du foot et de la gouvernance des clubs. L’idée est de définir clairement le rôle des supporters, leurs droits et devoirs, pour sortir des rapports de force. Parce qu'imaginez les situations volcaniques que certains clubs risquent d’affronter au moment où les supporters reviendront dans les stades…
Ligue 1
Une baisse de salaires contre des actions : L'OL annonce un accord "novateur"
IL Y A 7 MINUTES
Ligue 1
L'OM veut rebondir après le couac en Coupe : Sampaoli prend ses fonctions lundi
IL Y A 6 HEURES