"J'ai toujours dit que je défendais cette idée d'un modèle à 18 clubs. Il faudrait même être plus ambitieux, le Top 14 en est le parfait exemple". Avec cette sortie dans L'Equipe mardi, Maxime Saada a jeté un pavé dans la marre. Si la chaîne cryptée pousse de longue date pour voir la L1 subir une cure d'amaigrissement en passant à 18 comme le souhaitent le président de la LFP Vincent Labrune et les gros clubs, le patron de Canal + semble envisager l'idée d'aller encore plus loin. Vers un Top 16 par exemple ? Ubuesque ? Peut-être pas tant que ça. Pour Vincent Chaudel - économiste du sport -, il n'est pas illogique d'y songer.
Au début des années 2000, le fondateur de l'Observatoire du Sport Business a accompagné le monde du rugby professionnel dans la mutation de l'élite française, qui est passée de 21 clubs à 14 en quelques années. En 2007, il avait aussi analysé avec son cabinet l’effet inverse en se basant sur l'expérience du football français suite à une demande de la Bundesliga qui s’interrogeait alors sur la possibilité de s’agrandir en passant à 20 clubs. Fort de ces deux expériences et de son expertise, il dresse un bilan assez flatteur d'une L1 à 18 clubs, voire à 16.

Maxime Saada, patron de Canal+

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VINCENT CHAUDEL, pour justifier une réduction de la L1 qu'il pousse depuis des mois, Maxime Saada, le patron de Canal +, prend l'exemple du Top 14 qui a diminué drastiquement le nombre de ses membres au début des années 2000. Vous avez participé à cette évolution, comment cela s'était déroulé ?
V.C. : Au début des années 2000, on avait en effet accompagné Serge Blanco dans la transformation du rugby lors d'une mission. On l'avait aidé à passer de 21 clubs à 16 puis 14. A la base, la problématique du rugby était le calendrier car on ne peut pas jouer tous les trois jours. Il y avait donc un souci entre les matches domestiques, ceux de Coupes d'Europe et les rencontres internationales. Donc à l'époque, notre idée était d'avoir une poule unique. Mais pour le côté pratique, cela s'est aussi fait car Canal +, le diffuseur, a su accompagner cette transformation en investissant plus d'argent et en faisant le pari que le passage d'une élite à 21 au Top 16 - qui n'a été qu'une étape vers le Top 14 - permettrait d'élever le niveau de jeu et donc l'intérêt des abonnés. Ce qui a été le cas".
Si le principe d'une réduction à 18 qui laisse entrevoir plus de revenus pour chaque équipe semble convaincre une majorité de clubs, beaucoup d'acteurs du monde du football professionnel qui sont contre et souhaitent rester à 20. Sur le plan économique, c'est vraiment déterminant ?
V.C : "Rester à 20 depuis tant d'années est un mauvais calcul. Un exemple pour l'illustrer : en 2007 suite à la Coupe du monde 2006, les Allemands ont demandé à la France et l'Italie un retour d'expérience sur le passage de 18 à 20 clubs. Avec le cabinet, on leur a donné le rapport suivant : passer de 18 à 20, c'est organiser deux matches de plus à domicile, soit 10% des matches en plus. Ça veut dire un coût d'organisation de matches en plus (stadiers, sécurité…). Mais ça ne fait pas 10% d'augmentation de revenus. C'est beaucoup moins. Quand vous passez de 18 à 20, vous rajoutez deux petits matches, pas deux chocs. Donc vous n'augmentez pas de 10% les abonnements ou les loges, ou 10% de plus pour les maillots. Et en plus, vous divisez les droits TV en 20 au lieu de le faire en 18. Donc le passage de 18 à 20, c'est une augmentation des coûts mais pas des revenus sur le même rythme. Il y a donc moins d'argent pour les clubs. Les Allemands sont d'ailleurs restés à 18. Et ils le sont encore."

Canal+, beIN SPORTS, droits TV de Ligue 1

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Réformer la L1 sans toucher la L2 serait une erreur
Et le sportif dans tout cela ?
V.C : "En me plaçant de façon théorique car certains entraîneurs démontreront sûrement l'inverse, il faut comprendre qu'un joueur qui a le niveau de L1 va rester en L1. Ce que l'on avait voulu démontrer dans le rugby avec le passage à 16 et à 14, c'est que l'on réduit le nombre d'équipes pour condenser les talents en moins de formations. Donc on élevait le niveau de jeu. Il y a quand même un phénomène de concentration.
Il y aura forcément des perdants avec une telle diminution. On pense aux clubs moins armés qui ne seront plus en L1 et se retrouveront privés de ses revenus…
V.C : "Il ne faut pas avoir peur. Ce n'est pas parce qu'on a 16 ou 18 clubs en L1 que l'on ne peut pas en avoir 22 ou 24 en L2. Faire la saison de Dijon, ça apporte quoi aux joueurs, aux fans et aux sponsors ? Réformer la L1 sans toucher la L2 serait une erreur. Et c'est ce qu'on avait réussi à faire dans le rugby. On était parvenu à expliquer que les clubs qui ne seraient pas en élite vivraient mieux en deuxième division qu'en première. Ce n'est pas facile. Mais avec du recul, c'est la réalité. Les clubs qui vivotaient en première division et avaient du mal à joindre les deux bouts, se sont installés tranquillement en Pro D2 avec une économie qui leur a permis de se construire sur la durée.
Pour le moment, le débat est sur 18 clubs. Mais Maxime Saada semble envisager l'option encore plus drastique. Vous aussi visiblement ?
V.C : "Le sens de l'histoire, c'est qu'il y ait de moins en moins de dates pour les compétitions domestiques et la nouvelle formule de la Ligue des champions qui débutera en 2024 l'illustre. Alors soit on accepte les doublons comme au rugby, soit on réduit le nombre de matches domestiques. Et ça ne va pas se passer qu'en France. A mes yeux, 18 n'est est ainsi qu'une étape car 16 est probablement la cible. Les championnats à 16, ça risque d'être la tendance. En 2016, Joseph Blatter, l'ancien président de la FIFA, parlait d'ailleurs déjà d'une réduction à 16 du nombre d'équipes dans les championnats de football du monde entier. Et il faut dire qu'être à 16 ne veut pas dire que le championnat est inintéressant. Rappelons-nous que la grande Serie A se jouait à 16 du temps de Platini à Maradona.
La gravité de la situation avec la crise du Covid et des droits TV en France suite au fiasco Mediapro peut aider à aller dans ce sens ?
V.C : "Pour une fois, il ne faut en tout cas pas subir les événements car ça va être la tendance internationale. Là, on peut prendre un coup d'avance sur l'Italie et l'Espagne si on considère que l'Angleterre est toujours un marché atypique."
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