Ligue 1 | Le Paris Saint-Germain reprend déjà l'entraînement : quel impact sur la santé des joueurs après une saison interminable ?
Par Enzo Amirault
Mis à jour 06/08/2025 à 11:24 GMT+2
Coupe du monde des clubs, nouvelle formule des compétitions européennes, la Ligue des nations : la saison 2024-2025 a illustré le trop-plein de matches imposé aux joueurs. Quelles sont les conséquences physiques et mentales sur la santé des footballeurs ? À travers l’exemple du Paris Saint-Germain, Fabrice Michel, ex-directeur médical de l’AS Monaco, livre un diagnostic sans appel.
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"Les joueurs, en plaisantant, vous disent que le rythme est très dense, qu'ils sont fatigués, et que finalement, parfois, le seul moment pour récupérer, c'est quand ils seront blessés". La confidence est de Fabrice Michel, ancien directeur médical de l’AS Monaco, et aujourd’hui président de l’Association des Médecins des Clubs de Football Professionnel (AMCFP), Fabrice Michel. Chaque année, c’est le même refrain : les joueurs de football jouent trop. Un avis que ne partagent pas la FIFA et de l’UEFA, bien au contraire. Avec le nouveau format des compétitions européennes, la Ligue des nations, sans oublier le dernier caprice de Gianni Infantino de rallonger la saison avec cette "merveilleuse" coupe du monde des clubs, la saison 2024-2025 a été le symbole de cette surconsommation du ballon rond.
"Le PSG est à risque" : comment reprendre après une saison interminable ?
73 matchs pour Bradley Barcola, 5306 minutes jouées pour Achraf Hakimi, ce sont les statistiques de la dernière saison 2024-2025. Après une finale de Ligue des champions, le PSG a enchaîné deux semaines plus tard avec la Coupe du monde des clubs, disputant la finale (défaite 3-0 face à Chelsea) le 13 juillet. Et après, un peu de repos ? A peine. Les Parisiens ont repris l’entraînement ce mercredi 6 août pour préparer la finale de la Supercoupe de l’UEFA face à Tottenham. Quatre jours plus tard, ce sera le début de la Ligue 1 avec une première rencontre face au FC Nantes.
Après autant de matches, les Parisiens seront-ils au niveau ? "Peut-être que là, à la rentrée, vous ne verrez pas certains joueurs pendant un ou deux matches, parce qu’ils auront fait le choix de les laisser au repos" nous indique Fabrice Michel, au moment d’analyser la situation. C’est potentiellement le cas d'Achraf Hakimi qui sort d’une saison de plus d’un an sans s’arrêter. L’arrière droit a participé en 2024 au JO de Paris avec le Maroc, avant d’enchaîner sur la saison régulière.
"Il est clair que ces clubs-là, comme Paris, sont à risque. Maintenant, ils le savent. À eux de gérer au mieux le turnover de leurs effectifs, parce qu'ils vont être scrutés".
La gestion de l’effectif est un élément primordial. Bradley Barcola, par exemple, a disputé 73 des 75 rencontres de la saison, mais seulement quatorze d’entre elles en intégralité. La rotation est de plus en plus importante dans le football moderne. "De toute façon, dès que vous avez la Coupe d’Europe et que vous approchez les 60 matches par an, il vous faut pratiquement deux équipes sur un effectif " précise le spécialiste.
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Nous dirigeons-nous vers une américanisation du football, avec des effectifs toujours plus élargis ? Peut-être, mais il ne faut pas oublier qu’historiquement, les équipes qui gagnent se construisent sur des équipes types. "Les résultats sont souvent un peu meilleurs quand l'entraîneur arrive à trouver son équipe type et de la stabilité. Pour les premiers clubs français, on voit bien l’effectif est plutôt à 28 qu’à 23 joueurs. Ces 5-6 joueurs de plus, ils vous permettent en effet d’avoir des rotations même si l'entraîneur n'est pas toujours satisfait du niveau et de l'homogénéité de ses joueurs", confie le président de l’AMCFP.
Cette saison, Paris sera dans le même cas que tous les autres grands clubs européens : son objectif sera d’opérer une montée en puissance, en particulier sur le plan physique, afin d’atteindre un pic de performance lorsque la pente s’élèvera en Ligue des champions, à partir du mois de janvier.
Une épidémie de blessures prévisible
"On constate que dans toutes les compétitions, le nombre de blessures augmente, qu’il s’agisse de blessures musculaires ou d’autres. Il y a de la fatigue, il y a du surmenage" explique Fabrice Michel. Un constat sans appel. Les médecins tentent d’anticiper ces blessures grâce à un travail de prévention, mais il est impossible d’éviter tous les pépins physiques avec un rythme de plus en plus soutenu : "quoi qu’on fasse, même si les programmes de prévention ont progressé, même si la gestion de la charge de travail est maîtrisée, on voit cette dérive. C’est clair" relève l’ancien directeur médical de l’AS Monaco.
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Les joueurs sont de plus en plus athlétiques, à l’image d’un Hakimi ou encore d’un Valverde au Real Madrid qui est le footballeur avec le plus de minutes dans les jambes la saison dernière (6029 minutes). Pour autant, le risque zéro n’existe pas et les médecins de clubs l’ont bien compris : "Bien sûr que ce sont des machines de guerre. Mais qui, à un moment donné, peuvent se blesser. Sur un plan articulaire, sur un plan tendineux, sur un plan musculaire, ils sont à risque" ajoute le spécialiste.
En demande-t-on trop aux footballeurs ? Probablement. Fabrice Michel le démontre avec l’exemple des sports individuels : "Prenez le cyclisme ou le biathlon : ils ont des vraies saisons. Vous ne verrez pas un cycliste faire les trois Grands Tours (Italie, France, Espagne). Ils font des choix." Difficile d’imaginer cette notion s’installer dans le football. D’abord parce qu’il s’agit d’un sport collectif, ensuite parce que les instances dirigeantes ne placent pas la santé des joueurs au centre de leurs priorités.
La santé mentale : une souffrance silencieuse
"Pour la santé mentale, les gens ont besoin d’avoir des vacances, ils ont besoin de décrocher de leur milieu professionnel. Et pour les milieux footballistiques, c’est la même chose" précise Fabrice Michel.
Les blessures physiques sont le plus souvent mises en évidence lorsque l’on évoque l’accumulation de rencontres, au détriment de l’aspect mental. Les clubs, eux, tentent d’y accorder de l’importance : "J’ai discuté avec le staff du PSG avant qu’ils ne partent aux Etats-Unis, confie le président de l’AMCFP. Ils avaient donné des jours off pour permettre aux joueurs de souffler. De la détente était nécessaire. Il faut que la pression redescende parce que cette charge mentale est très présente encore trop sous-estimée dans certains sports."
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Le football en fait partie. Les médecins de club ont un rôle primordial pour détecter ces problèmes psychologiques. Que ce soit pour des problèmes familiaux, des troubles du sommeil, des joueurs qui viennent d’accéder à la parentalité : "tout le monde n’en parle pas, il faut essayer de mettre tous les outils en oeuvre, parce que c’est bien beau d’avoir un suivi psychologique, mais ensuite, il faut réussir à adapter tous ces paramètres" analyse Fabrice Michel. Une mission parfois plus difficile que de résoudre des pépins physiques.
Contrairement au sport individuel où l’athlète gère sa carrière, les footballeurs et notamment les plus jeunes n’osent que rarement afficher cette détresse mentale. Avant d’avoir des conséquences physiques, l’accumulation des matchs affecte d’abord le mental des joueurs. "Quelqu'un qui est fatigué risque la blessure, mais il faut d’abord tenir compte de son état psychologique au départ", rappelle le spécialiste.
Un problème de calendrier qui ne touche qu’une minorité
Paradoxalement, ce fléau touche plus durement une minorité de clubs. Le PSG, Manchester City, le Real Madrid sont forcément concernés par ce rythme qui devient de plus en plus infernal. Ce sont les élites européennes qui subissent la forte hausse du risque de blessures.
En Ligue 1 par exemple, le championnat compte désormais 18 équipes, la Coupe de la Ligue n’existe plus. "Aujourd'hui, la cadence pour la Ligue 1 est moins importante qu'elle n'était auparavant", confirme Fabrice Michel. Les équipes qui ne jouent pas de compétitions européennes ont environ une rencontre par semaine, un rythme qui peut parfois être défavorable aux joueurs. "Certains clubs sont presque pénalisés par ce manque de rencontres".
Mais cette hétérogénéité rend le suivi du nombre de blessures plus difficile à interpréter. " Le PSG va peut-être garder cinq ou dix points d’avance, avec peut-être un peu plus de blessés, estime le médecin. Mais il n’est pas certain que ça fasse "suffisamment parler". Les signaux d’alarme se multiplient. Mais ils ne font pas encore assez de bruit.
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