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La Ligue 1 a-t-elle un souci avec les coups de pied arrêtés ?
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Publié 19/10/2023 à 23:40 GMT+2
Les bonnes surprises du début de saison en L1 ont un point commun : elles règnent au sommet du classement des équipes ayant le plus marqué sur coup de pied arrêté. A Reims ou à Lille, on surfe sur cette plus-value encore trop ignorée ailleurs. Comme souvent, la France semble avoir un temps de retard sur l'Angleterre ou l'Allemagne dans la prise en compte de cette donnée stratégique.
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C'est donc ça, un club qui bosse bien ? L'an passé, malgré un redressement spectaculaire et une hype méritée, le Stade de Reims se traînait une sale étiquette : celle de cancre de la L1 sur coup de pied arrêté. L'équipe de Will Still n'avait marqué que 5 buts dans l'exercice - 19e total de L1 -, très loin des 17 pions inscrits par l'OM d'Igor Tudor.
Alors, à l'été, les décideurs rémois ont décidé d'investir. Au moment de le présenter à son groupe, comme il le fait pour chaque nouvelle recrue, Still a insisté sur trois particularités concernant Teddy Teuma : sa technique, son côté "casse-couilles" sur le terrain mais surtout sa qualité de pied sur coups francs et sur corner. Il a eu raison. Sous l'impulsion de son atypique numéro 10, Reims est donc devenu la nouvelle terreur de L1 dans le domaine avec 5 buts marqués depuis le début de saison.
5, c'est aussi le total de Lille qui a choisi de donner un pouvoir étendu à Tiago Leal, adjoint de Paulo Fonseca en charge de ces questions. Mais les deux clubs doivent se sentir un peu seuls dans l'élite française. Parce que la L1 n'a pas encore pris un virage stratégique majeur : celui des coups de pieds arrêtés. Dans le Top 5 européen, elle semble encore à la masse, avec son voisin italien.
Nombre de buts marqués sur coups de pied arrêtés :
Les études statistiques sont pourtant formelles : on peut affirmer communément qu’un but sur trois est issu d'une phase arrêtée, un but sur cinq si l'on exclut les penalties. Alors que le potentiel est là, personne en France ne semble avoir pris véritablement conscience de l'enjeu. "C'est surprenant que la France n'ait pas saisi ce virage-là et que les clubs n'investissent pas plus sur ces phases de jeu-là. Je ne sais pas ce qu'il en est en Italie et en Espagne mais en Angleterre et en Allemagne, ils ont pris ce virage", confirme Damien Della Santa, entraîneur qui a notamment été en charge de ces questions à Nice.
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Enzo Le Fée et Benjamin Bourigeaud avant un coup franc
Crédit: Getty Images
A Arsenal, le rôle du Français Nicolas Jover a largement été remarqué outre-Manche dans la rédemption des Gunners dans le domaine. A Tottenham, on a fait confiance à un homme devenu le grand marabout de la question : Gianni Vio. Au moment de passer sa licence UEFA Pro, cet Italien avait intitulé sa thèse : "Coup de pied arrêtés : le buteur aux 15 buts". Soit le total de pions qu'il pense pouvoir apporter à une équipe sur une saison dans l'exercice. A Tottenham – 16 buts dans l'exercice la saison passée -, à Brentford ou en sélection italienne, personne n'a rien trouvé à y redire.
Mais, en France, ces profils se font rares. Les gains sont pourtant ahurissants. "Aujourd'hui, entre Reims et Lorient, qui sont deux clubs que l’on peut considérer de la même catégorie, si on fait le différentiel entre les buts inscrits et encaissés sur coups de pied arrêtés, il y a un écart de 8 buts en 8 journées, constate ainsi Damien Della Santa. Kylian Mbappé, en 8 journées, il pèse 7 buts. Concrètement, l'écart entre Lorient et Reims, c'est comme s'il y avait Mbappé à Reims. Considérant le prix d'un transfert d'un Mbappé, je vois le salaire d'un Mbappé, je pense que les clubs de Ligue 1 auraient intérêt à investir dans le développement de ces moments de jeu."
A écouter Gianni Vio, tout semble couler de source. "C'est un jeu dans le jeu, avait-il théorisé pour The Athletic. C'est une situation où la balle est arrêtée, où on décide du frappeur, du nombre de joueurs qui vont dans la surface, de la zone qu'ils vont attaquer et du timing dans lequel le faire". Autrement dit, c'est une stratégie à part entière qu'il convient de travailler. "Je pense que le problème numéro 1 en France, c'est que, traditionnellement, on résume les coups de pied arrêtés aux simples facteurs taille, concentration et engagement. Ça se fait aux dépens des aspects tactiques ou stratégiques", regrette encore l'ancien adjoint de Christophe Galtier.
Formation absente et manque de temps
Les explications sont multiples mais viennent malgré tout souligner une petite faille dans une fierté française légitime des dernières années : la formation. "Aujourd'hui, dans le circuit de formation, on forme mieux le joueur qu'avant, continue-t-il. Les joueurs savent tout faire des deux pieds dans un espace-temps réduit, ils ont une prise de décision en jeu réduit trois fois par jour mais il y a des compétences qui étaient travaillées avant, comme les coups francs ou le jeu de tête, qui ne le sont plus".
La bonne nouvelle, c'est que rien n'est rédhibitoire. Tout se travaille. Individuellement, d'abord. Teddy Teuma s'est découvert l'âme d'un tireur sur le tard, du côté du Red Star : "Oh, ça a été beaucoup de travail ! […] Lorsque Régis Brouard m’a confié la responsabilité de tirer les coups de pied arrêtés, je savais les tirer mais je ne pensais pas au fait de devenir un spécialiste, sauf qu’à partir de ce moment-là, je me devais d’avoir des bonnes statistiques. Il fallait donc travailler, travailler, et tout faire pour que ça devienne une arme."
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Les Parisiens Kang-In Lee, Achraf Hakimi et Warren Zaïre-Emery avant un coup franc
Crédit: Getty Images
"A Nice, nous n’avions pas de tireur de coup franc direct, se souvient Della Santa. On avait mis en place un cycle sur trois mois avec des joueurs pour les travailler. Il y avait notamment Jordan Amavi, Mario Lemina et Andy Delort. Chaque semaine, on a travaillé ça ensemble. En moyenne, ils sont passés de 2/10 cadrés sans gardien à 6-7 buts/10 avec gardien à l’entraînement. C'est énorme en l'espace de trois mois. L’un d’eux a même marqué son premier coup franc direct en match, un but hyper important dans la course à l’Europe. Donc rien que pour ce but, l'investissement valait le coup. Le mérite revient toujours exclusivement au joueur, mais le club a mis en place les conditions pour que cela émerge."
Collectivement ensuite, où les combinaisons et la gestion des seconds ballons peuvent être des armes fatales si tant est qu'elles soient réellement travaillées, en accord avec toutes les parties d'un club et les profils spécifiques des joueurs. La révolution arrive. Mais à son rythme. "Vous savez, le football est lent, concluait ainsi Vio. Quand je parle à certains managers, ils me disent tous à quel point les coups de pied arrêtés sont importants. Mais quand je leur demande combien de temps ils dédient à les travailler, ils me répondent tous 'oh non, je n'ai pas le temps'. Cette mentalité change petit à petit et ils commencent à comprendre que c'est important de les travailler". A la Ligue 1 de l'intégrer. Parce qu'en termes d'investissements peu coûteux mais très rentables, difficile de trouver mieux…
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