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Football - "On a dû trouver des combines" : Supporters en L2, une galère au quotidien
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Publié 22/09/2024 à 23:32 GMT+2
Sept matches le vendredi soir (bientôt six), et un le lundi soir : huit des neuf rencontres de chaque journée de Ligue 2 sont programmées en semaine depuis le début de la saison. Pour les supporters, suivre leur équipe à l'extérieur est devenu un chemin de croix et un vent de résignation souffle. Même les clubs semblent ne pas vraiment s'en préoccuper.
Les supporters de Rodez lors de la réception de Metz en Ligue 2, le 23 août 2024
Crédit: Imago
Il le dit lui-même, sa vie est "organisée autour des déplacements." Quand nous le joignons pour la première fois au téléphone, il est même sur la route du retour d'un d'entre eux. Le 249e, pour être tout à fait précis. "Vous pouvez me rappeler ? J'arrive dans 10 minutes." La veille, Loïc Durand a parcouru les 400 kilomètres qui séparent Montluçon, où il habite, de Laval, où son AC Ajaccio affrontait les Tangos.
Quatre heures de route (si on l'avale d'une traite), un match nul par un but partout entre les deux tribunes latérales du stade Francis Le Basser, une merguez dans le pain et une bière sans alcool à la mi-temps - pour réchauffer une fraîche soirée mayennaise - : la compo d'un vendredi soir de plus passé en parcage. Mais cette saison, il se sentira peut-être un peu plus seul que la précédente, ou même celles encore avant.
La raison ? Le multiplex de Ligue 2 a été déplacé au vendredi soir cette saison. Et même pour le groupe de supporters 'continentaux' de l'AC Ajaccio qu'il préside, Il Sanguinari, cela devient très compliqué : "Pour la diaspora corse, qui est principalement en région parisienne, pour partir suivre l'équipe en déplacement le vendredi, il faudrait partir à midi en comptant les embouteillages, déplore-t-il. Quand je fais le tour des potentiels venants avant les déplacements, on me dit 'Non, je travaille', 'Je dois faire garder le petit' ou 'Je ne peux pas poser ma journée'."
Une seule rencontre déplacée
Surtout, les supporters ont appris très tard - une quinzaine de jours avant le début de la saison - qu'il n'y aurait plus qu'un seul match de Ligue 2 en week-end par journée, contre l'intégralité la saison précédente. Et les soucis d'emploi du temps sont vite arrivés : "Je m'étais engagé dans mon club de district à être entraîneur d'une équipe sénior avec des entraînements le vendredi soir. Je pensais que ça ne poserait pas de soucis. Mais finalement on a appris que la L2 serait décalée au vendredi alors que ma saison de foot avait déjà commencé. On a dû trouver des combines avec mon adjoint pour les vendredis où je serai absent."
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Les quelques supporters du Stade Lavallois en parcage au stade Saint-Symphorien pour affronter Metz en Ligue 2, le 31 août 2024
Crédit: Imago
Alors, comme à domicile, les supporters à l'extérieur aussi ont protesté, depuis le début de la saison, contre la programmation de la Ligue 2 demandée par beIN Sport, avec l'aval de la Ligue de Football Professionnel et le collège de Ligue 2. Et, jeudi dernier, une réunion leur a permis de remporter une première victoire : le déplacement d'une rencontre du multiplex du vendredi au samedi, et celui de la rencontre du lundi soir lors des semaines des trêves internationales.
Pas de quoi convaincre les foules : "Quand pour eux, le seul effort c'est un match décalé le samedi et ne même pas réussir à décaler le match du lundi hors trêve internationales : c'est juste un effort pour dire qu'ils en ont fait un. Mais réellement, ce n'en est pas un", fustige Thomas Servent, membre des Nemetum Ultra du Clermont Foot 63. Eux aussi ont beaucoup de mal à organiser les déplacements : "Je n'ai pas pu m'organiser pour des matches joués le vendredi. A partir de là, je m'adapte. Pour certains, comme la Corse, j'avais déjà posé mes congés mais les autres ce sera en fonction de mon planning."
"Ils ont entendu, je crois, l'argument des déplacements, affirme Pierre Barthélémy, l'avocat de l'Association Nationale des Supporters qui a assisté aux négociations pour le changement de programmation. Mais c'est très très bas dans la hiérarchie de leurs priorités qui sont avant tout de maximiser la visibilité de leurs matches et d'optimiser leur grille de programme par rapport à l'ensemble des compétitions qu'ils diffusent." Tant pis, donc, si les parcages restent vides ou peuplés de quelques courageux, forçats de la route à l'emploi du temps dédié et supporters en exil. Contacté, beIN Sport n'a pas souhaité répondre "dans l'immédiat" à nos questions.
La LFP, également jointe par mail, n'a pas donné de suite. Et Maxence Glevarec, porte-parole des Ultras Lutetia du Paris FC, place peu d'espoirs dans les clubs : "Le parcage, c'est 5% de la capacité d'un stade en général et ils sont très rarement plein en Ligue 2. Donc en termes de manne financière, on n'apporte pas au club qui reçoit. Ce qui est malheureux, c'est que ce sont toujours les supporters, et surtout les plus fervents qui sont capables de faire les déplacements, qui trinquent." Les clubs pourraient pourtant avoir un certain intérêt à défendre les matches en week-ends.
"Sur les 40 millions d'euros de Bein Sport, on parle donc de quelques dizaines de milliers d'euros par matches pour les clubs de Ligue 2, explique Pierre Barthélémy. C'est la question qu'on posait aux clubs : si pour un multiplex le vendredi soir, beIN verse 25 000 euros pour un match à domicile, disons qu'avec un match le samedi ils ne verseraient plus que 17 000 euros : est-ce que vous êtes capable de récupérer la différence en billetterie, buvette, merchandising, hospitalités, parce qu'il y aura beaucoup plus de monde. Ce point n'a jamais été étudié par les clubs, qui sont donc incapable d'apprécier eux-mêmes cet écart."
Des affluences en baisse
Parce qu'il n'y a pas que les parcages qui se vident. Depuis le début de la saison, seulement 6.700 spectateurs environ ont garni en moyenne les stades de Ligue 2. Ils étaient plus de 8.600 en moyenne la saison dernière. Certes, Saint-Etienne et Bordeaux, les deux plus fortes affluences, ont changé de division mais la médiane aussi a baissé. De 8.649 spectateurs par matches la saison dernière, le Roudourou de l'EA Guingamp n'est passé qu'à 6.962 sur ce début de saison. Même phénomène à Grenoble, où 6.124 spectateurs ont suivi les matches du GF38 en 2023-2024, contre seulement 4.058 en moyenne lors des deux premiers matches de la saison au stade des Alpes.
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Les joueurs de Grenoble et de Caen pénétrant dans le stade des Alpes avant de s'affronter en Ligue 2, le 16 septembre 2024
Crédit: Imago
"Le produit télévisuel serait toujours plus valorisé s'il y a du monde dans les stades et une tribune pleine en face de la caméra", constate Pierre Barthélémy, qui trouve un intérêt pour beIN Sport dans une programmation en week-end. La chaîne, elle, argue que son programme de diffusion est trop chargé et qu'elle ne dispose plus d'espaces sur ses canaux hertziens le samedi soir. Un conflit insoluble, aux aspirations trop éloignées de chaque côté, dont les victimes sont surtout à trouver dans les travées de stades de plus en plus disparates.
De retour de Laval, Loïc Durand, lui, n'en a pas grand-chose à faire des belles images de tribunes pleines à la télévision. Sur le trajet du retour, le vendredi soir, il a dû s'arrêter à mi-chemin pour éviter d'avoir à lutter contre la fatigue au volant. Il a passé la nuit à Loché-sur-Indrois, dans l'Indre-et-Loire, garé au bord d'un ruisseau dans sa Citroën C1. "On a l'habitude d'être considérés comme des sous-citoyens, pour exagérer un peu le trait, soupire-t-il. Je suis résigné. Je n'attends rien vraiment sauf si le foot français se casse la figure. Ce qui fera changer, c'est une catastrophe."
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