Interview de Johann Lepenant pour Eurosport : "À Nantes, on me dit que j'ai le même jeu que Didier Deschamps"
Par Clément Lemaître
Mis à jour 07/02/2025 à 09:55 GMT+1
Prêté avec option d'achat par l'OL à Nantes, Johann Lepenant effectue une première partie de saison satisfaisante. Même s'il doit se montrer plus tueur face au but adverse, le milieu de terrain de 22 ans, vice-champion olympique l'été dernier, a un style de jeu qui plaît aux supporters nantais. Avant la réception de Brest (21e journée de L1) vendredi, il s'est longuement confié à Eurosport.
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Video credit: Eurosport
Johann Lepenant, si on vous avait dit l'été dernier (ndlr : au moment de son départ de Lyon pour Nantes en prêt), que vous effectueriez ce début de saison (16 matches en L1 dont 14 titularisations, deux buts et une passe décisive). Est-ce que vous auriez signé ?
Johann Lepenant. : Oui, j'aurais signé. J'ai obtenu ce que je recherchais, c'est-à-dire du temps de jeu. Après ma blessure (à un genou qui l'a éloigné des terrains de novembre 2023 au printemps 2024), le plus important était de rejouer. Je suis très content d'être à Nantes. Sur le plan personnel, je suis plutôt satisfait de mon début de saison même si on peut toujours s'améliorer.
Vous semblez épanoui au sein de cet effectif nantais.
J.L. : Oui, c'est vrai. En 2023-24, j'ai quasiment vécu une saison blanche à cause de ma blessure. Retrouver du temps de jeu et la compétition, c'est vraiment ce que j'apprécie. En plus, il y a un bon groupe ici. Je me sens bien dans l'effectif, ça se passe super bien. Tout le monde m'a bien accueilli. On se fait parfois des blagues entre nous, par exemple en se cachant les clés de voiture (rires). Il y a un bon vestiaire.
Depuis plusieurs semaines, vous êtes moins décisif sur le plan des statistiques. Comment l'expliquez-vous ?
J.L. : Peut-être que ça m'a plus souri en début de saison. Après, je donne tout à chaque rencontre. Dans les derniers matches, j'ai eu deux ou trois occasions et j'aurais pu mieux faire. C'est à moi de progresser sur le plan de l'efficacité. Je suis moins décisif en ce moment mais je bosse à l'entraînement pour l'être davantage.
"Quand j'écoute ce qu'on me raconte sur le jeu nantais des années 90, je me dis que j'aurais aussi pu me retrouver dans ce style de l'époque"
Nantes a été huis fois champion de France. Est-ce que vous sentez, au quotidien, ce côté club historique de la Ligue 1 ?
J.L. : Oui, il y a un certain engouement. Le stade est quasiment plein à chaque fois. Je sens aussi qu'il y a une ville derrière nous. Franchement, ça nous aide beaucoup. La Beaujoire est un très beau stade avec une superbe ambiance. La Brigade Loire, on l'entend vraiment bien sur le terrain. C'est un plaisir. Le FC Nantes a une grande histoire. C'est un honneur de jouer pour ce club. Je donne le maximum chaque week-end pour rendre fier les supporters même si on peut faire mieux au niveau des résultats.
Le public nantais est parfois nostalgique du jeu des années 90. Votre style, basé sur l'intelligence de jeu et la technique, doit plaire aux supporters...
J.L. : Certains supporters et partenaires du club, croisés après certains matches, m'ont dit que j'avais un peu le style nantais à l'ancienne et un jeu similaire à Didier Deschamps (ndlr : formé au FC Nantes). Après, je ne l'ai jamais vu jouer donc je ne pourrai pas dire (rires). Cette période-là, je ne l'ai pas connue car je suis né en 2002.
Avez-vous déjà visionné le but de Patrice Loko face au PSG en 1994 (1-0), qui résume parfaitement le style de jeu nantais de l'époque ?
J.L. : Oui. Dans le stade, ils repassent des vidéos des buts mythiques, et notamment celui-ci. Même sur les réseaux sociaux ou dans des documentaires, j'ai vu des anciens buts du FC Nantes. Apparemment, c'était une très belle équipe. Après, quand j'écoute ce qu'on me raconte sur le jeu nantais des années 90, je me dis que j'aurais aussi pu me retrouver dans ce style de l'époque.
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Le potentiel technique de Johann Lepenant, ici face au PSG, plaît aux supporters nantais.
Crédit: Getty Images
"Antoine Kombouaré nous a toujours tout dit sur sa situation. Il a martelé qu'il faisait le maximum avec nous et qu'on allait se battre ensemble quoi qu'il arrive"
Sur le plan collectif, est-ce une déception de jouer le maintien au regard de votre bon début de saison ?
J.L. : Oui, c'est toujours une déception de jouer le maintien. Chaque sportif espère toujours jouer le haut de tableau. On avait bien commencé le championnat et ensuite, on a perdu des points assez bêtement. On a trop souvent été rejoints après avoir mené au score, contre Saint-Étienne (2-2) ou Monaco (2-2) par exemple. On travaille sur ça à l'entraînement, car chaque point compte quand tu joues le maintien.
Comment avez-vous vécu le mois de décembre lorsqu'Antoine Kombouaré a été annoncé proche d'une mise à l'écart ?
J.L. : On a vu les articles sur les réseaux sociaux. Mais le groupe n'a pas été touché lors de cette période, car le coach a été très transparent avec nous. Il nous a toujours tout dit sur sa situation. Il a martelé qu'il faisait le maximum avec nous et qu'on allait se battre ensemble quoi qu'il arrive.
Sur quels domaines avez-vous progressé à ses côtés depuis le début de la saison ?
J.L. : Le coach m'avait appelé avant les JO pour me dire qu'il était intéressé par mon profil et qu'il connaissait mon parcours. Déjà quand j'étais à Caen (2021-22), il m'avait montré de l'intérêt pour que je vienne à Nantes. J'ai trouvé que c'était important qu'il me suive depuis longtemps. Concernant cette saison, il me fait jouer un peu plus haut sur le terrain et ça me pousse à progresser dans le jeu car je dois changer mes orientations de corps et dans les prises de balle. Il m'a apporté cette liberté offensive.
Comment est-il sur le plan humain ?
J.L. : C'est comme un père. Il le dit lui-même d'ailleurs : ses joueurs, c'est comme ses fils. Il nous défend. C'est un bon coach, il a son plan. Ça se passe super bien au quotidien.
Concernant Moses Simon, est-ce difficile de défendre sur lui à l'entraînement et êtes-vous surpris qu'il soit toujours à Nantes car il a souvent été annoncé partant depuis plusieurs années ?
J.L. : Moses, c'est un très bon joueur. Il percute beaucoup. C'est vrai que c'est difficile de défendre sur lui car c'est un joueur très véloce et vif. Quand il arrive sur toi rapidement, tu ne sais pas trop ce qu'il va faire. Lorsqu'il rentre à l'intérieur, comme on a pu le voir face à Rennes, il a une bonne frappe. Concernant le fait qu'il soit toujours à Nantes aujourd'hui, chacun a son parcours. Peut-être qu'il se sent très bien à Nantes et qu'il restera très longtemps ici. Après oui, il aurait le potentiel pour jouer dans plein de bons clubs de L1 mais au final, c'est lui qui fait ses choix de carrière. Tant mieux pour nous et le FC Nantes qu'il soit ici.
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Comment avez-vous accueilli l'arrivée d'Anthony Lopes que vous avez côtoyé pendant deux saisons à Lyon ?
J.L. : Antho m'avait appelé pour prendre des renseignements avant de s'engager. Je lui ai dit que du bien sûr ce club. À Nantes, il y a tout ce qu'il faut pour être bien. Il a été très bien accueilli. Il y a un très bon vestiaire ici à Nantes, c'est facile de s'intégrer. Aujourd'hui, Antho peut nous apporter son expérience. C'est un très grand gardien. Il a du caractère et sait motiver tout le monde. Son arrivée est un vrai plus.
En 2022, vous avez signé à Lyon en provenance de Caen (L2). Avec le recul, est-ce que l'OL était une marche trop importante à l'époque ? Avez-vous regretté votre choix ?
J.L. : Non, je n'ai aucun regret. Grâce à Lyon, j'ai pu découvrir la Ligue 1. En soi, ma première saison dans l'élite a été satisfaisante (31 matches de L1 dont 21 comme titulaire, 1 but et 2 passes décisives). J'en tire du positif, car j'ai pu enchaîner les matches. J'ai évolué avec des grands joueurs d'expérience comme Alexandre Lacazette ou Corentin Tolisso. Au final, il y a plus de positif que de négatif.
Quel projet vous a été vendu quand vous vous êtes engagé à l'OL : celui de Jean-Michel Aulas ou celui de John Textor ?
J.L. : C'était Jean-Michel Aulas qui était encore là. Au départ, l'idée était que je poursuive ma formation mais moi, je voulais jouer dès ma première saison. Ils ne pensaient pas que j'allais enchaîner les matches si tôt.
"Quand Laurent Blanc est arrivé à l'OL, il a été cash avec moi"
Peter Bosz vous a fait confiance dès le début. Puis avec l'intronisation de Laurent Blanc, en octobre 2022, vous avez moins joué. Est-ce que vous lui en avez voulu ?
J.L. : Non. Au départ, avec Peter Bosz, ça s'est très bien passé. Quand Laurent Blanc est arrivé, il a été cash avec moi en me disant droit dans les yeux qu'il avait besoin de points et qu'il allait privilégier les joueurs d'expérience au départ. Mais il m'a aussi dit que je travaillais bien. Donc pendant deux ou trois matches, j'étais sur le banc. Puis au fur et à mesure, il m'a remis dans l'équipe. Ensuite, il y a eu des tensions entre Laurent Blanc et la direction. Lui réclamait des joueurs et il ne les a pas eus. Cela a entraîné son départ.
Que retenez-vous de cette année passée avec Laurent Blanc ?
J.L. : Il a une grande connaissance du football. C'est un grand monsieur. Avec Franck Passi, son adjoint, il donnait beaucoup de bons conseils. J'ai appris plein de choses sur différents de points, la Ligue 1, les adversaires. Franchement, c'était bien avec Laurent Blanc.
Vous avez côtoyé Pierre Sage pendant quelques semaines à l'OL. Pourquoi faisait-il l'unanimité dans le vestiaire lyonnais ?
J.L. : Je l'ai côtoyé environ un mois à mon retour de blessure. Avant, j'étais avec les kinés et les préparateurs physiques, et je n'étais pas au cœur des séances d'entraînement. Après, il est aimé des joueurs, car c'est un coach qui bosse. Il a ses idées et elles sont claires. Il est cash et honnête.
"Je ne peux pas trop me projeter sur le futur car je suis prêté. Mais je me sens bien à Nantes"
Qu'est-ce vous a inspiré les derniers jours d'instabilité à Lyon, avec notamment le renvoi de Pierre Sage ?
J.L. : Ça m'a un peu surpris, mais en même temps, ça va tellement vite dans le football. Pourtant, les résultats étaient là avec une place dans le Top 8 de Ligue Europa et cette septième position en L1.
Vous êtes prêté avec option d'achat à Nantes. Comment voyez-vous votre avenir ?
J.L. : Pour le moment, je suis à Nantes. Il y a une option d'achat qui peut être levée. Pour le moment, je suis focalisé sur cette fin de saison. Je ne peux pas trop me projeter sur le futur, car je suis prêté. On verra bien. Mais pour parler du présent, je me sens bien à Nantes. Je fais mes matches et je donne le maximum. J'aime bien l'atmosphère qui règne ici.
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Après avoir marqué deux buts en début de saison, Johann Lepenant sait qu'il doit se montrer plus efficace devant le but adverse.
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"Les Bleus ? Forcément, c'est un rêve"
En 2022, Cédric Hengbart, votre ancien entraîneur à Caen, déclarait à Eurosport : "Si Johann Lepenant joue un jour en équipe de France, je ne serais pas surpris". Est-ce que les Bleus représente un rêve pour vous ?
J.L. : J'espère qu'il aura raison (rires). Forcément, c'est un rêve. En plus, j'ai fait toutes les sélections de jeunes, des U16 aux Espoirs. Après, il reste beaucoup d'étapes. C'est un chemin qui est long et dur. En plus, il y a beaucoup de monde à mon poste. Avec le travail et le mental, on peut accomplir pas mal de rêves. Donc pourquoi pas être sélectionné un jour.
Vous avez été vice-champion olympique l'été dernier. Quel a été votre meilleur moment lors des JO de Paris 2024 ?
J.L. : C'est la remise des médailles, je m'en rappellerai toute ma vie. Petit, je n'aurais jamais imaginé que j'allais participer aux JO. Thierry Henry ? C'est un coach qui a cru en moi et notamment dans la période où je ne jouais pas à Lyon avec Fabio Grosso. Il m'a redonné confiance. En plus, quand il me prend pour les JO, j'ai zéro match dans les jambes. Il nous a transmis son expérience. On a vécu une belle aventure avec lui.
Enfin, en tant qu'ancien joueur de Caen, quel regard portez-vous sur le Stade Malherbe, actuellement dernier de Ligue 2 et proche d'une relégation en National ?
J.L. : C'est triste. J'essaie de regarder tous les matches de Malherbe. Ça m'attriste car Caen, c'est mon club formateur et mon club de cœur. C'est là où j'allais quand j'étais petit, lorsque je suivais notamment N'Golo Kanté. Ce club m'a tout donné. Il faut espérer désormais. J'espère qu'ils vont basculer dans une spirale positive. J'ai toujours des potes qui jouent à Caen et je suis toujours en contact avec des membres du staff. J'ai aussi mon petit frère qui est à Malherbe (ndlr : Tom Lepenant, 19 ans et actuellement en équipe réserve). J'espère qu'ils vont tout donner jusqu'à la fin et s'en sortir. Ce serait bien pour le club et la ville. C'est un club qui doit rester en haut.
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FC Nantes
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Stade Brestois
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