Meilleur buteur de Ligue 1. Voilà un titre que n’aurait jamais imaginé Florian Sotoca. Certes, le Lensois est en tête de ce classement après seulement une journée, mais l’associer à cette distinction pourrait paraître improbable au vu de son parcours, qui fut tout sauf une promenade de santé dans l’élite. A 31 ans, l’ancien joueur de Grenoble n’avait disputé que quelques secondes en Ligue 1 à Montpellier, avant d’être engagé par le RC Lens en 2019. Trois ans après, l’attaquant a inscrit un triplé pour sa première sortie de la saison qui a permis aux Sang et Or de s’imposer 3-2 face à Brest, dimanche dernier.
Jamais Sotoca n’avait été l’auteur d’un coup du chapeau dans sa carrière professionnelle : "Le dernier triplé ? C'était en DH avec mon club Football Union Narbonne, s’amuse le buteur lensois. C'est mon premier en L1. C'est magique. Exceptionnel, surtout quand vous entendez le public et que vous sortez sous ses ovations (76e). Je suis très fier par rapport à ça. Je les remercie encore. Leur soutien nous pousse à aller plus loin."
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Mais avant de ravir les supporters lensois et un club qui l’a accueilli tel une famille, Florian Sotoca est passé par de nombreuses étapes dans sa carrière. Natif de Narbonne et formé dans sa ville d’origine, il passe par Martigues (2013-2014) puis Béziers (2014-2015) avant de se faire repérer, à 24 ans, par le Montpellier Hérault SC, club de Ligue 1.

Florian Sotoca célèbre un but lors de Lens - Brest lors de la 1ère journée de Ligue 1

Crédit: Getty Images

Toucher l’élite du doigt pour mieux redescendre

Au MHSC, la belle progression de garçon parti "du bas", comme il le revendique lui-même dans une interview au Parisien, est stoppée quasi nette par un contexte qui lui est défavorable. "Quand je suis arrivé (en 2015, ndlr), il ne jouait pas, raconte son entraîneur de l’époque Frédéric Hantz. Il avait été recruté un peu par défaut. Florian Raspentino avait été recruté par Nantes et, à l'époque, Louis Nicollin (le président, ndlr) avait piqué une colère en disant : "On a des bons joueurs dans le coin et ils partent ailleurs, donc il faut qu'on récupère les bons joueurs du coin". Et Florian Sotoca avait été recruté dans ce contexte-là de bon joueur local qu'on ne veut pas manquer."
Malheureusement pour lui, l’arrivée de Frédéric Hantz sur le banc montpelliérain coïncide avec une lutte entamée pour le maintien en première division. Dès lors, Florian Sotoca, alors latéral droit, se retrouve au sein d’un effectif fourni et où chaque match compte pour la survie du club. En une année au MHSC, le Narbonnais ne foulera la pelouse que deux fois, une lors d’un match de Coupe de la Ligue face à Lorient où il est titulaire, et une fois en championnat pour quelques secondes lors de la 28e journée contre Lille.
Mais derrière ce passage éclair dans l’élite, se dissimulent les prémices d’une carrière atypique qui le portera de nouveau au sommet quelques années plus tard. "Ce qu'il avait de fondamental, ce sont des capacités athlétiques énormes, et un mental et un affect exceptionnels, se remémore Frédéric Hantz. On jouait le maintien, il était souvent dans le groupe mais il y avait des joueurs devant lui. Il fait 6 mois avec nous, on ne lui propose pas de contrat pro derrière, mais il avait un état d'esprit exceptionnel et comprenait très bien la situation."
Souhaitant trouver une porte de sortie à son protégé, Frédéric Hantz passe quelques appels et finit par lui trouver une place au Grenoble Foot 38, en CFA. "Un jour, il m'appelle en me disant : "Coach, merci de m'avoir aidé, je suis content j'ai signé en CFA à Grenoble", relate l’entraîneur montpelliérain. J'ai trouvé ça exceptionnel car il a eu de la reconnaissance par rapport au travail qu'on a fait ensemble, et en même temps il était content de trouver un club qui lui a fait confiance et de pouvoir être titulaire."

L’éclosion tardive mais méritée

A Grenoble, Florian Sotoca se construit dans un groupe qui lui convient parfaitement et connaît une double montée qui ramène le club en Ligue 2 en 2018. Pour ce retour du club isérois dans le monde professionnel sept ans après l'avoir quitté, le président fait appel à Philippe Hinschberger pour prendre les rênes de son équipe. A son arrivée, le nouvel entraîneur n’a quasiment jamais entendu parler de Florian Sotoca. Pourtant, il l’alignera en tant que titulaire lors des 37 premiers matchs de championnat. "Je ne crois pas l'avoir sorti une minute", se souvient avec humour le coach. Quant à la 38e et dernière journée de championnat, Sotoca la manquera à cause de sa signature au RC Lens. "Il avait une petite pointe au mollet, il voulait jouer mais nous on ne voulait pas qu'il arrive blessé à Lens", explique Philippe Hinschberger.
C’est donc niché au cœur des massifs alpestres que l’éclosion de Florian Sotoca se déroule. L’ancien latéral droit au MHSC est replacé en tant que milieu offensif, toujours sur la même aile, avant d’être rapidement recentré par son nouvel entraîneur. "J'ai commencé à le faire jouer à droite, mais rapidement je l'ai mis dans l'axe parce qu'à droite son caractère généreux ne s'exprime pas assez. Alors que devant, c'est quelqu'un qui cavale, qui dévie des ballons de la tête, donc il a fini devant et a mis quand même 12 buts sans frapper les penaltys", poursuit l’actuel coach d’Amiens, en Ligue 2.

Florian Sotoca (à gauche) a joué à Grenoble entre 2016 et 2019.

Crédit: Getty Images

A en croire ses deux anciens entraîneurs, peu de joueurs égalent le Narbonnais dans sa débauche d’énergie. Une caractéristique qui le définira durant toute sa carrière, jusqu’à aujourd’hui. "Ce n'était pas le plus grand technicien, mais il court de la première à la dernière minute, confie Philippe Hinschberger. Il défend, prend les ballons de la tête, dévie les ballons pour ses partenaires. De temps en temps, il marque des buts. C'est un joueur… tout entraîneur aimerait en avoir un dans l'équipe. Il génère une générosité énorme. Il bosse pour les autres, il cavale tout le temps, il prend des pains, il ne discute pas, c’est incroyable."
"Florian, c'était celui qui emmenait les autres par son comportement sur le terrain, reprend l’ex-entraîneur grenoblois. Quand vous voyez un attaquant qui fait autant d'efforts pour revenir défendre, à un moment donné, vous vous bougez le cul derrière." Auréolé de ses 12 buts en Ligue 2, c’est en grande partie pour son comportement sur le terrain que Florian Sotoca tape dans l'œil du staff lensois, un club qui "lui ressemble" pour ses deux ex-coachs.

Des valeurs communes au RC Lens

"Je ne pensais pas forcément qu'il allait s'imposer comme titulaire en Ligue 1, admet Philippe Hinschberger. Mais je pense qu'il est tombé pile dans le bon club. C'est un club qui est dans la générosité, le public, des gens qui aiment les joueurs qui mouillent le maillot. Ils ne viennent pas pour voir des stars. Ce sont les valeurs de Lens et du Nord, et lui colle pile à ces valeurs." "Ici, l’humilité, le respect et le don de soi ne sont pas des paroles en l’air. Je me retrouve totalement dans ces valeurs", a lui-même reconnu le joueur, dans son interview au Parisien.
Dans la vie de tous les jours, Florian Sotoca a fait l’unanimité lors de ses passages auprès de Frédéric Hantz et Philippe Hinschberger. "Il était facile à manager car intelligent, assure le premier. Il comprenait la situation du club et la sienne. Il savait d'où il venait. C'est quelqu'un qui donne, qui espère recevoir, mais qui est assez intelligent pour savoir que dans certaines situations on ne reçoit pas tout de suite. C'est un très bel exemple."
Le second abonde : "C'est un agneau, le gendre idéal, bien élevé, poli, souriant, proche de ses potes. Si vous me demandez un défaut, je ne pense pas que j'arriverais à vous en donner un. C'est le coéquipier parfait qui dégage une énergie sur le terrain comme pas possible."

Florian Sotoca (RC Lens) à la lutte avec Cafaro (Reims)

Crédit: Getty Images

Depuis son arrivée à Lens, Florian Sotoca s’est imposé comme un titulaire quasi indiscutable. Dimanche, il a converti cette situation par trois buts qui n'étonnent pas outre mesure Philippe Hinschberger : "Sur l'aspect proprement technique, c'était loin d'être notre joueur le plus adroit devant le but, mais comme il en fait quatre fois plus que les autres, il se crée aussi quatre fois plus d'occasions. Aujourd'hui, faire un triplé pour Flo Sotoca à Lens, c'est tout simplement extraordinaire, c'est un juste retour des choses."
Quelle sera donc la suite pour l’actuel meilleur buteur de Ligue 1 ? D’après Frédéric Hantz, à 31 ans, Sotoca a encore les meilleures années de sa carrière devant lui : "C'est évident. Il arrive à un niveau très très élevé sans avoir été usé par des expériences précédentes... des expériences difficiles, oui, mais positives. Physiquement, son potentiel énorme lui permet de jouer très longtemps encore et mentalement il sera encore dans cette volonté, cette humilité et l'ambition de continuer à progresser. C'est un joueur qui peut atteindre son meilleur niveau à 33-34 ans."
"Il a perdu quelques années mais il a cette dimension de carrière qui lui a fait garder une fraîcheur d'esprit énorme. Il est arrivé dans le milieu professionnel à 27 ans", rappelle de son côté Philippe Hinschberger. Le TGV Sotoca est lancé et son parcours atypique lui donne l’abnégation que la longévité au plus haut niveau requiert. L’enfant qui représentait le football "d’en-bas" est désormais en train de conquérir les hautes sphères de l’élite, qui l’a tant boudé auparavant.
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