"On va partir au combat." Sur Canal Plus fin janvier, après une journée sous tension, Jacques-Henri Eyraud a dissipé les doutes qui pouvaient légitimement entourer son avenir. Cible principale des supporters, le président de l'OM aurait pu finir par jeter l'éponge. Ou, pour calmer la vindicte populaire, Frank McCourt aurait pu décider de s'en séparer, Eyraud n'étant finalement qu'un salarié de l'OM. Président certes mais salarié tout de même. Il n'en a rien été. Jusqu'à quand peut-il tenir dans ce climat délétère ? A priori, un peu de temps encore.

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Pourtant, la pression n'a jamais été aussi forte autour de lui. Depuis un mois, avant chaque match au Vélodrome, des manifestations réclament son départ. Désormais, seuls les supporters... du PSG lui apportent un soutien dont il se serait bien passé.
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Fait rare dans l'histoire de l'OM, l'ensemble des groupes de supporters marseillais ont réclamé son départ la semaine dernière : "M. Eyraud, nous ne demandons que l’essentiel : un club avec des valeurs et une âme marseillaise, indique le communiqué intitulé Eyraud démission. Vous envisagez l’OM comme une entreprise ? Et bien, comportez-vous comme un directeur qui a fait de mauvais choix : assumez vos responsabilités et partez." Même les Winners, le plus grand et le plus influent groupe de supporters, ont fini par le lâcher ces derniers jours.

Passion vs financiarisation

Généralement, à l'OM, quand ce point de rupture est atteint, la seule issue est un départ. Ce fut le cas pour Vincent Labrune à l'été 2016, quelques mois après avoir subi les foudres du Vélodrome et des supporters qui l'avaient bloqué dans le stade, un soir de nul maussade face à Bordeaux (0-0), et obligé à organiser une partie de billard, protégé par la BAC. La famille Louis-Dreyfus, qui en a longtemps fait son chouchou, avait fini par le lâcher.

Vincent Labrune en conférence de presse après la démission de Marcelo Bielsa

Crédit: Panoramic

La pression est encore plus grande sur Eyraud. Parce qu'aucun président de l'OM n'a été aussi loin dans le rapport de défiance avec les supporters. JHE a tout fait pour s'éloigner de la base. S'il avait démarré son mandat en déclamant du IAM dans une interview à La Provence, il a, depuis, largement pris ses distances avec le folklore phocéen en dénonçant notamment le "danger" d'avoir trop de Marseillais au club. Jusqu'à atteindre le 1er février dernier un point de non-retour en stigmatisant "l'OM du chaos, des magouilles, l'OM de la chronique judiciaire et des affaires." Marseille et Eyraud, c'est la rencontre du chaud et du froid. De la passion et de la financiarisation du sport. Deux visions inconciliables.
Les résultats sportifs catastrophiques et le bilan financier tout à fait discutable ne sont désormais plus que l'écume d'un désamour aux racines profondes. Et c'est comme si, désormais, il faisait tout pour ostensiblement se couper du soutien populaire en multipliant les provocations. Il s'est en tout cas engagé dans un rapport de force qui pourtant, à Marseille plus qu'ailleurs, finit toujours par avoir raison de la direction. Peut-il tenir, seul, sur ce volcan qui ne demande qu'à l'engloutir ?

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McCourt, ligne directe et sans contre-pouvoir

Les cols blancs de la cité phocéenne, principalement les hommes d'affaire dans le milieu de l'entreprenariat, sont encore derrière lui. Mais sa meilleure assurance vie reste sa relation avec le propriétaire, et donc le seul maître à bord, Frank McCourt. Entre les deux hommes, la ligne est directe. Sans intermédiaire. Pas d'Igor Levin (ndlr : l'avocat de Margarita Louis-Dreyfus qui avait œuvré au départ de Labrune) dans les pattes.

L'ombre de Jacques-Henri Eyraud

Crédit: Getty Images

Il faut dire qu'Eyraud a pris soin de faire sauter tous les éventuels contre-pouvoirs. De l'avocat Didier Poulmaire, le troisième homme sur la photo au départ de l'aventure, jusqu'à André Villas-Boas qui avait l'oreille de McCourt. Quant aux directeurs généraux, il les consomme à une vitesse folle (trois en quatre ans et demi). Très éloigné des affaires courantes, McCourt n'en a vent qu'à travers le prisme d'Eyraud. Voilà pourquoi les deux hommes parlent d'une seule et même voix quitte à ce que les communiqués du milliardaire américain reprennent la sémantique de JHE en évoquant "les hordes de voyous". Voilà pourquoi il n'a jamais été mis en danger.
Même après la déculottée face à l'OL au Vélodrome (0-3) en mai 2019 à l'issue d'une saison au bilan sportif et surtout financier désastreux. La faute, en partie, à une prolongation au timing étrange signée avec Rudi Garcia, alors coach de l'OM licencié quelques mois plus tard. Mais JHE est passé à travers les gouttes. L'éloignement, physique mais aussi culturel, du propriétaire américain est le meilleur atout du président Eyraud qui mène sa barque comme bon lui semble. Même seul contre tous, il tient bon. Il pourrait partir de lui-même, usé par une expérience sans doute éreintante et par les attaques incessantes. Mais lui ne pense qu'à repartir "au combat".

le propriétaire de l'Olympique de Marseille Frank McCourt et son président Jacques-Henri Eyraud font le bilan

Crédit: Eurosport

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