Il y a trop de contre-exemples pour en faire une vérité générale, mais le phénomène est de plus en plus prégnant. À mesure que se creusent les écarts financiers, des clubs n’ayant pas les moyens de bâtir des effectifs à la hauteur des meilleurs tentent d’inverser le rapport de force avec une arme : les idées. Une vision tactique différente, qui a l’air risquée sur le papier mais ne l’est finalement pas plus que l’attentisme. Zoom sur quelques-unes de ces équipes de Ligue 1 qui osent.

La plus pressante : Lens

Dans l’absolu, c’est l’une des plus grosses erreurs individuelles de ce début de saison : en cherchant Marco Verratti d’une passe au sol, Marcin Bulka ne trouve qu’Ignatius Ganago, qui résiste au retour de l’Italien et conclut du pied droit. Mais cette bourde du gardien polonais, qui a permis à Lens de s’imposer 1-0 face au PSG le 10 septembre, est aussi le fruit d’un contexte. En n’hésitant pas à aller mettre la pression sur la défense adverse, le promu teste la sûreté des pieds adverses.
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Face à Bordeaux, neuf jours plus tard, ce même Ganago intercepte une passe de Rémi Oudin vers Benoît Costil et marque dans le but vide. Puis Jonathan Clauss, auteur d’une mauvaise transmission, vole le ballon à Yacine Adli et centre pour Ganago, qui obtient un penalty. Enfin, dimanche à Nîmes, Gaël Kakuta récupère un ballon qui traîne à une trentaine de mètres du but adverse et ouvre vers… Ganago, qui ne tremble pas. Sur ces quatre buts, tous les coupables ne se valent pas. Mais si les Sang et Or gagnent, c’est d’abord parce qu’ils osent défendre en avançant, quitte à laisser des espaces derrière. Une approche plus répandue à l’étranger qu’en France, où le bloc médian prudent garde beaucoup d’adeptes.
Les hommes de Franck Haise occupent certes souvent cette position intermédiaire autour du rond central. Mais ils savent quand sortir de leur réserve, avec des déclencheurs précis : pressing à la perte de balle, bloc de cinq (les trois offensifs et deux relayeurs) très haut quand l’adversaire joue ses 6m courts, pistons qui chassent leur vis-à-vis quand ils reculent. Largement en tête au nombre de ballons interceptés (50), Lens est un test pour tous ceux qui veulent poser le jeu. Une équipe qui n’hésite pas à allonger (personne en L1 n’a fait plus avancer le ballon que le gardien Jean-Louis Leca) mais a bâti son recrutement autour d’un système en 3-4-1-2 parfaitement fonctionnel. Où Kakuta, plus gros créateur d’occasions du championnat et deuxième joueur offensif dans les mises sous pression de l’adversaire, symbolise ce mélange d’inventivité et de discipline.

Ignatus Ganago en train de célébrer son but lors de Lorient - Lens / Ligue 1

Crédit: Getty Images

La plus collective : Brest

Cinquante-huit secondes de possession, dix-sept passes et une reprise de volée dans le petit filet pour conclure. Le but inscrit par Romain Perraud face à Lorient, très joli dans sa finition, sort surtout du lot par sa construction, la plus longue de la saison. Avec une particularité chère à beaucoup d’entraîneurs qui aiment le jeu d’attaque : le centre d’un latéral pour celui qui arrive à l’opposé. Une combinaison plus fréquente dans les équipes qui ont trois défenseurs centraux et deux pistons mais que Brest arrive à reproduire avec succès dans une ligne de quatre. Avec deux buts et deux passes décisives, Romain Perraud est ainsi sur les folles bases de Robin Gosens, son homologue dans le couloir gauche de l’Atalanta qui avait terminé la saison dernière avec neuf buts et huit passes.
Cette action, qui en suivait une autre de dix-huit passes et cinquante-deux secondes de possession terminée par un tir de Jérémy Le Douaron dévié en corner, illustre la philosophie d’Olivier Dall’Oglio : patience sur attaque placée, passes vers des offensifs qui jouent en appui-remise, construction d’un côté pour se projeter dans l’espace libre à l’opposé. Sixième équipe du championnat en pourcentage de possession, Brest est deuxième en tirs, troisième en passes vers l’avant et premier en centre réussis dans la surface. Et l’arrivée de Steve Mounié, qui domine son sujet en haute altitude (7,7 duels aériens gagnés par match contre 5,2 pour son dauphin Gaëtan Laborde), accentue la tendance à libérer les joueurs excentrés pour mettre la balle au point de penalty.
Plus mauvaise défense du championnat, l’équipe brestoise n’est pas sans défaut. Mais quatre des douze buts qu'elle a encaissés l’ont été sur coups de pied arrêtés et, avec 40 % d’arrêts contre 76 % l’an dernier, le portier Gautier Larsonneur est au cœur d’une spirale négative qui semble trop anormale pour durer. De quoi nuancer l’idée qu’attaquer de la sorte obligerait à beaucoup concéder de l’autre côté.

La plus extrême : Nîmes

Un contrôle aérien à la réception d’une ouverture depuis le milieu de terrain et une passe en un temps, coupée victorieusement au premier poteau. Après moins de dix minutes en Ligue 1, Birger Meling est déjà décisif, son offrande pour Kévin Denkey lançant les Nîmois vers une facile victoire 4-0 contre Brest le 23 août dernier. Sur cette attaque placée, le Norvégien est alors le joueur le plus avancé sur le terrain... alors qu’il est latéral gauche. Buteur une vingtaine de minutes plus tard, il symbolise l’un des principes mis en place par Jérôme Arpinon depuis sa nomination : la volonté de créer des supériorités numériques dans le camp adverse exploitées via du jeu direct.
La stratégie peut s’éloigner de la notion de "beau jeu", et pour cause : en allongeant, Nîmes assume de rater et de rendre le ballon à l’adversaire. Derniers du championnat en mètres parcourus avec la balle et en volume de passes réussies comme en pourcentage, les Gardois abandonnent la construction par le milieu. Même si la prudence est parfois de mise, notamment dans un match sans grand relief à Lyon, cela donne des séquences quasiment inédites à ce niveau avec une ligne de six attaquants occupant toute la largeur du terrain, trois défenseurs prêts à envoyer des transversales façon quarterback, et un milieu pour faire le lien au besoin.
La perte de contrôle, qui oblige à mettre beaucoup d’intensité car on ne fait jamais vraiment tourner de manière neutre pour récupérer, fait naître le risque de concéder de gros temps faibles. Mais ce rythme convient au profil des joueurs, notamment la recrue Andrés Cubas qui gratte les ballons qui traînent dans l’entrejeu. Il pose aussi un dilemme inhabituel à l’adversaire, qui doit choisir entre défendre en nombre ou laisser des joueurs libres.

Jérôme Arpinon, l'entraîneur de Nîmes

Crédit: Getty Images

Les autres : Monaco, Rennes, Lille

Attendus en haut de tableau et mieux équipés pour jouer que les équipes précédemment citées, Monégasques, Rennais et Lillois sont sur la bonne voie. Les hommes de Niko Kovac développent un jeu de position précis, impulsé par une charnière qui porte le ballon le plus haut possible pour créer des décalages au milieu et servir Cesc Fabregas, qui brille dans un rôle de meneur reculé. Une identité beaucoup plus "espagnole" que ce que l'on pouvait imaginer, même si cette installation dans le camp adverse et le volume de course des joueurs offensifs permet d’impulser le pressing promis à l’arrivée du technicien croate.
Moins brillants dans leurs temps forts mais plus complets, Bretons et Nordistes réussissent à créer des décalages sans toucher à leur structure. Les premiers utilisent beaucoup de techniciens au cœur du jeu pour amener proprement le ballon dans les zones dangereuses où cohabitent des profils complémentaires. Les seconds jouent sur le positionnement étagé des deux milieux axiaux et, thématique récurrente, des latéraux placés très haut. Encore en construction dans l’animation, avec un aspect scolaire qui sent bon le début de saison, leurs performances dépendent de l’inspiration des créateurs et de la forme des finisseurs mais tout le monde peut voir ce qui est travaillé à l’entraînement pendant la semaine. Ce qui n’est malheureusement pas le cas partout.

Nayef Aguerd fête son but avec Eduardo Camavinga lors de Saint-Etienne - Rennes / Ligue 1

Crédit: Getty Images

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