Longoria : un "head of football" au profil de "head of scouting"

Pablo Fernández Longoria est désormais le "head of football" de l'OM. L'Espagnol n'est pas la personne dont avait besoin le club phocéen, privé d'avoir son Leonardo depuis 2016, mais il reste un recrutement de choix pour la nouvelle réalité du projet McCourt. Longoria, 33 ans au compteur, bientôt 34, a déjà presque une décennie dans les jambes et la tête comme professionnel du scouting, un poste à des années-lumières de celui de dirigeant. Comprenez : c’est un expert absolu du recrutement. Du recrutement de jeunes joueurs, domaine qu’il connaît comme sa poche et comme personne.

Il a d’ailleurs principalement exercé comme chercheur de talents en Italie à, l’Atalanta, où il exerçait dans le domaine international - son autre point fort - avant de grimper d’un rang à Sassuolo, où il était directeur du recrutement, puis à la Juventus, où il a exercé ses talents entre 2015 et 2018 comme chef du scouting spécialisé chez les U20. C'est à Turin qu'il a commencé à prendre du galon au sein de l'équipe dirigée par Fabio Paratici, avant que Valence ne devienne un point de départ important pour sa carrière.

Ligue 1
C'est officiel : Pablo Longoria devient le "head of football" de l'OM
26/07/2020 À 09:39

Nommé directeur technique en charge du recrutement à Valence en février 2018, et non directeur sportif, Longoria a vécu dans la cité du Turia son expérience professionnelle la plus importante à ce jour. Recruté à la demande de Marcelino Garcia Toral, l’ancien technicien du VCF avec qui il partage un parcours commun - au Recreativo Huelva, au Racing Santander, en plus de travailler avec l'agent Eugenio Botas qu'il a démarché pour mettre un pied dans le milieu à ses 18 ans - Longoria est venu à Valence pour permettre au club espagnol d’exporter sa force de frappe dans le scouting international. Sous sa coupe, sont venus, entre autre, le Serbe Uros Racic, qui fait les beaux jours du surprenant Famalicão où il a été prêté cette saison, les prometteurs Yunus Musah (17 ans, récupéré d’Arsenal) et le Français Koba Koindredi (formé à Lens), et plus récemment Manu Vallejo et Jorge Saenz, deux des meilleurs joueurs de deuxième division espagnole en 2018/2019.

Avec Longoria, Valence a recruté beaucoup de jeunes depuis l'été 2018, mais avec pour seul but d'avoir un coup d’avance et éviter de rater les bons joueurs en post-formation, l'obsession du nouvel homme fort de Marseille. Fidèle parmi les fidèles de Marcelino, il a fait les frais du licenciement de l'Asturien le 11 septembre 2019. Mis de côté, il a trouvé un accord pour un départ à l'amiable avec le VCF quelques jours après son mentor, laissant un chantier considérable. Le démentèlement du projet sportif par Peter Lim a rendu sa mission caduque, mais ce ne sont pas les propositions qui ont manquées pour rebondir (Newcastle, RB Leipzig pour remplacer Paul Mitchell).

"Il était l'élément le plus faible de la direction de ce Valence, ce n'était pas lui qui prenait les décisions", temporise un journaliste local, qui suit le VCF depuis des années. Le patron cétait le Majorquin Mateu Alemany, l'homme qui a validé son arrivée, reconstruit Valence, avant d'être lui-même contraint de partir. Valence, c'est un semi-échec pour Longoria, car il n'est pas vraiment allé au bout de sa mission : ses paris d'avenir, envoyés en prêts ou encore en équipe B, n'ont pas encore assez mûri pour devenir des réussites.

Un "soccer geek" sorti tout droit de la Toile

S’il n’en est logiquement pas à l’origine, l’arrivée de Leonardo Balerdi à l'OM aurait pu être un recrutement "Longoria". Pour traduire la formule, prenez un joueur : peu connu, peu expérimenté chez les professionnels, dont l'âge se situe aux alentours des 20 ans, étranger, avec une projection de titulaire en équipe première sur un cycle de 2-3 ans. Et vous avez le portrait robot de la recrue type du "head of football" marseillais. Quand il recrute, ou quand il suggère, Longoria va toujours chercher du moins de 25 ans et aucun championnat n'échappe au "geek" du scouting, fan devant l'éternel des jeux de management comme Football Manager, une de ses bibles, entre autre choses. Fan de statistiques et de data, Longoria est aussi un amoureux des technologies. Mais c'est surtout un acharné de travail. Si vous pensez voir beaucoup de football, jusqu'à saciété, sachez que Pablo Longoria en a vu mille fois plus que vous. C'est Sauron depuis sa forteresse de Barad-dûr : il voit tout.

Autodidacte confirmé, Longoria a eu une trajectoire plutôt linéaire. Pour lui, tout est parti d'Internet, celui d'un autre temps, celui où les forums étaient rois et Facebook se nommait encore The Facebook. C'est le journaliste Axel Torres (AS, Cadena SER) qui l'a repéré numériquement sur un forum de football international - Soccerole.com - qu'animait Longoria, alias "Longo" à l'époque. Engagé à Radio Marca pour parler football, Longoria a commencé sa carrière comme consultant média tout en travaillant avec Huelva et Santander, des clubs qui n'ont pas hésité à confier une partie de leur recrutement à des nouveaux professionnels venus de la Toile (Sinama-Pongolle, Smolarek, Tchité sont venus en Espagne grâce à lui).

En 2010, ses commentaires avisés lors du Mondial seront remarqués et appréciés par leur pertinence. Longoria c'est un enfant d'internet. Un homme à la trajectoire presque improbable qui peut remercier son clavier, et l'Asturien Eugenio Botas, l'agent de Marcelino, qui l'a implanté dans le milieu car subjugué par la pertinence du bonhomme, notamment à Newcastle, puis à Santander.

Une personnalité discrète mais jusqu'au-boutiste

Le personnage est plutôt du genre discret, très discret même. Mais c'est un mec décrit par beaucoup comme plutôt sympa, et pas réticent à l'échange... si on reste dans un cadre non-professionnel. Si on compare le parcours de l’Asturien à l’apparence juvénile, limite étudiant en fac d'histoire, à celui d’Andoni Zubizarreta, son prédécesseur, on comprend facilement qu’on passe d’un monde à un autre. Plutôt chaleureux, et bon client avec la presse, le Basque a toujours eu un comportement de directeur sportif, fonction qui demande de la présence et d’aimer passer derrière les micros.

Longoria n'est pas un grand amateur de caméras. Pas sûr que les supporters de l’OM voient souvent son visage, à moins que son nouveau poste ne l'oblige à casser sa nature de timide. Longoria, c’est le genre d’homme à filer directement à l'intérieur du palais des festivals, au lieu de rester sur le tapis rouge s'il va à Cannes. "Il ne donne jamais d’interview", ajoute le journaliste qui connaît bien les arcanes du club ché. Personne n’a eu le loisir de discuter avec lui de manière officielle pendant son passage à Valence. Personne ne connaît non plus très bien le son de sa voix. Mais il est évidemment un polyglotte de qualité : il parle six langues dont le français.

Longoria, aussi discret soit-il, n'a pas que des amis. A Valence, son arrivée, oeuvre signée de la main de fer de Marcelino, a bousculé la cellule de recrutement mise en place lors de l'arrivée de Mateu Alemany au club, en mars 2017. Après des mois de cohabitation difficiles et des désaccords profonds, Longoria, plutôt du genre soliste, a fini par avoir la tête de Vicente Rodriguez, l'ancienne gloire du club poussée à la démission il y a un an. Devenu scout, puis chef scout, avant d'être déclassé, l'ailier espagnol n'a pas pu cohabiter avec son encombrant collègue, qui a un caractère un peu franc du collier, celui d'un Asturien dopé au travail. Derrière les airs de bon élève se sache donc un dragon.

"La personne qui m'a fait le plus de mal est Pablo Longoria. Il m'a pris pour un con. C'est quelqu'un qui n'a absolument rien montré car ce n'est pas lui qui décidait. Dès qu'il est arrivé, il m'a très mal traité et il a dit à Mateu Alemany que le mieux était que je parte", a révélé l'ancien international espagnol à Las Provincias. "C'est quelqu'un qui m'a fait du mal. Il m'a mis en difficulté avec quatre ou cinq directeurs sportifs car je ne savais pas ce qu'il faisait. Le plus important, c'est de travailler en bonne harmonie et de se parler. Mais ce mec était du genre à aller au bal tout seul. Il a montré à tout le monde qu'il n'était qu'un lâche et un type peu recommandable", a conclu l'ancien n°14 du VCF qui lui a carrément refait le portrait en mai dernier.

"Avec Ajroudi, on est plus près d'un Kachkar que d'un Robert Louis-Dreyfus"

Une méthode de travail scientifique

On ne vous présente plus les méthodes de scouting, devenues ultra méthodiques, au point d'en devenir scientifiques. Longoria est du genre à aller très loin pour travailler, quitte à dégager une image de quelqu'un d'extrême. A Valence, il a imposé le recrutement de Mouctar Diakhaby lors de l'été 2018 alors que la plupart des membres de la cellule scouting s'était opposée à l'arrivée du Français, jugé trop limité techniquement pour la Liga. Dans le cas de Diakhaby, dont il a suivi la progression depuis des années, Longoria a répondu au besoin de son ami Marcelino qui voulait un très grand défenseur.

Connaissant tout du Français, il a donc joué les charmeurs de serpent pour l'attirer. Il est à ce jour un de ses plus grands admirateur. "J'avais plusieurs propositions qui avaient ma préférence. Mais c'est après avoir discuté avec Pablo Longoria que le projet de Valence m'a plu. C'était attractif sportivement mais aussi au niveau personnel", a expliqué l'ancien lyonnais dont la progression a été stoppée nette par le départ de Marcelino.

A la Juventus, c'est son compatriote Javier Ribalta, aujourd'hui au Zenit, qui l'a intégré à la très grosse cellule de recrutement du club piémontais, formateur dans le domaine des directeurs techniques. Premier de cordée sur le dossier Rodrigo Bentancur, Longoria a notamment passé une semaine à Buenos Aires pour suivre les faits et gestes de l'Uruguayen alors à Boca Juniors, au point de tout savoir du sportif, mais aussi de l'homme. Longoria voyage beaucoup, parle peu et récolte des informations comme personne. "C'est une personne perfectionniste et méticuleuse. Il veut que le risque de se tromper soit minime quand il prend une décision", explique Javi Alonso, un scout qui a travaillé avec Longoria à Sassuolo, au média en ligne Mercadorint.

Ribalta reconnaît volontiers qu'avoir Longoria dans son équipe, c'est comme avoir "cinq personnes" sous la main. Alonso ajoute qu'il est le genre de personne à constamment se réinventer, à changer ses méthodes. "Quand on analyse des footballeurs, il aime aller plus loin que voir les matches sur place. Il aime aller voir les préparations estivales et hivernales. Il aime dormir dans les hôtels où sont logées les équipes pour observer les comportements. Il veut voir le comportement des joueurs, avec qui ils vont, avec qui ils ne vont pas, ce qu'ils font de leurs heures libres. Souvent, il n'hésite pas à se cacher derrière un journal pour espionner." Perfectionniste, révolutionnaire, capable de se remettre en question pour avancer, personnage ambitieux, Longoria ne laisse personne insensible dans le bon ou dans le mauvais sens. Après le volcan Valence, passer un nouveau cap, chez son cousin français, l'OM, semblait être une évidence.

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