Mort de Franz Beckenbauer : Gaëtan Huard raconte son passage à l'OM

Eurosport sur Google

Après l'annonce du décès de Franz Beckenbauer, Gaëtan Huard, qui a connu l'ex-technicien lors de son passage à l'OM (1990-91), a accepté de revenir pour Eurosport sur ses nombreux souvenirs du double champion du monde allemand. L'ancien gardien décrit un homme charismatique, humble et proche de ses joueurs mais qui était également conscient de la politique du club alors dirigé par Bernard Tapie.

Franz Beckenbauer aux côtés de Bernard Tapie.

Crédit: Getty Images

Gaëtan Huard, vous avez côtoyé Franz Beckenbauer lors de son passage à l'OM entre 1990 et 1991. Quels souvenirs gardez-vous de lui ?
Gaëtan Huard. : Quand j'ai appris son décès, j'ai eu beaucoup de peine parce que j'ai partagé des moments très personnels avec lui. Ces moments étaient extraordinaires. Il avait la classe à tous les étages : la grande classe en tant que joueur, la grande classe en tant qu'entraîneur et la grande classe en tant qu'homme. Il était toujours poli. Il avait toujours le petit mot qu'il fallait pour te mettre parfaitement en confiance avant de rentrer sur le terrain. C'était un personnage unique. J'avais des posters de lui, avec le bras en écharpe, dans ma chambre quand j'étais petit. Je l'admirais. Jamais, je n'aurais pu penser qu'il allait devenir mon entraîneur.
Quels sont vos souvenirs personnels avec Franz Beckenbauer ?
G.H. : A l'époque, je ne jouais pas car je revenais de blessure. Mais je faisais partie du groupe. Certaines veilles de match, il frappait à la porte de ma chambre : 'Gaëtan, golf ?'. On partait jouer ensemble. Quand j'y repense aujourd'hui, je n'en reviens toujours pas. Il avait le cœur sur la main et toujours le sourire. Cela lui arrivait aussi de faire des toros avec nous et il allait très, très rarement au milieu. Il avait toujours cette agilité avec ses extérieurs du pied : tac, tac, tac... Ça allait très vite et il te faisait courir. Il voyait avant de recevoir et ne contrôlait même pas le ballon. C'était la grande, grande classe.
A Marseille, il n'a pas réussi à s'inscrire dans la durée.
G.H. : Sur ce point-là, je garde un souvenir mitigé. Franz Beckenbauer voulait créer un groupe pour avoir la meilleure équipe. Ç'a été une déception de le voir partir car il voulait me faire jouer à tout prix mais ce n'était pas le choix de Bernard Tapie. Son départ a été difficile. Quand il est parti, Carlos Mozer a pleuré. On était fiers d'avoir cet entraîneur-là, qui était mondialement connu et qui avait la classe. Quand on venait s'entraîner, il traversait tout le terrain pour aller saluer les jardiniers un par un et leur dire un petit mot. Quand Noël arrivait, il leur offrait des caisses de champagne. C'était un grand, grand Monsieur.
Quelles étaient ses relations avec les joueurs ?
G.H. : Il inspirait le respect. Quand il arrivait à l'entraînement, il posait le filet de ballons à ses pieds. Les ballons, ils ne bougeaient pas. Avec d'autres entraîneurs, il n'y avait plus un ballon au bout de cinq minutes. Avec Franz Beckenbauer, Jean-Pierre Papin ne bougeait pas. On rigolait en lui disant : 'Jean-Pierre, prends les ballons pour aller frapper'. Mais il ne bougeait pas.
Est-ce qu'il vous parlait de son passé de joueur ?
G.H. : Non, pas trop. Il savait faire la part des choses. Je pense qu'il a très, très vite analysé le lieu où il était arrivé. Ensuite, il s'est plus renfermé. Il avait compris que ce n'était pas lui qui commandait mais Bernard Tapie. Il savait que c'était verrouillé. A cette époque-là, il voulait que ce soit moi qui joue. Mais Bernard Tapie n'a pas voulu. Le matin du match de C1 à Tirana (0-0), avant de prendre l'avion, Franz Beckenbauer me voit arriver en jean et en chemise. Il lance à son adjoint Holger Osieck : 'qu'est-ce qui se passe avec Gaëtan ? '. En fait, la veille, Franz Beckenbauer m'avait dit : 'Gaëtan, je te le dis aujourd'hui, tu gardes ça pour toi, mais c'est toi qui jouera à Tirana'. J'étais super content, je rentre à la maison. Le téléphone sonne. Je décroche. Bernard Tapie au bout du fil : 'Gaëtan, ce n'est pas vous qui jouerez demain, je vous le dis de suite. Franz Beckenbauer a le pouvoir tactique et technique de l'équipe mais il n'a pas le pouvoir d'enlever ou de mettre certains joueurs sans me demander mon autorisation'. A partir de là, je savais que je n'allais pas jouer. Franz Beckenbauer a craqué avec moi et Laurent Fournier, qui ne jouait pas non plus. A cette époque, Bernard Pardo avait encore mal à un genou. Après, entre joueurs, on n'avait pas de soucis. Mais cette situation, ça lassait Franz Beckenbauer.
Avez-vous des anecdotes amusantes de son passage à l'OM ?
G.H. : Avec lui, on rigolait bien. On l'embêtait parfois en dehors du terrain. Surtout Jean-Pierre. Un jour, il avait mis discrètement du tabasco dans la soupière à sauce tomate, à la table où se trouvait le coach. Quand Franz Beckenbauer s'est servi, tout le monde s'est regardé. On a glissé à Jean-Pierre : 'tu n'as pas fait ça quand même' ?. Franz Beckenbauer était rouge, de chez rouge. Mais il n'a pas bronché. Il a fini son assiette par politesse. Ensuite, il est venu nous voir : 'merci, je m'en rappellerai'. Il avait dit ça pour rire. J'ai un autre souvenir : dans le bus, il était toujours assis derrière le chauffeur. Avant chaque déplacement, il nous disait : 'demain, départ à 9h'. Je peux garantir que c'était 9h00 et non pas 9h et une seconde. Si tu n'étais pas là, tu restais. Le chauffeur de bus demandait s'il attendait le ou les retardataires ? Lui répondait : 'non, tu roules'. Il ne voulait pas qu'on attende. Basile (Boli) est arrivé plus d'une fois en retard et a dû se rendre à l'aéroport par ses propres moyens.
Est-ce que vous l'avez revu après son départ de Marseille ?
G.H. : Un jour, il y avait eu une remise de trophées en Allemagne. J'avais été présent pour ma série d'invincibilité (1176 minutes de décembre 1992 à avril 1993 avec Bordeaux). Je l'avais revu à ce moment-là puis également en 1996 lors de la finale de la Coupe de l'UEFA perdu par Bordeaux contre le Bayern Munich (0-2, 1-3). Avant le match, il m'avait dit : 'si on gagne, ça va aller très bien'. Puis il avait rigolé. Il parlait encore un peu français. A chaque fois, il se déplaçait et avait toujours un petit mot sympa. Aujourd'hui, j'ai envie de dire : Merci pour tout Monsieur Franz Beckenbauer.
picture

Franz Beckenbauer en discussions avec Chris Waddle et Dragan Stojkovic.

Crédit: Imago

Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité