Franck Haise, Luka Elsner et Sonia Bompastor : Ils racontent l'importance de leur staff technique

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Souvent invisibilisés, les staffs techniques jouent un rôle clé dans la réussite ou l'échec d'une équipe, dans l'ombre de l'entraîneur qui fait office de vitrine. Pourtant primordiaux au quotidien et sur de nombreux aspects de la performance, les staffs reçoivent peu d'éloges. Franck Haise, Luka Elsner et Sonia Bompastor racontent l'importance de ces soldats de l'ombre.

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Video credit: Eurosport

"C'est une super idée" d'aborder le sujet, nous glisse d'entrée Luka Elsner. L'entraîneur du Havre, à l'instar de ses confrères français ou étrangers, est conscient de la réalité : où qu'il aille, qu'il vente ou qu'il neige, devant les flashs des appareils photo au Parc des Princes ou au champêtre stade Gabriel-Montpied à Clermont, son staff technique, aussi discret que précieux, lui emboîte le pas. "Aujourd'hui, il serait impossible d'avoir la situation qu'on a au Havre sans ce staff. Impossible", jure Elsner, qui a permis au HAC de redécouvrir la Ligue 1 cette saison.
Lui et les moins médiatisés Serge Costa, Thomas Ehrhard et Clément Gonin, entre autres. Ces hommes et femmes de l'ombre que les coaches sont toujours prompts à mettre en lumière dans les bons moments. "Seule je ne suis rien. Mon staff me bonifie à 300%", plante Sonia Bompastor, à la tête de l'OL féminin depuis 2021.
Au plus haut niveau, celui de l'élite, rivaliser sans un staff élargi relève presque du fantasme. "Tout est possible, ça peut être des choix d'entraîneur ou de club", estime Franck Haise, qui a tout de même le bonheur, à Lens, de s'appuyer en vrac sur deux adjoints, un entraîneur des gardiens, trois préparateurs physiques et deux analystes vidéo. "On a un nutritionniste et un data analyst à temps plein depuis la fin de saison dernière", complète-t-il.

Nalis, l'adjoint de Haise qui gère les séances à Lens

Après la montée en L1, Le Havre a embauché un préparateur athlétique supplémentaire et un nutritionniste, en plus d'accroître la présence d'un psychologue du sport. "C'est un peu comme la data, on peut faire sans, mais c'est un désavantage à la ligne de départ", résume Elsner. En élargissant aux kinés, intendants et jusqu'à la responsable d'intégration des joueuses étrangères, l'OL féminin grimpe à 26 personnes pour la saison en cours.
Dans le concret, ce staff pèse lourd. Franck Haise laisse "à 80%" la charge des entraînements à son bras droit, Lilian Nalis. Après tout, il a "co-construit le projet de jeu" des Sang et Or depuis que Haise est en poste, soit février 2020. "Je suis plutôt à l'identique de Franck Haise, acquiesce Sonia Bompastor. Je participe à la conception des séances, mais dans le management au quotidien je les laisse beaucoup intervenir pour pouvoir prendre plus de recul."
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Lilian Nalis, adjoint de Franck Haise à Lens

Crédit: Getty Images

Dans le football moderne, l'entraîneur n'est plus celui qui pose les plots. Il récolte des informations, les recoupe et tire des conclusions. "J'écoute, je consulte", explique Haise. Il y a l'aspect technico-tactique, mais aussi "le relationnel, souligne Bompastor. Bien souvent quand il y a des émotions négatives comme la frustration de ne pas jouer, c'est à eux (les membres du staff) de faire le premier rideau." "La clé, c'est de s'entourer d'experts dans chacun des domaines de la préparation à la performance, synthétise Elsner. Le haut niveau, c'est le détail, les 2-3 pourcents qui vont faire la différence. C'est souvent sur ça que ça se joue."

Les adjoints proposent, l'entraîneur tranche

La façon de faire se transpose aussi le jour J, pendant les matches. Tout le staff ne va pas interpeller le coach chacun son tour. Souvent, un analyste ou un adjoint s'installe en tribunes pour avoir un autre angle de vue, et transmet ses remarques à un autre adjoint par oreillette, qui décidera si elles sont assez pertinentes pour parvenir au coach. "Elles permettent parfois de gagner du temps ou de confirmer une sensation", développe Haise. Et d'accélérer la prise de décision.
"Quand il y a des enjeux importants et la pression du résultat, on a très peu de temps pour se décider", abonde Bompastor. "Il est très important d'avoir cette notion de il faut trancher, il faut choisir", corrobore Elsner. Laisser son équipe en difficulté l'espace d'une poignée de minutes peut suffire à tout perdre. C'est pourquoi les coaches et leurs staffs anticipent les divers scénarios possibles, comme un but adverse d'entrée de jeu, mener ou être mené à la mi-temps, afin de savoir déjà quels changements pourraient intervenir. "Même si ceux qu'il faut le mieux 'former', ce sont les joueurs pour qu'ils aient la capacité à réagir en direct, reprend Haise. Ce qui compte, c'est souvent ça, parce que s'ils ont les bonnes réponses, c'est là qu'on gagne le plus de temps."

A quoi se joue une montée en Ligue 1 ?

Jamais personne n'a dit qu'un staff avait gagné la bataille tactique. Pourtant, les héros ne sont pas toujours ceux qu'on croit. Une rencontre peut basculer sur un but qu'avait imaginé le discret adjoint ou l'analyste perché en hauteur. Une rencontre ou, dans le cas du RC Lens... une montée en L1. Avant que la saison de L2 ne soit interrompue pour cause de Covid-19, en mars 2020, le Racing a arraché une victoire décisive contre Orléans (1-0), grâce à Florian Sotoca sur penalty après la mi-temps. "L'action du penalty, c'est justement Alex (Alexandre Pasquini, analyste vidéo) qui me dit 'peut-être qu'on gagnerait à attaquer un peu plus cette zone', se souvient Haise. L'action qui donne une main adverse, c'est exactement ce que j'ai montré ensuite aux joueurs à la pause."
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Auteur d'un triplé, Loïs Openda, avec Florian Sotoca sur les épaules, célèbre le succès lensois face à Toulouse - 28/10/2022 en Ligue 1

Crédit: Getty Images

L'importance du staff et sa réussite sont le reflet de la confiance qui règne avec le coach. "Dans le feu de l'action, il y a des idées qui peuvent survenir que je n'avais pas envisagées, que je trouve extrêmement pertinentes, et ensuite on bascule sur ça", partage Elsner. "Quand on m'apporte les bons arguments, je peux facilement changer d'avis, distille Bompastor. Le plus important, c'est de prendre la décision qui va faire gagner l'équipe."
"Décision", voilà, in fine, le maître-mot du coach moderne. Si Franck Haise laisse de la place à ses adjoints à l'entraînement lensois, il sait "à 95%" quelle sera sa composition d'équipe : "de temps en temps ça m'arrive de poser une question, d'avoir le ressenti du staff, mais c'est rarement un titulaire." À l'entraîneur en chef de trancher et d'assumer, face aux supporteurs et journalistes, pour le meilleur et pour le pire.
"L'entraîneur est une façade, lance Luka Elsner. Le succès d'une équipe se fait dans le travail du quotidien, et non pas dans la causerie du coach avant le match, ou par le charisme ou l'aura du coach. C'est surtout dans le quotidien que se gagnent ces batailles, et ces batailles sont menées par le staff."
Haise, élu meilleur entraîneur de L1 par ses pairs la saison dernière, rabâche l'importance des gens qui l'entourent et même "de tout le club". "Pour les connaisseurs ou les gens du club, le travail du staff n'est pas sous-estimé. Mais pour le grand public, ils ne voient pas le véritable travail qu'il y a derrière", croit le coach artésien. "Je pense que les joueurs le savent très bien également, rassure Elsner. Parfois c'est bon de s'en rappeler et de les mettre en valeur car on a tendance à les oublier."
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